Les animaux décousus-David NoirLes animaux décousus-David NoirLes animaux décousus-David Noir

Extrait d'une métamorphose du film Les Animaux Décousus (David Noir 1992) intégrant la séquence filmée au cinéma de St Michel
Cinema Paradiso

La seule et unique fois où je suis allé dans un cinéma porno, c’était en 1991, pour les besoins de la vidéo de long métrage que je réalisais alors et dont j’ai déjà indiqué dans ces pages combien sa création fut décisive et à la source de tout ce que je mis sur pied depuis, notamment au théâtre. Le film s’intitulait « Les animaux décousus » et procédait d’une exploration intime, tournée principalement seul, sur la base de mon propre corps comme matériau visuel, en particulier mon sexe, puisque sa présence en tant qu’entité perçue comme partiellement indépendante de ma volonté en était le sujet. Je fis appel à quelques ami/es pour un certain nombre de plans, mais la majorité des images mettaient en scène davantage de lieux et d’objets en plus de moi-même, que de personnes. Pas de dialogue ; seulement quelques phrases échangées, filmées sur minitel et des titres insérés, comme j’ai pris depuis l’habitude de le faire de plus en plus abondamment dans mes spectacles, considérant ces « cartons » à la façon du cinéma muet ou des placards publicitaires, comme une écriture en soi.

Les scènes de « sexe » que j’envisageais me semblaient trop compliquées à entreprendre, n’ayant pas d’argent pour embaucher des professionnel/les et ne connaissant personne prêt à s’y prêter gracieusement. J’eus quand même, vivant entre autre, une histoire avec un garçon, comédien de mon ex-troupe, l’opportunité d’utiliser quelques plans de notre relation avec son accord, mais ces seules séquences, relativement softs et uniquement homosexuelles, ne suffisaient pas à mon projet. L’aventure ayant également comme pivot ma solitude, je ne me voyais pas creuser ce filon plus avant et n’avais que peu d’occasion d’exploiter davantage mon relativement pauvre quotidien en matière de sexualité. Je tentais une fois, par le biais d’une petite annonce dans un journal gratuit, d’employer les services d’un genre de modèle x amatrice, mais je dois dire que sa présence dans ma chambre organisée en mini studio et son hygiène douteuse, ne m’encouragèrent pas à la solliciter plus que pour une séance de déhanchements lascifs maladroitement exécutés. Devant la maigreur de ces situations, j’optais pour l’emprunt de quelques images à l’industrie du genre, Internet n’existant pas encore. Une ou deux K7 vidéos, quelques coupures de journaux érotiques et une visite dans une cabine automatique d’un sex-shop compléteraient l’autofilmage de mes masturbations, auxquelles j’adjoignais des accessoires du commerce ou de ma fabrication pour simuler les vagins ou autres organes manquants. Au-delà de la nécessité de collecter des plans, la curiosité m’imposait de plus en plus de me rendre dans une de ces salles mystérieuses, à la réputation sulfureuse, dont tout le monde faisait régulièrement mention dans des plaisanteries salaces ou pour condamner sans appel cette cinématographie dégoûtante. Il n’existait déjà plus guère de ces lieux dans Paris, dont l’exploitation peinait à survivre à l’explosion du VHS. Je choisis une salle du quartier latin, encore ouverte alors au nez et à la barbe des passants, pour sa situation délibérément provocante en plein sur le boulevard St Michel.

J’emportais avec moi un caméscope Hi8, préparé au préalable en caméra cachée dans un sac de cuir, dont la fermeture Éclair à demi-ouverte laissait passer l’objectif. Ce serait assurément peu pratique pour cadrer, mais je ne pris pas le temps d’élaborer davantage mon matériel, me disant que j’improviserai sur place, sentant bien de toute manière, que mon émotion serait sûrement trop forte pour que je conserve une maîtrise froide de mes gestes. Si le résultat était raté, j’y retournerai, voilà tout. Ce serait donc une première séance de repérage.

Quand je parle de « mon émotion », je ne veux pas parler d’une excitation d’ordre sexuel. Avant même de partir en expédition, je sentais bien alors, que ce qui m’envahissait peu à peu et rendait mes mouvements fébriles, n’avait rien à voir avec le désir. J’étais fortement ému d’une rencontre que je me préparais à faire avec un monde que d’instinct, je respectais infiniment. De la même façon que j’ai pu l’évoquer à propos de ma considération pour les filles plus tôt dans ma jeunesse, la pornographie, la vraie, celle dont les acteurs, au sens large, faisaient le choix de la transgression, au risque d’essuyer le mépris de leurs détracteurs, sans doute envieux de leur liberté, m’inspirait un immense respect. Outre mon intérêt pour les corps et la représentation des désirs « primaires » en action, l’argument politique, implicitement défendu par le secteur porno face à une société hypocrite et moralisatrice, toujours à l’âge du puritanisme inculqué par la chrétienté, forçait mon admiration. Seulement, je ne m’y connaissais guère en iconographie de ce style et ma culture cinéphilique n’allait pas plus loin que L’empire des sens, film fantastique par ailleurs, mais s’il appuyait son scénario sur quelques scènes ouvertement sexuelles, ne pouvait y être totalement « réduit ». Les « auteurs », aussi talentueux que soit un Nagisa Ōshima, ne peuvent facilement se départir de leur fascination pour une certaine vision de l’art et sont presque toujours obligé d’y sacrifier, pour ne pas perdre totalement le contact avec la rampe qui leur sert de guide pour les aveugles qu’ils demeurent devant le réel. Il est d’usage de trouver essentiellement en cela une qualité supérieure. Je dois dire que, m’intéressant à la question, j’y reconnais plutôt un handicap. Si l’art sublime le réel, c’est aussi parce qu’il est incapable de se résoudre à le retranscrire sans une déformation esthétique. On chante ses prouesses à juste titre comme étant propres à exprimer le fleuron de la sensibilité humaine ; je ne peux, tout en partageant ce sentiment – culture et éducation obligent – m’empêcher d’en ressentir les limites et de soupçonner l’élan artistique de jaillir souvent pour de mauvaises raisons. Le ressenti des émotions s’apprend « hélas » aussi, plus qu’il ne s’exprime spontanément et recourir à l’art pour toucher au sentiment du divin revient, il ne faut pas l’oublier, en particulier quand on le pratique, à rétrograder le réel à un niveau moindre et considéré comme plus ordinaire. Bien sûr, photographie et reportage ont fait sa place à cette représentation plus « crue » de la réalité des choses, pour nous en faire toucher la beauté ; la fiction et son cortège d’inventions plus ou moins réussies tiennent quand même toujours le haut du pavé en matière de création d’art. Sans doute faut-il au lieu de les rapprocher, davantage séparer les deux choses et considérer que l’imaginaire, bien qu’inspiré du réel, évolue dans son pré carré sans véritablement frayer avec le concret immédiatement perceptible de nos vies. « Les gens veulent du rêve », entend-on à longueur de temps ; les gens veulent des dieux à adorer pour s’épargner la responsabilité de travailler sur leurs vies et ainsi pouvoir s’en plaindre à loisir, devrait-on dire. Éternelles victimes du sort, branleurs/euses de première pour ce qui est de la réflexion d’un cerveau qui manque souvent d’être aussi réellement masturbé que leurs parties génitales, les êtres humains que nous sommes m’inspirent une désespérante lassitude devant leur complaisance de cancres en tous les domaines, hormis le foot et le fun où ils/elles excellent, à travers l’euphorie qu’ils/elles s’y procurent. Curieusement, malgré la vantardise largement répandue de vivre un plaisir décomplexé et sans « prise de tête », il n’est pas besoin de grandes démonstrations pour savoir qu’à l’évidence, un fossé, large comme la distance de la terre à la lune, sépare leur véritable vie des images qu’ils en donnent. Et en terme d’images, justement, le cinéma pornographique a ouvert de larges voies fécondes, dont on perçoit les premiers bénéfices au quotidien aujourd’hui, à travers la liberté d’exhibition dont se saisissent les internautes. Je doute que ses pionnier/es soient un jour remercié/es et honoré/es selon leurs justes mérites et je profite de ce post pour rendre pour ma part, un hommage chaleureux et sincère à Claudine Beccarie, dont la liberté de ton et l’allure altière pour défendre son gagne-pain qu’elle manifeste dans le magnifique Exhibition tourné par Jean-François Davy en 1975, reste à mes yeux un des plus beau témoignage humain enregistré qui soit. Quiconque a vu ce célèbre documentaire ne me démentira pas je pense, et comprendra sans doute ce que je veux dire, quand j’exprime à quel point je suis effaré et meurtri que malgré des scandales politiques lamentables à la Cahuzac, l’opinion publique demeure si obtuse, qu’en son for intérieur elle continue de faire le lit des puissants qu’elle déteste envieusement, ainsi que de la bêtise généralisée, plutôt que d’encenser naturellement des personnes sans vice, au sens d’une honnêteté et d’une dignité aussi impressionnante que celle dont fait preuve cette femme, par-delà de son statut d’actrice. Je lui dois un de mes enseignements les plus profonds sur la beauté et les rapports humains tels que j’aime à les imaginer. Merci à elle.

Mais revenons-en à ma projection du boulevard St Michel, dans laquelle, bien malheureusement, la grande Claudine n’apparaissait pas. Après un rapide coup d’œil à l’extérieur, sur la programmation et les deux ou trois affiches, arborant le même type d’énormes polices de caractères sur fond de couleurs vives, j’optais, un peu au hasard, pour un des films. J’avais auparavant, à la sortie du métro, vérifié soigneusement la bonne marche de mon attirail d’espionnage dans un café. Je pris un ticket et pénétrais dans l’antre magnifique. Bêtement, malgré l’esprit de travail dans lequel je m’aventurais dans ces limbes, je ne notais pas le titre et ne conservais pas le billet. J’étais à l’époque, bien moins avancé dans mon  travail et ignorais encore toute la valeur poétique de tels souvenirs.

C’était exactement comme je l’avais imaginé. Après le passage devant la dame d’un certain âge, indifférente derrière son guichet, j’empruntais un couloir faiblement éclairé, bien que suffisamment pour voir l’état décrépi de la moquette. J’avançais ainsi quelques mètres entre de rares photos de petits formats accrochés ça et là aux murs et enfin, atteignais l’entrée de la salle au bas d’un petit escalier. Rien d’autre qu’un cinéma de quartier en fin de compte, mais aussi prometteur par son atmosphère, que ceux diffusant d’extraordinaires trésors de séries Z, aux titres improbables que je découvrais parfois au cinéma Le Brady. Je poussais l’épaisse porte battante et entrais. Pas d’ouvreuse. Le film avait déjà commencé. Je me souviens de façon lointaine, d’une fille, à la jupe verte retroussée, en train d’être prise par derrière par un homme dont je ne voyais à l’écran, que le sexe aller et venir en elle, alternant avec quelques plans larges et des gros plans de la femme ahanant. Je restais debout pantois. C’était déjà magnifique. Le son était très fort. Quelques mots d’encouragements en français, collant bien avec le mouvement des lèvres, confirmaient l’origine nationale de la production. Bien que l’écran soit de taille modeste, l’image me semblait énorme, sans doute du fait de la récurrence des gros plans. Avant de poursuivre, je veux indiquer aux lecteurs/trices, qu’alors j’étais âgé de 28 ans et qu’au cours de ma vie, plus complètement débutante, j’avais modestement, mais équitablement, expérimenté l’amour et la sexualité avec les deux sexes. Il n’est donc aucunement question ici de faire état d’un premier émoi et de mettre sur le compte de la totale découverte, l’impression que je reçus en ces instants. C’est d’autant plus important pour moi de le souligner, que je ne voudrais pas laisser d’ancrage possible à toute interprétation allant dans le sens de la littérature navrante narrant les rites de dépucelage, que je juge la plupart du temps d’une ringardise douteuse, faisant l’apologie d’une hétérosexualité des familles, si l’on veut bien comprendre de que j’entends par là. Rien de tout cela dans mon cas. Pas de personnage dans le style des emplois dévolus auparavant à Victor Lanoux dans le tout venant de notre bon cinéma français. Et au risque d’étonner, pas même parmi les spectateurs assis dans la salle dirais-je. Ils étaient au nombre de douze. Je me souviens les avoir comptés. Des hommes, de différentes carrures, immobiles, silencieux chez lesquels aucune agitation n’indiquait de gestes masturbatoires. Sans doute certains le faisaient-ils, mais de telle sorte qu’on n’en sût rien. À des lieux d’une ambiance fanfaronne et grivoise, l’atmosphère était au recueillement. Tant pis si certain/es riront à la lecture de ces mots, mais je me sentis en leur présence, dans une église, un temple, non dédié spécifiquement au sexe, mais à la fascination. J’étais au cinéma.

Après un temps qui me paru suspendu hors de la réalité, à me tenir ainsi debout dans cette nef, je me souvins que j’étais là en mission et m’assis en fond de salle pour déballer mon matériel. La consonance, prise dans un sens graveleux, de cette expression peut prêter, je m’en doute,  elle aussi à sourire. Je ne la relève que justement pour évoquer le parallèle sérieux qu’il faut voir entre la mise en fonction de l’organe du voyeur qu’est la caméra pour le cinéphile, avec le geste de dégager son pénis de l’emprise de son pantalon et de ses sous-vêtements pour celui qui s’apprête à se faire jouir. Je me sentais en symbiose complète avec ces hommes dont je ne voyais que le dos, quoique possiblement à la différence d’eux, nullement excité physiquement par la pornographie des scènes qui se succédaient à l’écran. Mon cœur néanmoins, battait la chamade aussi fort que lors d’un rendez-vous amoureux. J’ouvris le plus discrètement possible la fermeture Éclair de mon sac, afin de libérer l’accès au micro. Peut-être ceux de mes voisins qui m’entendirent malgré mes efforts, prirent-ils ce bruit familier pour son équivalent produit par la descente d’une braguette. Cette pensée me fit sourire intérieurement, accentuant mon sentiment d’espion opérant à l’insu de tous. Je commençais à filmer. Craignant l’entrée subite d’un spectateur, je n’osais sortir complètement ma caméra du sac et me contentais, dans un premier temps, de tourner en rehaussant l’appareil, faisant reposer l’ensemble de mon système de fortune sur mon avant-bras. Mais je sentais bien que l’orientation de l’objectif ainsi tenu, ne lui permettait pas d’éviter le dossier du fauteuil situé devant moi. Malgré, je le dis sans exagération, mon bonheur d’être là et de vivre cette expérience, je risquais d’être fortement déçu si je ne parvenais pas à en capter quelques images exploitables pour mon film, ce pourquoi j’étais venu. Je me décidais donc à, d’abord tenir le sac au-dessus de ma tête, puis rapidement, sentant mes bras s’engourdir et imaginant bien que ma posture pouvait paraître on ne peut plus étrange, je me résolus à me lever sans bruit, en étouffant les couinement de mon siège en train de se rabattre. Personne n’y prêtant garde, je sortis une bonne fois la caméra du sac et me mis à cadrer l’écran. Malgré cela, des bruits de pas et grincements incessants venant des autres salles me stressaient et je ne parvins pas à conserver cette attitude franche très longtemps. Dans un cadrage hoquetant, car décollant en permanence l’œil du viseur pour vérifier que personne n’entrait ou que quiconque ne se levait dans la salle pour partir, j’avais néanmoins enregistré quelques images et je décidais que cela suffirait à constituer la trace que je recherchais. Je me rassis, rangeai méticuleusement le caméscope dans son sac entre mes jambes et décidai de rester jusqu’à la fin de la projection qui n’allait plus tarder, pour savourer ma chance d’être là et les derniers moments de ce voyage, à mes yeux hors du commun. La salle se ralluma. Je vis passer la douzaine d’hommes, pour la plupart, par la même porte que celle par laquelle j’étais entré. Deux ou trois d’entre eux, plus près de la sortie de secours, s’y engouffrèrent, s’échappant rapidement. Ceux que je vis passer avaient le visage grave et ne se pressaient pas spécialement. Tous devaient avoir la cinquantaine. Ils assumaient ouvertement une solitude juste, ni bonne, ni mauvaise, dans le corps et sur le visage. Rien à voir avec les caricatures honteuses, grotesques et nerveuses qu’évoquaient les blagues que j’avais entendues, les décrivant comme d’inquiétants pervers. Comme les personnages d’un roman de Burroughs, ils avaient pris leur dose et s’en allaient. On ne parlait pas de honte ici, à l’inverse pourtant peut-être de ce que feraient les mêmes plus tard, se trouvant devant le sujet abordé en famille ou au café du coin. Peut-être en effet, utiliseraient-ils cet argument facile pour ne pas que les choses se disent. Pour l’heure, je ne leur en voulais pas de cette attitude dénégatrice supposée et ne voyais défiler qu’une poignée d’hommes véridiques, venus ici détendre leur esprit insatisfait et leur corps, aux frottements des fantasmes déployés sur la page neutre qu’offrait une toile vierge de préjugés. Mariés, amants ou célibataires, l’image en mouvement leur avait offert ce que les corps enclavés dans leurs codes ne peuvent donner, à moins peut-être d’aller les quêter dans la pornographie réelle des partouzes, pourtant toujours moins adéquate que l’imaginaire d’un objet fait pour faire durer le plaisir, sans que la relation ne le pollue de ses inévitables contrariétés. Je sortis à mon tour, fier de ces quelques instants passés en leur compagnie secrète et arpentai le boulevard avec l’esprit ouvert, inhalant à plein poumons quelques précieuses minutes encore, l’air pur et frais que m’avait, pour un temps, apporté, ce souffle de liberté. Le travail en prendrait le relais, plus tard, devant ma table de montage, en rappelant à ma conscience et à ma mémoire sensorielle, les images et les sensations que m’avait procuré le voyage.

Aujourd’hui, j’ai gardé en moi cette courte heure de pornographie ordinaire comme un de mes plus beaux moments de spectateur de cinéma. Tout comme, enfant, j’allais seul découvrir, gonflé d’une émotion toute aussi semblable, la programmation hebdomadaire, impatiemment attendue qu’offraient les salles de ma ville, j’ai ressenti ce jour là, l’exaltation et le bouleversement que seuls produisent l’art, la vie intime et l’exotisme des départs vers d’autres cultures. Qu’était-ce donc que cet innommable et dangereux porno dont avait tant voulu me préserver la civilisation de mon monde ? Seulement ça ? Mais pourtant non ; je ne pouvais que donner raison à la stupidité des mœurs établies. Elles n’étaient là que pour affadir et rendre invisible le potentiel réel danger que recelait cette cinématographie là. Mieux que la production courante, le porno ne pouvait que produire en effet des chefs-d’œuvre de bouleversement. Ou plutôt, n’en créait-il, de film en film, en continu, qu’un seul. Ses images, toutes semblables, se relayaient inlassablement l’une l’autre, ne répétant à nos regards subjugués, qu’une chose essentielle à nos vies : au-delà des histoires et des intrigues de surfaces, les meilleures représentations iconographiques de notre monde montrent ce qu’il nous faut regarder sans comprendre, par le prisme d’une focale irrémédiablement obnubilée par l’acte du désir en action. On n’y voit au final, que celui/ celle qui filme, invisible derrière son objet de désir. C’est ce désir, non d’être, mais de happer, de capter, de pénétrer, d’entrer en fusion avec l’inaccessible existence de l’autre qui est le sujet de tous films, de toute littérature, de toute peinture.

« Prends-moi ! », « Je suis pour toi », « Je suis toi », semblent nous susurrer toutes les images de sexe, sans que jamais pourtant nous puissions les saisir.

Jamais le corps tangible de l’autre, ne nous dit pourtant autre chose.