Pourquoi du croc se décarcasse

… Mettre de la vie dans une représentation de la vie ne revient pas à en livrer une copie imparfaite. Reproduire la vie au sens strict est l’affaire des gens qui enfantent. Nul besoin de représentation pour ça. On fabrique. C’est bien ; c’est fait ; ça marche … ou pas. Mais c’est une autre histoire …

Profession 2 fois : réalistement athée et mystiquement humain

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David Noir - Les camps de l'Amor - Bouilles à baise
David Noir - Les camps de l'Amor - Bouilles à baise

À vous qui viendrez visiter « Les camps de l’Amor »

 

Bonjour, Bonsoir,

Je ne vais pas vous parler de ce que ça raconte, parce que j'espère bien sincèrement que ça ne racontera rien, rien de ce qui se raconte ; que ça se suffira à soi-même pour celles et ceux qui désireront le prendre ainsi.

Ordinairement, spectacle et public aiment à se raconter mutuellement des histoires. Des histoires, grandes ou petites, qui rassemblent ou qui divisent, qui enseignent, élèvent, font réfléchir, émeuvent ou défoulent. C'est possiblement très bien ; c'est possiblement ce que nous réclamons encore, mais en ce qui me concerne, et ça ne date pas d'une semaine, pas même de celle qui vient de s'écouler pour nous dans l'horreur et la consternation, je trouve ça inutile, voire néfaste de se raconter éternellement des histoires ; d'y perdre son temps, d'y complaire son esprit, de s'évader de sa prison en rêve. Les rêves de cet ordre sont, malheureusement pour moi, des petits égoïsmes de vacanciers et je n'ai rien à vendre de tel dans mes cartons. Idem pour la réclame. J'aimerais juste, ici, vous informer, mais ne pas faire de publicité. Juste dire que si vous avez envie d'être là, vous êtes les bienvenus/es. C'est une annonce, une invitation, rien de plus. Pour dire qu'il y a cet événement là et que l'on y sera, mon équipe et celle du Générateur. Maintenant, je ne veux pas vanter ce que nous y ferons, Christophe Imbs sur le plan musical et moi pour le reste, ni le rendre supposément alléchant.

Ça n'exclut pas de vous expliquer ma démarche.

Ce « spectacle vivant », appelons-le comme ça, comme les institutions culturelles nous réclament de le nommer, s'est trouvé étrangement - ou peut-être pas - raisonner en écho avec les drames qui se sont produits du 7 au 9 janvier et les manifestations et prises de parole, de position qui ont suivi et suivent encore. J'y ai découvert, me sautant au visage, le fond de ce qui fait mon engagement sur scène depuis 15 ans, le ressort, le siège éjectable qui me fait bondir hors du propos que je devrais avoir, celui d'un auteur - metteur en scène - interprète qui raconte, qui dit par voie de contes et de mystères entendus et merveilleux, "merveilleux" parce qu’il est convenu par avance entre spectateurs et acteurs que c'est ce qui doit advenir.

Pas plus que des gosses acculturés qui ne comprennent pas pourquoi ils devraient respecter par devoir une minute de silence imposée, dont la consciente et nécessaire évidence serait censée être portée par des émotions qu'ils ne ressentent pas, je ne suis capable aujourd'hui, de vivre sainement ma condition de spectateur quand cela m'arrive encore de l'être. La comparaison est inappropriée, dérisoire, mais pour l'heure, je la maintiens quand même. Je vis comme un pensum d'être contraint à m'asseoir religieusement dans le respect de ce qu'on débite plus ou moins talentueusement à mes oreilles. Le sentiment religieux : oui, quand je le veux et si je le veux. Vous voyez que malgré la comparaison, je ne suis pas vraiment du côté du prophète.

Non, j'ai besoin de vire ma foi dans la représentation, autrement. Comme nous tentons, moi et sûrement quelques autres de le proposer, je veux pouvoir tourner autour de ceux qui jouent, font semblant de jouer, chantent, bougent, pensent, lisent, sans obligatoirement que cela les perturbe ; je veux arpenter la scène comme une salle des pas perdus, comme on visite une galerie, un musée ou un zoo ; je veux goûter, plongé dans mes pensées, la prosopopée d'Hamlet, assis juste à côté de lui, les pieds pendant dans la fosse creusée pour Ophélie. C'est la ma place, au plus prêt du souffle qui engendre parole et mouvement. Bref je veux être libre de ne pas éteindre mon téléphone portable, pas plus qu'on ne le fait dans la vie désormais dans les lieux publics et pourquoi en serait-il autrement face à une scène que dans la vie ? Le théâtre n'est-il pas la vie ? N'est-ce pas à ce qui se produit de me captiver suffisamment pour créer ma stupeur ou susciter mon intérêt ? Ne suis-je pas assez grand pour m'octroyer tout seul des interdits de circonstances si je le juge nécessaire ? Mon métier d'homme est donc d'être à la fois humain le plus possible et athée le plus souvent. Je ne peux proposer que ça, des représentations de mon athéisme. Je fais des spectacles athées empreints d'un mysticisme tout ce qu'il y a d'ordinairement humain.

Je ne fais pas d'histoire car je n'ai rien à vous conter, ni à vous apprendre. Je ne le voudrais pas car je crois que la conviction qui était nécessaire à l'auteur il n'y a pas si longtemps, pour élaborer une œuvre, se situe désormais dans la droite ligne d'une prise de pouvoir obsolète, fleurant le totalitarisme et définitivement dangereuse. Sacrifier au goût de montrer n'est pas nécessairement avoir celui de convaincre. Je n'ai rien ni personne à convaincre. Je fais, je dis, je montre et voilà tout. Il n'y a rien a priori à en faire, si ce n'est y réagir, être là, en conserver ou en effacer le souvenir. C'est ainsi que pour moi se définit le beau.

J'aime en l’occurrence, l'emploi du verbe « assister ». Certes le public assiste à, mais il peut également assister tout court. Ce qui veut dire aider par sa présence, son action, son intérêt, son écoute. Même sans invitation ostensible à le faire, comme il m'est arrivé d'en mettre en place le dispositif, l'espace de temps et d'action que je propose se nourrit de la détente de chacun/e et de ce qui en découle librement. On peut ne rien faire, danser, boire un verre, parler, improviser, se mettre nu, s'embrasser, s'insurger … que sais je, à chacun/e de trouver sa place. Est-ce que ça me regarde ? Dès lors qu'elle n'est pas astreinte, la responsabilité du corps de chacun/e ne me revient pas. Seul m’intéresse que nous vivions ces instants le plus possible en parallèle, comme des destinées qui se lorgnent du coin de l'œil et parfois se croisent dans l'unique besoin de devoir prolonger leurs routes dans des directions personnelles. Comme au zoo, le spectacle est autant de votre côté que du mien.

Moi, je vis mes meilleurs moments intimes en public, c'est pourquoi je fais de la scène. J'en aime « l'écriture », c'est à dire les temps où arrivent les choses, les démultiplications d'espaces, les résonances fortuites et voulues, les collisions de matières. Tout ce qui contribue à donner le sentiment du relief à nos vies en trois dimensions (émotion, pensée, action) et dont nous oblitérons souvent, par un usage à la froide teneur d'une habitude morne, celle de ces dimensions qui donne la profondeur des liens. Ce n'est pas une nouveauté, nous sommes tous/toutes interdépendants/tes. Qu'est-ce donc - et j'en viens à mon « sujet », puisque, s'il n'a pas d'histoire à porter, il existe néanmoins en tant que sentiment d'être - que cet « Amour » fantoche dont on ne cesse de faire l'éloge et qui se trouve si réduit et emprisonné à l'échelle de chacun/e ? Si cette pseudo divinité n'avait pas une existence tout aussi douteuse et fumeuse que les autres, ne devrait-elle pas donner plus fréquemment des preuves de sa réalité aussi simplement que les vents soufflent et que l'eau nous tombe du ciel ? Mais non, ses miracles son trop rares et trop sujets à caution pour inciter à croire à sa tangibilité véritable. Freud, d'un côté, biologie et chimie de l'autre, ne nous ont-il pas appris combien ce sentiment dont nous nous honorons était aléatoire et trouvait son origine dans des transferts issus de l'histoire de chacun/e, dans des habitudes contractées par la filiation et la culpabilité du devoir, dans des fluctuations odoriférantes et hormonales, dans des illusions narcissiques, dans des jeux de pouvoir et de manque, sadiques et masochistes, dans des obsessions névrotiques et parfois même suicidaires ? Soi, soi, soi … l'amour comme toutes nos perceptions, ressentis, réflexions et actions ne parle invariablement que de soi. Et pourtant il existe parfois entre nous des attaches qui nous pénètrent les chairs à un tel degré, que nous ne pourrions vivre que douloureusement si elles venaient à être rompues. Cela peut tout autant se réduire à une terrible angoisse de l'inconfort, mais nous trouvons ça bien joli tout de même.

L'amour, que parfois nous glorifions à nos yeux sous la forme idéalisée du sacrifice absolu de notre personne au bénéfice d'une autre, a souvent peu de résistance à la peur et aux évolutions de circonstance. C'est la traîtrise alors, mais passons.

Donc pas d'histoire, non, car nous ne méritons pas d'y croire, mais seulement la beauté naturelle des créatures que nous laissons revenir parfois fébrilement à la surface, quand simplement elles s'expriment à travers nos joies mélancoliques et notre euphorique détresse. C'est là, quand l'homme brisé dans ses illusions, voit son orgueil abattu au plus bas, qu'il concède comme en un renouveau, un peu de place à la nature animale qu'il n'a de cesse de fuir. Ni belle, ni bonne. Parfois sublime, parfois pitoyable. Cruelle comme notre état de fait nous conduit à l'être, mais capable quelquefois, oh surprise, d'un jaillissement de tendresse immodérée, cette nature intime nous subjugue. Nous la repoussons à l'avenant pour son insoutenable excès de franchise qui nous incommode tant, dans la réserve où nous nous parquons. Pour ma part, il est trop tard pour que je sois encore un animal sauvage. Libre à chacun de le tenter. Même si j'ai le goût des arts, même si c'est pour moi là la seule foi possible, la seule voie admissible pour donner à notre ancestrale violence l'espace de s'exhaler, je voudrais ne jamais lui immoler ma nature humblement domestique, car c'est elle qui m'a fait être civilisé. De cela, je suis content. J'en tire le privilège de mon espace mental.

Ainsi j'aime l'amour des chiens, qui en dépit de leurs mâchoires puissantes s'épargnent - et nous épargnent - de redevenir des loups, quand bien même une incitation infime à l'instant du basculement possible viendrait les y contraindre. Pour leur confiance immodérée, leur absolue bonté, leur incomparable regard interloqué devant nos incohérences de comportement, je remercie la gent canine de croire encore dans les jeux et l'affection, certes non dépourvue d'intérêt, mais presque totalement privée de malice. En fait d'amour, à mes yeux, il n'y a que celui des chiens qui vaille comme un modèle de conduite. Être là, se taire, ne grogner que rarement, vivre dans l'attente impatiente des promenades, qu'elles soient celles de l'esprit ou du corps sensible ; ne rien miser sur la récompense hypothétique, honteusement calculatrice, d'un au-delà et tout vouloir tout de suite dès lors que l'occasion se présente. Mais s'il faut vraiment se défendre, mordre quitte à mutiler de toute sa rage une bonne fois et détaler, la peur au ventre, en quête d'un havre meilleur et de l'oubli des maltraitances. Les mauvais maîtres se le tiendront pour dit.

 

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Répugnance

David Noir - Sans Culotte
David Noir - Les Camps de l'Amor - Ah ça ira ...

Je ne veux pas être pisse-froid, ni cracher dans la soupe, loin de là. Quelle soupe ? Celle de l'élan de solidarité nationale. D'autant qu'en y pensant malgré moi du matin au soir, à mes chers concitoyen/nes ; en écrivant ces articles, en réaction brûlante à l'actualité, qui ne servent à rien ou du moins dont le monde et mon quartier peuvent bien se passer comme de tout le reste, j'ai l'impression de tout à fait y participer à cet élan, alors que je suis censé être en pleine ultime préparation de mon projet de création, tout seul avec mes p'tits bras et que je ferais mieux de m'y atteler, surtout en définitive pour ajouter des trous à ma ceinture plutôt que d'assouplir mon relatif confort, je le sais par avance. Seulement voilà, tout ce qui me brasse à « notre » sujet depuis des années s'y retrouve tellement au cœur, que je ne peux m'empêcher d'être projeté hors de mon lit comme un Zébulon (oui vous vous rappelez, une alternance de toutnicoti et de tournicoton qui fait farouchement penser au comportement de notre espèce) pour me jeter avidement sur clavier, post-it, cahier, feuille volante, tout ce qui est à ma portée me permettant de décharger cette tension cérébrale et physique mêlée d'émotion, d'agacement, de colère, d'urgence, se soldant finalement dans l'épuisement. Pour moi aussi, ça ressemble à la guerre, mais ça n'en est pas une car, habituée à elle-même, déclarée depuis si longtemps, elle n'est que ce que l'on nomme « révolte ».

Bon, ayant déjà perdu le temps d'un prologue inutile, je vais me rattraper en synthétisant au plus serré ce que j'ai à dire (n'appelle-t-on pas ça des billets d'humeur), en écrivant aussi mal qu'un journaliste chroniqueur, en faisant autant de fautes qu'un blogueur stupide comme il y en a tant.

Donc le sujet de mon irritation : Par pitié, arrêtons d'employer des expressions à tort et à travers en un copier-coller imbécile, cessons de résumer en slogans des pensées et des concepts dont la portée nous dépassent … etc … etc … Il y a tant à dire et c'est tellement le sujet perpétuel qui m'habite depuis tant d'années : la couardise, le suivisme, la malhonnêteté, la veulerie ... que je vais tenter d'en garder un peu par-devers moi pour avoir quelque chose à dire en spectacle. Néanmoins, en ce qui me concerne, après le sentiment d'horreur ou peut-être toujours attisé par ce sentiment, ma marmite bout, déborde, fout son couvercle en l'air.

Les français découvrent un nouveau vocable : « La liberté d'expression » ! Formidable ! Et vas-y que je te tartine, que je me gargarise de roboratif plein la bouche et les dents. Une véritable potion magique pour Astérix.

Non, il n'y a pas de « liberté d'expression », tout autant qu'il y a des limites imposées à la liberté, cela s'appelle la loi. Alors parlons de la loi, nos lois ; ça aidera à les définir pour répondre aux gosses de moins de dix ans, pris dans la tourmente et auxquels les profs semblent en difficulté de répondre. Il n'y pas de « liberté d'expression » dans un état de droit, pas plus qu'il n'y a de liberté d'action, sans quoi il n'y aurait pas à définir « Le droit ». On me rétorquera qu'il faudrait dire plus exactement : « il n'y a pas de liberté totale », donc je le rajoute, oui, c'est cela : la liberté totale n'est pas concevable dans un état de droit et agir ou s'exprimer en toute impunité n'est pas autorisé. Que l'on comprenne mon propos ici, mon sujet n'est pas de trouver ça bien ou mal, mais simplement de le dire. Je parle de « mots », de nos mots et de la manière dont nous les choisissons, nous tous/toutes, les médias, les politiques. À ce stade, il me faut enfoncer des portes ouvertes ; je le fais sans fierté ni honte puisqu'il semble que nous en soyons toujours là, du moins, au niveau de nos réactions écrites et orales quotidiennes. Nous ne sommes hélas pas en train de philosopher tous les jours lorsque nous croyons débattre. Pour ce faire, il faudrait à chaque fois, redéfinir les « mots », si importants y compris et en particulier pour les locuteurs d'une même langue qui posent comme postulat erroné qu'ils se comprennent en les employant. Eh bien, la preuve en est que non. Il est inscrit dans la loi que c'est un délit de faire l'apologie (donc exprimer publiquement dans un but plus ou moins prosélyte) de : la haine (je ne sais pas si les textes précisent « raciale » ou pas), du terrorisme, de l’antisémitisme ... Autant de choses que je trouve en soi très logiques pour la cohésion du fameux « vivre ensemble » (autre expression à la mode dont le cliché repris à qui mieux mieux me fait gerber, mais bon …). Encore une fois que l'on ne me fasse pas dire que je ferais ici l'apologie de quoi que ce soit, sinon d'une pensée que je voudrais saine, ou bien que ces quelques lignes seraient tendancieuses ; ce serait un mauvais procès. Puisqu'il y aurait liberté d'expression, je l'utilise ici pour dire qu'il y en a une mais qu'elle n'est pas totale, mais relative et donc qu'il est impropre et extrêmement réducteur et dangereux de désigner « La » liberté d'expression. Il existe « Une » certaine liberté d'expression dans notre pays ; sans doute suffisante ; sans doute nécessaire ; sans doute la plus libre qui soit de par le monde, mais pas « La ».

Pourquoi cela m'apparait-il si important de pinailler sur ce point de détail ? D'abord parce que notre société semble amorcer enfin une réflexion à son échelle toute entière, ce que je trouve en soi formidable si chacun s'y engouffre vraiment au-delà du café du commerce. Ouf ! Enfin depuis 68, la tête collégiale est bien obligée de penser et de bousculer ses neurones, mais ce n'est vraiment qu'un tout petit début, tant crânes et corps semblaient jusqu'ici désespérément sclérosés de morosité égoïste. On ne peut que s'affliger, même s'il y a peu de chance que nous en tirions les leçons, qu'il faille des meurtres à nos portes pour que se réveillent nos consciences. De toute façon, on le sait, rien n'est gagné. C'est même maintenant, du point de vue des réflexions à entretenir et mener, que ça va devenir véritablement dur.

Ensuite et toujours pour répondre au pourquoi de ma nécessité de pinailler sur les mots : eh bien parce que dans cette réelle agitation émotionnelle et réflexive, la voie royale de la beaufitude de l'esprit se trace à grand coup de clichés et de manipulations des idées comme autant de grossières pelleteuses de chantier. Merde ! Ne sait-on pas quelque part en haut lieu et dans les officiels médias de masse, que la pensée est un paysage fragile et malléable ? Si bien sûr, depuis que la communication existe, on ne le sait que trop.

Revenons donc à cette histoire qui est de considérer comme un délit l'emploi de mots, la rédaction, d'un appel, d'une incitation ou la formation de jeux de mots estimés tendancieux et à influence délétère. Il est à noter que longtemps, il nous a semblé que seuls les actes étaient passibles de condamnations effectives. Chacun pouvait par exemple, poursuivre en justice quelqu'un pour insulte à son endroit ou diffamation, mais c'était à la discrétion de l'individu ou du groupe d'individus concerné de porter plainte. Ce n'était pas, en pareil cas, l'état qui se mêlait d'affaires considérées comme privées. Mais depuis il y a eu apparition de la toile. Et là, tout circule à vue. C'est même là tout son intérêt et toute sa dangerosité. Un défilé permanent, un bouillonnement de conneries infâmes autant que de savoirs particuliers et exceptionnels. Du coup, plus ouvertement que d'habitude, la pensée d'État s'en mêle. À noter que jusqu'à présent également, ce savoir existait tout autant dans les livres et qu'il n'y avait qu'à se les procurer pour y accéder. La nouveauté n'est pas là. La vraie nouveauté d'Internet, c'est le forum et le commentaire à chaud. Un clavier, un clic de souris et le sublime comme le stupide s'exprime et est balancé dans la masse (la nasse devrais-je dire). La chose est faite ; s'imprime illico dans l'esprit du lecteur ; est irrattrapable. Curieusement, la description que je viens de faire du geste de base de l'internaute actif ressemble fort à celle dont Don Basile fait avec jubilation l'apologie dans le Barbier de Séville : la calomnie. Une fois lâchée, elle court elle court … elle enfle et explose en un coup de tonnerre au vu et su de tout le monde.

Il n'y a donc pas « La », mais « Une » liberté, Une démocratie. Toutes relatives. Nous ne devons pas dès lors parler d'absolu, mais de point de vue. Avant qu'un interdit ne le devienne, c'est un point de vue. Qu'est-ce que cela change de se le dire ? Eh bien à peu prêt tout. Pourquoi ? Parce qu'en revendiquant l'arbitraire ou le relatif d'une loi, on assume également ouvertement ce qu'elle peut présenter comme semblant injuste ou inégal (le fameux deux poids, deux mesures qui semble tarauder à juste titre certains enfants au sujet du traitement des opinions des uns et des autres selon leur milieu, culture, croyance). En faisant cela, on devient crédible y compris vis à vis de ceux qui ne seraient pas d'accord, plutôt que de vouloir enfariner (ressenti humiliant à l'origine des pires violences) les opposants, les incrédules, les frustrés d'un tel barrage à leur conscience. Cela s'appelle l'autorité.

La vraie autorité - j'entends par là celle qui s'exerce autrement que dans l’unique but répressif, mais bien pour guider - a le devoir de toujours assumer pleinement qu'elle s'impose parce qu'elle croit que c'est le bon sens vers lequel il faut aller. Elle doit donc de ce fait, endosser la critique et le mécontentement qu'elle suscite, mais toujours donner une explication plausible, accessible et rationnelle à son origine. Je ne fais que donner là, à mon sens, la définition d'un parent responsable qui doit savoir ne pas se laisser déborder, tout en guidant vers plus de sécurité une existence propice au développement, à l'épanouissement et surtout, à l'élaboration d'une conscience autonome.

Je n'ai pas d'enfants ni dans la vie, ni dans mes cours et c'est sans doute plus aisé à dire qu'à faire, néanmoins cela me semble tout à fait réalisable avec du cœur, des mots adaptés et de la méthode. Un état est encore un parent sans doute nécessaire pour une société civile aussi infantile que la notre : Je suis Charlie n'est-ce pas ? Et le lendemain, toi qui n'aurais jamais donné qu'un regard méprisant, jugeant par oui-dire de la grossièreté de son contenu, à ce canard un peu triste en fin de vie, tu te précipites comme au premier jour des soldes pour acquérir cet exemplaire déjà mythique ?! Et, là encore les mots détournés déboulent : tu as le culot de justifier ce retournement opportuniste et grotesque en l'appelant élan de solidarité ?!

Alors écoute moi-bien mon ami/e Charlie de la dernière heure, je te le dis, moi ne l'ayant jamais été et n'en ayant nul besoin pour être deux cent mille fois Charlie à ma manière depuis que je pleure et raille la médiocrité de mon espèce : Tout ce que tu veux à cet instant et même sans le savoir, c'est t'inscrire toi aussi un peu dans l'Histoire, en avoir ta petit part, juste pour l'accrocher au mur, la mettre dans un tiroir et pouvoir dire « J'y étais ». Cadavres ou pas – et c'est bien pire – comme à l'accoutumée, tu tressailles juste du risque que tu prendrais à ne pas être à la mode, à être passé à côté de l'endroit (pas trop loin de chez toi quand même) où il faut absolument être.

Cher/ère ami/e, il n'y a pas de mot pour dire la répugnance que tu m'inspires. Tu ne mérites rien de ce confort destiné à libérer ton esprit et ta main, qui t'a fait descendre de l'arbre et entoure ta vie actuelle, tant tu ne sais rien en faire. Je te vomis sincèrement et pourtant, moi qui ne suis pas un terroriste, j'ai pitié de toi et de ta médiocrité tellement tu m'affliges, tant tu me blesses en étant si superficiel, si convenu, si bête. Je t'en veux de la lâcheté d'opinion qui t'anime et que, comble de la rigolade, on nous vend actuellement comme étant un courage. Mon dieu quel usage des mots ! Pareil emploi, j'imagine, ferait frémir un chevalier médiéval, un grognard de l'Empire ; peut-être même un soldat de métier de notre histoire contemporaine. Un peu de décence, encore une fois, par pitié. Qu'on aime leurs dessins ou pas, les dessinateurs qui signaient leurs caricatures et ceux/celles qui les signent encore étaient et sont, peut-être des inconscients, sûrement des provocateurs, mais par dessus-tout ils ont fait et font preuve d'une audace et d'une endurance à la menace, exceptionnelle. Idem pour les policiers qui ne se font pas d'illusion j'imagine, sur les risques que leur métier leur impose, idem pour certains otages au courage inouï qui force mon admiration. Mais toi, vulgaire pékin, insoutenable girouette, grotesque consommateur, tu n'es rien, ne mérites rien, ni de bénéficier d'une technologie que d'autres ont mis au point et désormais t'imposent, ni de te faire le chantre d'idées que tu n'as jamais pris le risque d'avoir par toi-même. Tout au contraire de ce que l'on dit aujourd'hui de toi, tu es un collaborateur dans l'âme. Tu mérites Pétain, Mao Tsé Toung et les autres, point barre. Tu l'as déjà prouvé. Tristement, je dis que tu le prouveras encore. Parce que tel est l'homme dans son animalité peureuse à juste titre et que je ne songerais pas à lui reprocher s'il n'avait la prétention d'être Humain. Non, c'est sûr, à mes yeux, tu ne mérites pas la mort violente et arbitraire d'une ordure de djihadiste pour te punir d'être toi-même poujadiste. Tu me partages, espèce humaine. Atrocement et désespérément, tu me tranches en deux depuis que j'ai fait ta rencontre. Pire encore, depuis que j'ai pris conscience que j'appartenais moi aussi à ton groupe. Tu me divises incessamment entre l'envie de te tuer sans sourciller pour tes revirements immondes, pour tes arrangements avec l'intégrité dont tu te revendiques, pour le mal que tu te fais et que tu fais au monde. Mais au moment où je lève le bras pour abattre ma rage sur ta carcasse révulsante qui se pisserait dessus de trouille à cet instant, je le laisse retomber, m’effondre sur moi-même et pleure sur ta faiblesse et la mienne, car tu me touches bien malgré moi dans ma chair, au-delà des sexes, des conventions sociales et même des intelligences. Je me dis que quitte à t'épargner, je voudrais parvenir à t'aimer, histoire de me sentir moins seul ; d'avoir des camarades pour rigoler. Mais, comme la créature échaudée, née des mains du baron Frankenstein, je sais qu'il serait désormais bien illusoire de miser plus qu'un regard échangé sur l'empathie profonde qui pourrait nous unir. Je sais tout simplement que tu n'es qu'inconstance et que l'effort n'est pas ton ami. Tu ne penses qu'émotion, raisonnes émotion, crois émotion, valorises émotion. Sauf que ta belle émotion, pauvre merde narcissique, si incontournable qu'il faudrait incessamment l'entendre et la respecter, nous savons tous sauf toi, qu'elle va changer demain, si le soleil est beau, si la pluie nous ravine. Malheureux être de chair, tu n'es que ça et ton malheur d'être animal se double de la calamité d'une faible conscience. De par le monde alors, dirigeants, militaires, assassins, terroristes, tous autant qui aimez armer votre bras au-delà du raisonnable… songerez-vous un jour à renoncer à votre jouet favori, à épargner la chair, celle-ci qui souffre tant ? Soignez votre névrose, vous êtes du même bois que sont faites les victimes. Et elles, jureront bien, j'en suis sûr, à quelques exceptions près, de sagement le jour venu, savoir fermer leur gueule faute d'avoir pris la mesure et le temps de la pensée introspective et du recueillement. Et comment leur en vouloir n'est-ce pas ? Comment ne pas les comprendre ? Oui tout le reste du temps. Pas quand elles font figure de se donner des ailes sur un coup d'illusion dans le miroir un matin. Pas quand elles crient « Aux armes citoyens ! » pour finalement ne pas faire la différence entre faire la queue pour Justin Bieber ou Céline Dion et souhaiter manifester un soutien ou s'offrir un symbole de liberté à la porte d'une papeterie. Bien malin si une bombe avait éclaté devant un kiosque à journaux. Vraiment rien dans le citron ces terroristes ! Une idée tous les 14 ans. Ouf ! C'est tant mieux.

La personnalité univoque n’existe pas, il n'y a que dualités multiples, ambigües, contradictoires et profondes, fonction des circonstances, prises entre peurs viscérales, protectionnisme du clan qui protège, soumission et effacement de la parole individuelle en échange d'un toit et de la vie sauve.

Le terrible Jeckyll et son Mr Hyde sera toujours l'ennemi farouche de l'utopiste et pathétique monstre de Frankenstein. C'est bien triste et c'est ainsi. Mais qu'on ne vienne pas me donner la leçon de devoir renoncer à ma haine - moi qui ne prendrai jamais autre chose que des mots pour la dire - parce qu'elle serait soudain un sentiment déshonorant alors qu'elle n'est qu'un composant parmi d'autre de notre être. Qu'on ne vienne pas me dire que ma haine n'est pas bonne, que je n'y ai pas droit, alors qu'il m'est vital de la ressentir vis à vis d'une espèce qui ment autant sur son réel. Qu'on ne vienne pas me raconter qu'il y aurait certains bons sentiments et puis d'autres mauvais en toutes circonstances, à moins que d'échanger toutes nos bibliothèques de philo contre les reader's digest de Walt Disney. Non, mais vous êtes sérieux là ? Vous croyez véritablement que de s'amputer d'un de nos composant vital naturel nous ferait grandir ? La morale n'est pas la nature. Tout comme pour la loi, assumons qu'elle est une privation nécessaire pour que nous puissions vivre ensemble sans la poser comme un postulat éthique apparu de rien comme la grossesse de la vierge Marie. Quand j'entends le discours politique, médiatique, quand je lis les réactions sur internet, j'ai envie de crier à la Richard III, au secours ! Qu'on me donne un adulte pour mon royaume !

L'élan national et la solidarité ne réclament pas de suivre un mouvement collectif pour y être rassemblé, mais d'être individuellement originalement soi-même plus que jamais, afin d’insuffler un tant soit peu de complexité - d'aucuns s'emploieraient à dire de « richesse » - aux rouages du moteur de la machine.

Merde, encore de l'énergie gratuite qui ne me fera pas bouffer, ni ne paiera mon loyer. Je m'étais juré pourtant de faire bref. J'avais vraiment autre chose à foutre. Tant pis, mais pour cette fois, je ne corrigerai pas les fautes. Il est vrai que personne ne m'avait rien demandé.

Scène Vivante

Scène Vivante - David Noir

Scène Vivante - David Noir - stages

Scène Vivante est une branche de David Noir Production consacrée à la pédagogie. Le site propose stages, cours et ateliers dans l'esprit et la philosophie qui animent les pages de ce blog.

Pourquoi stages, cours et ateliers ?

Pour exprimer et mettre en formes ce besoin, cet imbroglio de mouvements qui nous anime incessamment.

Les ateliers sont donc des espaces physiques et temporels destinés à favoriser l’expression de ces/ses besoins sur une scène ; c'est-à-dire en présence des autres, devant les autres ou plutôt au milieu d’eux.

Comporte-t-ils des aspects thérapeutiques ?

Probablement oui ; tant mieux si c’est le cas et finalement, peu importe. Le pansement de ses blessures et de ses douleurs ne nuit pas à la création artistique, alors pourquoi le rejetterait-on au nom d’une supposée « pureté » de l’acte.

Les autres : partenaires et public.

Pourquoi cette nécessité d’avoir des témoins de son existence autres que son conjoint, sa famille, ses amis ?

Parce que l’unique bonne option du spectaculaire n’est pas le mensonge, mais la démonstration de ce qu’on est et ressent. Et, comme évoqué plus haut, il est indéniable, toute notion de morale mise à part, que le rapport social « classique », contraint au mensonge ou du moins, au non-dit.

Le spectaculaire dont il est question ici, n’est pas le diable décrit par Guy Debord dans « La société du spectacle ». Il est même tout le contraire. Loin d’être généré au profit du dévoiement de la communication entre les humains et des jeux de pouvoir, il est un besoin vital, intrinsèque à l’humain ; immanent : celui de se représenter, soi et les choses et êtres qui nous entourent pour mieux appréhender le monde et les mondes, ainsi modélisés.

Comment fonctionnent les stages ?

Selon le principe d’une communauté d’esprits, d’individus non choisis, non triés. Ils sont ouverts à quiconque veut y venir. Pas de nécessité d’être « acteurs » donc, pour y évoluer et s’y mettre en scène. On y joue spontanément et parfois de façon plus préconçue, avec toutes sortes de matériaux, à commencer bien sûr par soi-même, dans toutes sortes de situations. Les temps d’entraînement sont longs et collectifs, de façon à permettre une bonne immersion progressive à tout/e nouveau/elle venu/e et assurer un échauffement de longue haleine à toutes et tous, avant d’aborder exercices et interprétations.

Ce que vous n’y trouverez pas :
  • Un spectacle au sens traditionnel du terme, dans lequel rôles et partitions sont définitivement attribués.
  • Une méthode linéaire visant à faire de vous un acteur ou une actrice « bankable » sur le marché du casting. Mais rien ne l’empêche.

J’écris tout ça mais sachez que je n’ai rien à transmettre de l’ordre de ce qui se consomme. Je ne sais que réagir à la présence de l’autre ; parfois à son absence aussi.

On n’enseigne bien que ce que l’on ignore et découvre en le faisant.

Le reste est amoncellement morbide de culture hors de ce temps présent, qui lui seul compte aux yeux des vivants.

Les gens baisent, dorment, mangent et meurent ; quoi de plus naturel !

Ils travaillent, produisent de la pensée, des sentiments, des matériaux et jouent également.

À quoi jouent-ils ?

À ce stade, il ne faut pas confondre ambition et prétention. Car si certains/es s’amusent à inventer et mettre en oeuvre des concepts et des formes, une bonne majorité se contente de simuler … l’aisance, le bien être, la liberté, le développement intellectuel, les capacités créatrices et de travail ... ce qui n’est pas « jouer », mais faire semblant.

Souvent confondues à dessein, ces deux notions ont pourtant entre elles une différence de taille, car « jouer à » n’est pas « jouer » tout court.

« Jouer » - dans un sens mature qui n’est pas celui des enfants, chez qui le jeu, comme chez le jeune animal, est destiné à socialiser et s’entraîner aux rapports de force et de désir - « Jouer » donc, pour un adulte, c’est produire et non, (se) raconter que l’on produit.

Mais produire quoi ?

Du sens et au mieux, son sens des choses et de la vie.

Autrement dit, sa vision du monde en paroles, mouvements, actions, sons, images, discours, échanges … l’énumération des outils à disposition de l’acte scénique est infinie et exponentielle.

Un axe fondamental : la nécessité d’être vrai pour produire de l’art qui en vaille la peine.

Être vrai ? Qu’est-ce donc ?

En premier lieu : mieux se connaître.

Ensuite, tâcher de trouver en soi le fil, qui une fois tendu comme une corde sensible, résonne des vibrations qui font notre élan vital pour nous-même et créent une image mentale de soi pour autrui..

Avant d’y parvenir, il faut le trouver intimement, le dépelotonner pour le défaire de ses nœuds, corps étrangers et entraves, puis finalement, le tendre afin qu’il sonne clairement et de manière aisément identifiable pour son hôte. La propre vérité de chacun/e est une onde. Il convient d’en déterminer et d’en isoler le « la ». Comme pour tout instrument, il faut enfin, s’accorder avant de jouer et connaître ses gammes. C’est à cela que l’aspect « training » d’un l’atelier sert.

Il est vrai, moins mathématiquement qu’en musique, mais néanmoins de manière efficiente, que l’individu scénique peut parvenir à force de travail et d’observation, à comprendre l’étendue de ses propres gammes et le registre de son chant.

Un des buts de ces stages est bien sûr de rendre clair à ses « acteurs », la nature  à la fois personnelle et générique, de leur propre outil.

« Personnelle » pour le développement de son identité, voire, de sa singularité ; « Générique » pour comprendre comment il est possible de s’accorder aux autres, avec les autres, sans y sacrifier son intégrité intellectuelle, émotionnelle et physique dont les éléments composent sa propre histoire.

Sa vérité n’étant chose valable que pour soi afin de ne pas être en guerre avec le monde entier dans la vie de tous les jours, il faut s’aliéner aux autres par l’échange. La diplomatie est une chose terrible pour l’ego car elle le contraint à la mise en réserve de sa vérité brute, au non dit et au mensonge par omission. « Ne me fait pas de mal et je ne t’en ferai pas » ; « Accepte-moi et je te considérerai ».

Jouer revient, pour un temps, à mettre de côté ce pacte tacite entre les humains, pour permettre à la part non socialisée de la personne de s’exprimer sous contrôle et dans un cadre qui le permet.

Par delà la douteuse compromission de la diplomatie quotidienne, il n’y a donc que le pardon, a priori et inconditionnel, qui n’engendre pas la guerre ou les effets pervers du commerce et du troc inhérent à la « vraie vie ». Mais une telle attitude ouverte engendre aussi fréquemment un effet collatéral dérangeant et possiblement nocif : la soumission à tous type d’autorités. Paradoxe de la non-violence, ce comportement n’est pas non plus compatible avec l’émergence de l’animal théâtral qui a aussi besoin pour se nourrir de l’énergie de nos haines et autres impulsions morbides. Besoin de tout ce qui fait l’humain, bon comme redoutable, exprimé, pourrait-on dire, in vitro.

De même l’amour, ce lien entre les êtres qui souffre d’être trop réfléchi pour bien être vécu, se doit de retrouver la « pureté » désintéressée qui propulse les états de coeur de l’enfance ; états qui dans les premières années de la vie, ne sont pas encore mus par un intérêt hypocritement exprimé. Les actes ne sont alors guidés que par les besoins. Aussi péremptoires, capricieux et parfois, cruels qu’ils nous paraissent en grandissant, ils vaudront toujours mieux que le calcul intéressé, forgé par la méfiance d’autrui et lié à nos existences par les peurs - en tous les cas, au moins sur un plateau.

Le plateau, la scène ou le simple espace de répétition est en effet, en définitive - il est bon de le garder en tête au cours du travail - le lieu du rapport social le moins dangereux du monde, où les enjeux sont virtuels et où il est le moins nécessaire d’avoir peur, une fois intégré que le regard de l’autre n’est pas une arme à feu.

Le seul amour qui vaille pour élever son art de jouer semble donc être un amour tout droit issu de l’enfance. Il est pur besoin et seul ce besoin est amour brut et originel. Ce n’est pas le cas  du désir, bien plus fluctuant et fugace, sur lequel il n’est pas sage d’étayer son expressivité. On trouve donc aussi fatalement, des choses déplaisantes dans le fatras de ce qui nous constitue et qu’il nous faut chercher à dire. La scène ne doit pas se faire plus vertueuse que la vie.

David Noir - Stages- Scène Vivante

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