Une visite inopportune

Une visite inopportune_Copi_Athénée

Une visite inopportune_Copi_Athénée

Je n’ai pas l’intention d’utiliser ce blog pour y publier de la critique de spectacles et d’ailleurs je ne suis pas payé pour ça. Néanmoins je post ici une simple réaction et non une analyse, à la pièce de Copi, « Une visite inopportune » montée à l’Athénée et dont j’ai vu une représentation hier. Je sors peu, préférant me cantonner à mon travail plutôt que me pencher sur celui des autres, mais il m’arrive naturellement d’aller voir jouer des amis, d’être attiré au détour d’une information par des créations inconnues et intrigantes ou, plus rarement de céder à l’envie de prendre un peu la température de ce qui se fait actuellement sur les scènes de Paris. En l’occurrence, il s’agissait hier d’aller découvrir une nouvelle prestation de cet acteur formidable et inventif qu’est Michel Fau. Evidemment, l’attente dans le hall d’un lieu comme l’Athénée, avec son public de freaks grotesques et mondains, n’augure jamais rien de bon. Rien ne change de ce point de vue, à chaque théâtre son ridicule social. Le spectacle, toujours le même, commence là dans ces lieux de représentation, par les tragiques visages décatis des vieux fardés qui font mine de rire et ceux des plus jeunes, endimanchés pour l’occasion, qui eux aussi montrent de belles rangées de dents, les uns faisant croire qu’ils oublient la mort, les autres trahissant qu’il ne se doutent pas vraiment encore de sa réalité. Ce ballet habituel étant mis entre parenthèse dans mon esprit, je m’asseyais, attendant l’amie qui m’accompagnait et la pièce qui ne devait pas tarder à commencer.

Ça commence enfin … et ça finira de même. Je ne détaillerai pas la mise en scène, décor, costumes, jeu des acteurs … tous vociférant d’une même voix criarde et immuablement projetée. De la bonne vieille technique ; un boulevard, rien de plus. Évidemment, tous les clichés auxquels on peut s’attendre en imaginant Copi sont là. Une misère d’imagination qui ne rend pas grâce au texte dont la subtilité est aisément piétinée par des sabots si lourds. Effectivement difficile à monter, le Copi ; peut-être plus très nécessaire non plus sous cette forme « spectaculaire » et ringarde. Bref, peu importe tout ça, la seule vraie question consternante qui s’imprime dans mon cerveau à l’issue de cette soirée et qui n’est ni une méchante  blague, ni une pirouette maligne, reste :  comment peut-on encore monter de pareilles merdes sous l’égide de professionnels soi-disant sérieux et appeler ça « le théâtre » ? La seconde, plus anecdotique et personnelle est : comment se fait-il qu’un génie de la scène comme Michel Fau, ce que je pense toujours, se bride ou se laisse brider au point de ne plus exprimer aucune fantaisie là où on attendait toute la sienne, d’ordinaire si poétique ? Ce sont véritablement des choses qui m’intriguent quand je vois ainsi tué sous mes yeux, le comique, l’humour, et la sensibilité d’acteurs et d’auteurs par la main lourde d’une direction et d’une production au manque total d’imaginaire qui croit s’adonner à un carnaval fou et sans retenue. Sempiternelle tristesse et misère du spectacle en France et de ses errements avec pignon sur rue, dont il est difficile de se consoler quand on se dit qu’ils transportent l’image la plus amateur et la plus courante pour le public, de cette navrante affaire qu’on appelle le théâtre.