Essentiellement Nu

David Noir nu - autoportrait
David Noir nu - autoportrait
David Noir nu – autoportrait

J’ai toujours haï l’écriture et plus encore le livre. Aujourd’hui, l’un et l’autre m’indiffèrent.

Je ne pense pas avoir à dire aujourd’hui beaucoup plus sur un sujet que je connais trop bien et par trop d’évidences, lisibles dans le parcours finalement simpliste qui est le mien. Anti-vocation forcée ; chantage et torture psychologique sous le joug de la vanité d’un père en quête de filiation géniale et pour qui celui qui ne lit, ni n’écrit ne peut être qu’un individu dépourvu de lumière ; un imbécile. En parler d’avantage serait parler de lui, de mon père … encore une fois. Or, tout est dit en mon cas sur cette histoire. Tout est fait. Désormais et depuis toujours, il me faut faire avec ce faux don. Du coup, je m’intéresse aux mots autant, que je m’en défie et par extension, tout autant de ceux et celles qui les profèrent avec trop d’aisance. Ainsi, je ne fréquente pas les politiques, ni les grands orateurs. Je ne veux pas de bons vieux amis ; je ne veux pas de bons souvenirs sympas en famille, mais finalement, je souhaite quand même explorer la mienne. Celle de mes sens et de mes contradictions. Tenu enfant dans l’ignorance du monde véritable, des charmes et des dangers de la fréquentation d’autrui, ma faiblesse de caractère, que d’aucun appellerait mon affection pour mes géniteurs, ne m’a pas permis d’aller au-delà de cette barrière de corail rutilante. Trempant dans le lagon aux eaux tièdes d’une existence autocentrée, je suis devenu coquillage au développement lent. Extirpé de ma coquille comme une moule forcée à s’ouvrir, immergée dans le bain bouillonnant de la vie qui frappait, je n’ai pu m’agripper bien longtemps à un autre rocher dans un flux si rapide. L’ayant profondément compris, j’entreprends aujourd’hui de dériver tout à mon aise, trop petit pour intriguer les squales, trop grandi pour risquer de passer à travers les fanons d’une baleine.