Clément MéricJ’ai une heure devant moi pour écrire ce post. Toujours l’éternelle goutte d’eau dans l’océan. Peu importe, je m’y mets. J’ai lu les nouvelles relatant le décès ce matin de Clément Méric, étudiant à Sciences Po et également militant d’extrême gauche, battu à mort hier soir par des fascistes dans ma ville ; à quelques respirations à peine, dans un quartier que je traverse régulièrement depuis mon adolescence

J’ai comme tout un chacun et toute une chacune, autre chose à faire. J’ai du travail à accomplir ; j’ai à me reposer du travail accompli. Mais j’écris ce quelques lignes pourtant bien impropres à changer quoique ce soit à la bêtise assassine qui habite certains de mes congénères, parce qu’il faut bien s’interrompre une heure ; parce que ça s’est passé hier alors que nous étions toutes et tous ailleurs, occupés/es ailleurs. Parce que ça s’est passé dans ma ville. Parce que ça se passe encore et toujours, à l’instant, partout. Parce qu’il n’y a pas un endroit au monde où ça ne se passe pas ; où ça ne s’est pas passé ; où ça ne se passera pas. Parce que ça me rend malade, de tristesse, de peur, de dégoût, de haine et de violence. Parce que j’en ai la nausée, de leur violence. Oui de la leur, qui n’est pas la mienne. Je n’aime ni la récupération, ni les bons sentiments d’usage, mais il faut cesser de dire ou laisser dire que tout se vaut ; que ça arrive aussi à gauche, que tous les extrêmes sont les mêmes. C’est faux, archi-faux, néfaste, dangereux. L’extrême droite xénophobe, homophobe, ultra violente, c’est l’extrême droite et rien d’autre. Les skinheads ne viennent pas d’ailleurs, ne se réfèrent pas à autre chose, ne se revendiquent pas d’une autre idéologie que celle de la droite extrême et du nazisme. Et qu’on ne vienne pas me rappeler « finement », entre deux remarques sur le temps qu’il fait, que « nazi » est la contraction de Nationalsozialismus et qu’il y a bien « socialisme » dans son étymologie. Non, quelle que fût la stratégie de séduction démagogique d’un Hitler haineux, médiocre et ambitieux pour arriver à ses fins, c’est bien à l’extrême droite aujourd’hui, que se situe son héritage et ses disciples. Car on parle d’aujourd’hui, d’hier soir, de ce matin et qu’on ne peut à toutes occasions se cacher derrière l’Histoire. Non, tous les avis ne se valent pas ; toutes les postures ne sont pas équivalentes ; toutes les pensées ne cautionnent pas implicitement les mêmes actes infects d’atteinte aux droits élémentaires. Oui, il y a des limites à la liberté d’expression et de regroupement quand elle permet de générer « la haine a priori ». La « haine a priori » n’est pas « la haine en réaction ». Elle ne se fonde que sur elle-même et son désir de faire valoir les croyances d’où elle est issue. Elle n’est pas la gifle rendue après avoir été frappé ; elle est le poing qui s’abat en premier lieu pour signifier qu’il est le plus fort et que l’autre n’a pas le droit de vivre. Il y a, parcourant les veines de notre société, une guerre latente que nos gouvernements se refusent à regarder en face ; un affrontement d’opinions qu’il faudra bien trancher autrement qu’en bonnes paroles si l’on souhaite éviter le carnage. À vouloir finasser par lâcheté politique plus que par souci d’équité, on aboutit à ce que la démocratie se caricature elle-même. Quand la gangrène galope et ronge les chairs, profitant de la négligence des soigneurs, il faut malheureusement s’amputer d’une partie de son membre dégradé. La démocratie n’est pas un principe d’attitude béate. Je fais partie de ces gens bornés, peu nuancés et fiers de l’être qui pense bêtement qu’il n’y a pas de crime sans assassin, de fumée sans feu et d’extrême droite … sans droite.