DAVID NOIR
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Journal des Parques J-25

David Noir - La Toison dort - épisode 6
David Noir – La Toison dort – épisode 6

Inquiétante suite dans les idées ou obstination salvatrice ?

Impossible à savoir pour moi. Plutôt envie de vider totalement une argumentation de sa substance afin de pouvoir passer à autre chose. Voici en tous les cas, pour en finir, ce que j’écrivais il y a huit ans à des décideurs éventuels, en préparation à ce projet alors que je travaillais encore en compagnie.  

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La Toison dort / genèse d’un projet de théâtre (et de société)

David Noir / Cie La Vie Est Courte / 2005

 

I – Considérer la modernité d’un public

Le réseau Internet nous permet aujourd’hui de découvrir intimement une partie importante de la population du monde actuel.

Ces êtres humains, surfeurs de toutes conditions, sexes, âges et origines forment aussi l’immense public que nous avons la préoccupation de solliciter.

Au travers d’innombrables sites et pages personnelles le monde des humains s’exprime désormais aussi entre individus connectés.

De toutes ces nouvelles formes de communication, les blogs sont les plus accessibles aux moins technologiques d’entre nous.

Il s’agit de petits sites au succès grandissant, existant depuis peu chez nous, dont l’exécution simplifiée et rapide permet la création et la diffusion libre de témoignages personnels sur tous les sujets et sous de multiples formes : journaux intimes, commentaires de l’actualité, créations, pensées, billets d’humeur, album photos etc …

Je considère pour ma part ces petits morceaux de notre humanité comme de réelles perles quel qu’en soit leur contenu, car pour la première fois dans l’histoire de la communication, quiconque d’une manière facile, peut témoigner librement au reste du monde sur lui-même et s’informer au quotidien sur l’existence tangible de ses contemporains.

Jusqu’à présent, seuls les « gros » médias (radios, télévisions) étaient aptes à nous renvoyer un miroir de la multitude dont nous faisons partie.

Les artistes y pourvoyaient aussi au travers de leur fonction d’interprètes de la vie.

Seulement les uns comme les autres étaient et restent des observateurs subjectifs de tout un chacun.

L’immense différence dans le cas de ces nouvelles cartes de visites sur Toile, vient de la source de ces expressions individuelles qui n’est autre, ici, que les individus eux-mêmes.

Si l’on s’intéresse au public, il est donc important de constater qu’aujourd’hui et à l’avenir, le public est et sera également son propre auteur. Il s’inventera lui-même en toute conscience et aura de moins en moins nécessité de consommer… en matière d’art.

Lui-même fabrique, relaie et informe.

On s’aperçoit donc que contrairement aux idées reçues, une grande partie des personnes a parfaitement intégré la notion de contemporanéité dans l’art : de même que peu à peu, certains ont soif de fabriquer leur propre électricité, le public génère seul une partie de ses besoins créatifs.

Le public du théâtre traditionnel (j’y inclus le contemporain), est peut-être le plus en retard du point de vue de sa propre expression.

Les fameux « abonnés » consomment encore de la culture mais ne produisent plus qu’une faible dynamique de désir, simplement parce que le monde a changé et que sont apparus de multiples moyens efficaces pour beaucoup d’entre eux, d’être autonomes et « libérés » des professionnels du spectacle.

Ce n’est donc pas à eux que je souhaite m’adresser en premier pour tenter de redynamiser notre relation, mais à ceux cités plus haut qui passent chaque jour quelques heures de leur temps à se montrer aux autres et aller voir les autres, depuis leur domicile.

II – Les dialogues envisagés

Au-delà du projet scénique et l’incluant même à sa source, la véritable aventure que nous désirons tenter consiste à communiquer dés le départ avec ce futur public lui-même créateur de formes.

Il parle de lui et nous désirons parler d’Eux et de Nous depuis toujours.

Nous projetons donc au travers de la création d’un site spécifique, en lien direct et issu de vos propres structures, d’organiser sous forme de forums l’élaboration du futur projet théâtral.

Par le biais d’exposés du projet en cours et d’échanges de discussions sur le net, nous nous proposons d’informer mais surtout de nourrir notre travail du fruit de ces mêmes échanges afin de rencontrer bien en amont ce nouveau public et l’associer ainsi directement au résultat.

Ce n’est pas dans un but démagogique que nous voulons procéder ainsi mais pour bénéficier de la réelle influence psychique et concrète des divers réactions et commentaires sur le processus de création.

Bien au-delà, nous pensons même qu’une métamorphose de la relation est possible afin de retrouver un lien actualisé et fondé sur le désir et la nécessité de l’existence des artistes pour ce public.

Nous croyons en ce « Je » formulé aujourd’hui par un nombre croissant et par nous-même depuis notre origine.

Il contient et exprime la liberté d’être et de partager, indispensable aux transactions humaines.

Cette parole intime, nouvellement divulguée par les hommes et les femmes de ce monde, parle aussi des dernières heures de la hiérarchie pyramidale, en tous cas dans l’expression des valeurs artistiques. Il n’est plus temps pour les créateurs, producteurs, diffuseurs de spectacles vivants de croire encore à la particulière singularité de leur démarche.

Personne ne songe à s’illusionner sur la puissante geôle créée par l’économie de consommation des biens matériels.

Nous sommes tous encore pour longtemps prisonnier de ce système de pouvoir, mais la relative richesse du Web et la pauvreté certaine de la fréquentation des lieux de création, sont là pour témoigner d’un changement nécessaire dans l’idée que nous nous faisons du public potentiel et de notre façon de communiquer avec lui sur le monde.

Nous désirons et appelons son regard sur nous. Encore faut-il réapprendre à le lui transmettre.

III – Les procédés

Outre la création du site, plateforme indispensable, nous envisageons de fréquents moments de rencontres au travers des lieux de diffusions intéressés, étayés par une production adéquate.

Des rendez-vous, présentations, répétitions publiques, plages d’expressions libres des internautes avec lesquels nous communiquons, études et productions réalisées à leur propre sujet, constitueraient la progressive construction et les éléments mêmes de la programmation.

Au lieu de quelques dates à l’issue d’un projet abouti, nous imaginons un nombre équivalent ou supérieur d’étapes au long des saisons qui seraient autant de créations, morceaux véridiques de la chair de l’objet en cours ; en fait, spectacles autonomes en eux-mêmes.

C’est donc d’un appui constant et puissamment interactif de votre part dont nous avons besoin pour lancer la machine de « pacification » artistique que nous espérons voir naître.

La guerre froide mais louvoyante, bassement séductrice, pleine de tensions entre artistes-producteurs-diffuseurs-chasseurs-prédateurs aux abois et proie-public, convoitée et courtisée, a usé le système artistique-culturel qui n’a pas vu son pouvoir de fascination s’étioler.

Il nous faut reconnaître que l’oiseau s’est envolé plutôt que de céder à une panique civilisée mais déprimante.

Nous en pâtissons tous. A l’heure où notre ministère, pris de court, semble envisager la solution finale par la réduction des effectifs de compagnies, il nous paraît plus enthousiasmant de réinterroger la définition même du groupe de nos interlocuteurs-spectateurs.

A qui nous adressons-nous ? Que sont-ils devenus en quelques décennies d’activités culturelles et intellectuelles, ces spectateurs toujours possibles mais plus autonomes que jamais ?

Ils se manifestent aujourd’hui concrètement et font pousser leurs identités au dehors, comme autant de nouvelles espèces botaniques ; comme nous, artistes-créateurs à temps plein, avons désiré le faire auparavant.

Nous n’avons donc jamais été dans une aussi grande proximité.

Il n’est plus dés lors question dans l’imagerie inconsciente, « du dieu » unique incarné au travers de chaque acte de création, mais d’une myriade de petites figures bâtissant leur mythologie dont les artistes font également partie.

IV – Le Projet scénique

Echafaudé à partir de trois matériaux essentiels :

Les communs :

  • Textes, sons, images, interprètes de la compagnie, filmages, mise en scène

Les nouveaux :

  • Participations effectives des spectateurs rencontrés au fil des échanges, aux films et aux pièces à venir sur de vraies bases contractuelles (échange de promotions par le biais de leurs sites et du nôtre …)
  • Diffusion du travail et libre circulation des données en cours par le biais des blogs et pages persos du public désireux d’être en lien avec nous

L’ensemble du projet dans sa démarche globale ainsi que le premier opus théâtral issu de ce travail s’intitulera La Toison dort et portera très directement le regard sur les comportements intimes de nos contemporains et des nôtres.

La source du sujet est naturellement ancrée dans l’une des toutes premières expressions et préoccupations du « Moi» : nos pulsions sexuelles et l’énergie libidinale qui en découle : l’excitation.

L’excitation, avec la consommation, constitue chez nous, êtres vivants, l’origine de tous les plaisirs.

C’est sur la base de ces deux entités qui peu à peu s’opposent : excitation-éveil et consommation-endormissement, que je souhaite articuler mon propos scénique.

Entre le « Je » qui singularise et le « Nous » qui unifie se produit la tension propre à toute œuvre d’art.

Il s’agit pour moi de faire naître l’arc électrique entre ces deux pôles.

Le dernier bastion de notre pornographie cachée se situe vers la fin des années 70.

Puis les salles dévolues au cinéma X disparaissent au fur et à mesure que se développe la consommation d’images fantasmatiques à domicile sur support vidéo.

Grâce à la vidéo légère puis à la micro-informatique et au tissage du réseau Internet, nous voici aujourd’hui au stade de la production artisanale et personnelle de notre propre pornographie.

Elle inonde désormais le monde entier de ses images accessibles d’un simple clic et remplace peu à peu notre honte puritaine par une soif grandissante d’exhibition du Moi. D’abord sous forme d’images brutes de son propre sexe,  puis lentement, par la création d’un discours, d’une pensée et d’un rapport dialectique à notre corps et celui de nos congénères exprimés sans entrave.

Nous sommes dans l’ère des pornographes, tant masculins que féminins, tant jeunes que vieux, de toutes orientations.

Je me revendique aussi comme tel et aspire à traduire un point de vue, à mon sens tout à fait progressiste, de l’usage de la pornographie dans nos vies quotidienne, notre communication et l’image de nous même.

 Fin de l’archive

8 Comments

Rém Vach
27 mars 2013
Mon cher ami, je constate à la lecture de ton projet présenté en 2005 que tu as de la suite dans les idées. Ça me rassure grandement de découvrir que ton sujet de "recherche" de l'époque a bien évolué, à partir des bases jetés à ce moment là. Nous avons une démarche assez similaire sur bien des plans, ça me conforte de savoir que je ne suis pas le seul à sentir l'urgence de partager, d'échanger pour peut-être trouver réponse aux nombreuses questions sur le pourquoi et le comment aux sujets des relations avec nos semblables (bien que quelquefois, je me demande quel lien m'unit à mon entourage tellement je n'arrive pas à "connecter" avec les autres) Voilà j'aurais tellement aimer participer à ton projet du mois d'avril. Je n'ai pas à me plaindre puisque je serai avec mon amoureux à ce moment là (qui d,ailleurs vit à Paris) Même si j'arrive la plupart du temps à vivre presque normalement, je me sens souvent un peu à côté de la traque. Ton blog m'oblige à me remettre en question, je me sens seul dans ma démarche. Tes textes ne me laissent pas indifférents, ils m'accompagnes dans ma solitude et ma route accidentées.
Pedro Pereira
27 mars 2013
Cher Rém,Comme vous, les textes ne me laissent pas indifférent... Comme vous je sens que j'ai aussi "une démarche assez similaire sur bien des plans, ça me conforte de savoir que je ne suis pas le seul à sentir l’urgence de partager, d’échanger pour peut-être trouver réponse aux nombreuses questions sur le pourquoi et le comment aux sujets des relations avec nos semblables"... Et c'est exactement pour ces raisons que j'y serais du 20 au 24 Avril! Mais dans mon cas, je vais exprès du Portugal vers Paris... en laissant mon amoureux à Lisbonne... Osez venir et partager ce moment unique!Pedro
27 mars 2013
Merci Pedro, de manifester toujours autant de vigueur et d’enthousiasme !
27 mars 2013
Merci. Désolé de répondre en coup de vent; la date approche et les choses s'intensifient. Je tente de garder la maîtrise du temps mais ça ne va pas de soi. J'ai dû manquer quelques épisodes de Dr Who pour être expert en la matière ;) . Il y aurait tant à dire sur ces difficultés de connexions dont tu parles, cette friture sur la ligne ... Je suis heureux pour toi que tu sois si bien accompagné en avril.
Patrick Speck
28 mars 2013
Hélas, je ne pourrai venir....je suis pris par mes activités " artistiques " .....Activités théâtrales très consensuelles, formatées au carré ou rien ne doit dépasser ( comme les lits dans les chambrées des soldats ! ), bien proprettes comme il se doit afin de ne pas troubler l'ordre-moral en place....Alors, dans un tel contexte, oui, je me sens souvent un tantinet solitaire....c'est peut être celle-là, la pire des Solitudes....et, dans ces moments-là, je n'ai qu'une hâte ; celle de me réfugier dans ma coquille....et, ne voir personne, n'entendre personne....rompre avec Tous... et dans cet autisme-là....je me retrouve, enfin...Je sais bien que ce n'est pas le jour de parler de mes petites interrogations nombrilistes alors que David est sens-dessus-dessous, et luttant contre toutes les contraintes auxquelles il doit faire face pour mener à bien ce projet avec toute son équipe mais du fond de ma Solitude-je-suis-de-tout-âme-et-de-tout-coeur avec Vous.....!!!! .....et merde !
28 mars 2013
Ah ah ! Merci pour ce joli commentaire :) Je ne ris pas par moquerie, mais suis attendri et amusé par la grogne que tu mets dans tes mots. Es-tu acteur de métier ? Je ris aussi en rapport à ta dernière phrase. Je ne vois vraiment pas pourquoi mon nombril serait plus important que le tien ;) Envie d'en sourire encore! Tu sais, moi je suis très content d'avoir suscité des retours comme les tiens et les vôtres. C'était très inattendu pour moi. Je ne pensais même pas que quelqu'un en dehors de mes connaissances proches, prenne le temps de lire ces longs posts sur des sujets parfois si ténus. Donc je suis vraiment ravi et ressens beaucoup de chaleur dans tous vos commentaires. Alors après, bien sûr que j'aurais été très intéressé, de vous voir, toi ou Rém, réagir sur le plateau et de jouer avec vous; savoir qui vous êtes, d'autant plus que nous avons échangé ainsi, mais je crois que ça revient un peu au même et que ce n'est pas grave vis à vis de l'enjeu que je tente de créer. Ça fait partie de mes paris de considérer le blog et Internet comme une extension de la scène; et je crois que grâce à vos participations et votre écoute, c'est déjà réussi.
Patrick Speck
28 mars 2013
Il y a une telle Ecoute de ta part....Est-ce peut être le fait de la virtualité des choses qui doit avoir une incidence, incidence propice à mieux entendre, à mieux entendre car n'étant pas dérangé par l'agitation alentour...ou alors tu as cette qualité qui en devient exceptionnelle puisque dans cette vie tellement automatisée, robotisée et lobotomisée personne n'écoutant plus personne.....et même plus Soi-même....! Oui, je suis comédien de métier, à temps complet....Il est certain que le calendrier ne s'arrêtant pas aux dates de ce mois d'avril 2013....j'aurai l'occasion de venir et donc de revenir.... ( puisque ayant vu Les Innocents ainsi que ta collaboratrice Valérie dans LB 25 en Avignon ) me mêler à une des prod' un de ces quatre ....!
28 mars 2013
Tu seras le bienvenu pour te "mêler" quand l'occasion nous sera donc propice à tous deux. Thank you Sir!

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