Rien à offrir

Chacun a sa fenêtre acrylique_David Noir_2009

Chacun a sa fenêtre_acrylique_David Noir_2009

Moi mon nom à moi, c’est Bonnie,
menteur.
L’histoire que je vais vous raconter bla bla bla … est triste. J’en connais des plus tristes, des moins tristes, des dramatiques. Celle-ci est juste triste. Soit vous vous en foutrez, soit vous voudrez sans doute comprendre cette histoire, parce que la plupart des gens veulent comprendre et pouvoir suivre le déroulement des histoires. Moi, les histoires, je les hais. Au mieux, elles m’indiffèrent. Je n’aime que les caractères, les personnages ; je ne veux pas savoir les détails de ce qui leur arrive ; juste regarder comme ils sont beaux parfois, quand je les trouve tels. J’aime mieux les mythes et exclusivement leurs âmes au détriment de ce qui leur arrive. Et inlassablement il leur arrive la même chose – il nous arrive la même chose ; c’est ça qui fait la force de leurs soi-disant histoires ; il n’est plus besoin de les raconter. Elles s’effacent au profit d’un personnage, d’une destinée. Peu importe pourquoi il en est arrivé là ; c’est ainsi ; il n’y a pas d’autre possibilité. Alors pour en revenir aux détails qui font l’histoire triste que je veux, non pas conter, quel vilain mot bon pour La Cartoucherie, mais portraiturer ici, je vais vous en donner les détails en guise d’éternel prologue pour ne plus y revenir. Ce sera fait ainsi et vous n’aurez qu’à vous y référer, qu’à vous en souvenir si cela vous intéresse encore au cours des pages qui, fatalement, ne suivront pas. Autant vous dire que je n’aime ni être tenu en haleine, ni l’art du scénario. C’est pourquoi j’ai de la sympathie pour les jeux vidéo où l'on s'égare; un art étonnant qui souvent prend le relais de la poésie et de l’art réellement abstrait qui se fait attendre pour ouvrir les fenêtres de ceux qui étouffent dans les romans et le cinéma des faibles auteurs. Le théâtre ça servait un peu à ça, mais il a fait plus que son temps. Peut-être juste une façon de présenter les choses. J’arrête cette digression. Celle-là seulement ; parce que des digressions, vous en aurez ; vous n’aurez même que ça. Si vous n’en voulez pas il faut aller ailleurs. Mais là, pour ce prologue, pour donner un petit fil à ceux et celles à qui ça fait plaisir, je vais me discipliner juste une fois malgré le dégoût que j’en ai. Après ça, haro sur le bel art et les habiles rebondissements qu’on prend parfois pour du talent. Les plus malins sont des poètes déguisés en techniciens ; Hitchcock par exemple. J’en ai vraiment rien à foutre de son art du scénario, mais c’est un poète, malgré lui ; malgré sa soif de plaire ; alors on peut rêver par-dessus l’emballage. Mais bon, on en reparlera de tout ce qui pue l’école et des artistes du commerce et des indigents poètes qui aimeraient bien être des commerçants. Enfin, on en reparlera, mais pas moi, je n’ai pas de temps pour ça - de ceux là et de tous les autres. Mais ne croyez pas que j’ai choisi d’être un hermite. Ce que j’ambitionne aujourd’hui, c’est d’être un étranger.
Y paraît que petit, j’ai engrangé de l’amour pour des années, alors tu penses bien que …
L’art de l’artiste me semble être la chose la moins intéressante du moment – il n’est jamais aussi surprenant que l’art du hasard – aux rares exceptions près de certains qui savent courtoisement l’inviter entre leurs murs rigides de créations arides. Merci Kubrick. Mais on les compte sur un doigt. Quelles plaies, les créateurs …
Contrairement à beaucoup d’autres, mon art à moi, est de la merde au vrai sens du terme – non morale, non adulte, non dépréciatif ; juste une expulsion du surplus nécessaire …
Du coup, j’aime souvent les gens haïssables ; qui ont l’intelligence et le savoir faire pour manipuler le monde, pour ne pas en être les dupes – ils ont choisis leurs camps – je ne parle pas ici des imbéciles du pouvoir, mais des joueurs; des petits et des grands.
Finir en auteur serait l’échec le plus cuisant pour moi ; moi qui voudrait n’être qu’un corps. Je fantasme mon être intérieur à longueur de temps et c’est ce que je peux faire de mieux.
Ecrire ne me sert plus depuis longtemps. C’est juste une fonction naturelle. Une défécation obligée de l’âme. En chiant ma prose, je regarde les passants à travers ma lunette. Tiens, voilà un de ces mecs sans exigence ; un de ceux qui trahissent le monde enfantin.
Sûrement qu’il va justement faire des enfants à défaut d’en avoir conservé quelque chose. Mais, non, il a tout vendu à bas prix dans la première moitié de sa vie. Comment, pas d’enfant ? Tu veux la fin de l’humanité alors. Quand on voit ta gueule, on ne peut que souhaiter la fin de l’humanité. Le sens, tes sens, ton sens unique me fait horreur. Eh eh, ils aiment ça la hiérarchie ; ils appellent ça le choix, avoir le choix, choisir ; « je te préfère à quiconque » ; des plus et des moins ; c’est leur vision de la vie à ces petits commerçants. Moi je ne sais pas ; j’ai surtout connu la trahison de mes valeurs à longueur de journée ; le dénigrement comme mode de fonctionnement. « Z ‘auriez pas une cigarette ; j’ vais mourir vous comprenez ; alors c’est un peu urgent ». Main tendue et puis couteau dans le dos, pourquoi pas ? Alors on se retourne vers la culture, le roman ; toujours plus con ; toujours plus débile ; avec le mot choisi ; bien choisi, comme à l’école de la littérature ; celle du mot juste. L’adjectif adéquat ; le beau verbe, les cons ; ils aiment ça ; ils ont l’impression qu’on a fait des efforts, les cons. C’est méritoire. Et puis ceux qui font profession de penser, d’aimer ou de haïr ; d’avoir des goûts ; d’exister. Ils ont sûrement la conviction d’avoir un avis ; moi je n’en ai pas ; juste des réactions sans fondement autre que mon émotivité. J’aimerais bien faire une œuvre de ce fatras d’humeurs car c’en est une en soi ; par nature. Rien à prouver ; rien à atteindre. Pas d’histoire d’amour ; surtout pas ; au mieux la réparation ; le bricolage pour que ça tienne. Le neuf c’est toujours de l’aranaque ; tout est destiné à se dégrader ; c’est comme ça ; à peine c’est sorti du beau sac du beau magasin.
Une page de publicité :
A force de secrets, le viol de l’intime est porté en place publique. Avoir des parents depuis tout petit accentue forcément la propension spontanée à se faire enculer. Ils mentent, toujours ; tout au long de leur vie, ils mentiront. Parce qu’ils n’auront de cesse d’envier la jeunesse dés lors qu’ils comprendront que la leur est envolée. Les jeunes aussi envie la jeunesse ; ça se voit moins forcément ; ils la désirent entre eux. C’est le seul bien de valeur. Tout ce qu’on racontera après est destiné à justifier que notre vie ne dure que la moitié d’elle-même. Arnaque, arnaque ; mensonge brûlant ; la vigueur du corps, et de loin, domine toute la sagesse des vieux. Sagesse, bon sens, invention des pauvres, des miséreux qui ont perdu la vie mais se refusent à l’admettre. Il n’y a rien à faire dans la vie que d’attraper la queue du Mickey au bon moment et vivre sur ses acquis. Sinon c’est une autre histoire ; celle de la mort. Elle est un peu plus intéressante que les autres, mais aussi moins dorée à nos yeux embués à la sauce Walt Disney. Pourtant, il me semble bien que la majorité d’entre nous a choisi plutôt la mort comme mode de vie. Pour choisir la vie, il aurait fallu de la conscience, de l’inconscience, du courage et de la cruauté. Les animaux choisissent la vie. Il n’y a pas de civilisation ; il n’y a que la culture de la mort. La vie se passe de culture ; elle est prédatrice et dévore tant qu’elle en a les ressources. La vie a pour unique fonction de se sustenter et d’être. Elle n’existe pas comme idée. La nature n’a pas d’idée de la vie et la vie n’a pas de projet ; seuls les morts en ont. Les uniques projets que je connaisse sont destinés à habiller, déguiser le processus de mort en dynamique de vie. Parce que ça fait mieux ; parce que les dieux de la mort n’ont pas la côte depuis que la vie est une valeur, qu’on l’a choisi comme valeur absolue. C’est là où le bas blesse car la vie n’a pas d’intelligence et ne se soucie pas d’en avoir. Elle n’a que de la bio-logique ; elle n’est pas distincte de la survie. L’humain plus imbécile encore que les autres qui a distingué la survie de la vie est sûrement le même critique d’art idiot, le même spectateur hypocrite et bêtement bourgeois, qui voudrait une distinction entre pornographie et érotisme ; juste parce que ça lui fait mal au cul - aux idées de son cul, d’être sans importance.
Au fond, je suis d’avantage marqué par une modeste idée qui me traverse l’esprit que par un film de tâcheron avec toutes ses heures de travail. L’accumulation du temps de travail joue contre l’efficacité.
Sur une certaine voie ; sur une voie certaine. À bien y réfléchir, faute de mieux, je suis finalement pour la préservation de la connerie de l’espèce humaine. Parents, après avoir mis bas, suicidez-vous. « Ben mon colon, répondra-t-il, assis sur ses chiottes ».
Ben voyons, ne réagis pas comme ça. T’es plus dans l’ coup papa. Et alors, parce que je te dis des mots, tu crois que je te dis la vérité. Mais oui, je t’aime bien.
Le sentiment du travail – L’indicateur « labeur » - Le centrage sur sa liberté.
Qu’est-ce que tu veux en faire ? – Qu’est-ce que tu ne veux pas en faire ? – Tout est bon. Tout est bien qui finit un jour prochain
Peut-être que la pire des aliénations est d’avoir des parents qui vous aiment.
Leur amour est un poison sirupeux qui vous colle les ailes et vous pousse à obéir.
Puis-je encore me sauver ? Par où ?
L’amour comme monnaie d’échange empêche de vivre.
Je comprends tellement qu’on se saoule de grandeur d’âme et de beaux sentiments, mais alors, qu’on soit seul. Qu’on ne fasse pas chier les autres avec son état. Alors donnez de l’alcool gratuit, de la drogue bas de gamme, de l’affection sans morale. Donnez sans réfléchir, sans calcul. Vous verrez bien après ce que vous avez perdu dans le naufrage, car il y en a de plus beaux que la réussite enjouée.
Eh bouillie de pixel, toi qui reçois mes mots graves, virtuels et ridicules, voici le programme de ma journée d’humain.
Je dois : remplir mon estomac, vider mes couilles, vider mes intestins, laisser aller ma tête, parfois tendre mes mains.

Bien haïr en son temps

Le concile d'amour_Anna Brun_No-NaimeCie

Le concile d'amour - NoNaime Cie

Fin de la lecture de Archimondain joli punk de Camille de Toledo, avec sa couverture de Kermit aux seins nus, offert par Sonia. Comme quoi les Muppets ont encore leur mot à dire. Aussi triste et mélancolique qu’étrangement rafraîchissant ; la résistance au monstre fluide, empathique et pandémique de la mondialisation depuis les années 80. Donne envie de lire Taz. Une pensée pour Tarkovski et la zone de Stalker. Je me sens encore une fois en retard ; comment se fait-il que rien ne m’ait éclairé à la parution du livre de Hakim Bey en 1985, ni depuis. L’idée des utopies pirates et du terrorisme poétique, si familière aujourd’hui, n’a sans doute pas pu atteindre ma conscience d’alors. Et ce pour une bonne raison. À cause de mon amour de l’art. Ce que je prenais pour une qualité était un piège ; je ne fus pas le seul. Je croyais que les œuvres étaient la révolte. Rien n’est plus faux. Elles peuvent en contenir les germes, mais deviennent des fallacieux leurres si on les aime pour leur esthétique, pour leur intelligence. Car la pensée créatrice non plus n’est pas la révolte. Elle aussi fait du produit et fait écran à ce qui parfois la fonde. Quand on est artiste, il faut savoir haïr les œuvres. J’ai raté aussi le punk dans ses véritables fondamentaux. La sensibilité à l’art entraîne le politique vers le fun, alors même qu’on pense être au cœur de la contestation. Il n’y a que « l’agir » qui vaille et créer n’est pas agir. Archimondain se retrouve à la Fnac comme le reste. Cette même Fnac dont l’antenne de Nice dévoile sa lâcheté vis-à-vis du pouvoir au cours d’un incident qui m’avait heurté l’été dernier :
« La Fnac a engagé des procédures de licenciement à l’encontre de deux salariés, une chargée de communication à Nice et un cadre du service culturel basé à Paris. Elle reproche aux deux lampistes d’avoir « mêlé son nom » au scandale provoqué par une photographie montrant un homme s’essuyant les fesses avec le drapeau français qui avait été primée lors d’un concours organisé en mars dernier par la Fnac de Nice sur le thème du politiquement incorrect. »
Source : www.ldh-toulon.net
Alliot-Marie n’est pas loin, Hortefeux non plus. À la suite de l’événement de la Fnac, la pas encore ex-ministresse œuvre pour que les œuvres d’art ne soient plus exclues de la loi de 2003 réprimant « l’outrage au drapeau tricolore ». Je ne sais même pas si le décret est passé. À la limite, peu importe ; j’irais voir sous peu dans le détail, car il faut s’armer pour voir ces choses là de près tant on dépense d’énergie malgré soi à y réagir en bouillonnements intérieurs. Une telle décision politique viscérale est très grave à mon sens. Peu relevée par les médias ; en tous cas pas autant que ça aurait du. J’essaierai de développer ça plus tard. Là aussi il me faut du temps pour que ma haine se cristallise et s’organise. Mais au mieux, je ne produirai malgré tout qu’une création de plus ; je n’ai pas la fibre du kamikaze assassin.
Hier soir, comme presque chaque jeudi depuis dix ans, suis rentré vers minuit et demi de la NoNaime, compagnie de théâtre composée de quelques amatrices et d’un amateur pour laquelle je mets en scène des pièces du répertoire, parfois des montages. Comme d’habitude j’écoute France Culture et les cours du collège de France ; « Valeurs et prix dans la Chine des Ming » ; j’écoute le savoir, la parole précise et hésitante des érudits sur des thèmes auxquels je ne connais rien. Là aussi peu importe. L’amour de la recherche, la conscience palpable qu’ils consacrent leur vie à des sujets aussi pointus, qui ne seront jamais davantage mis en lumière sur les ondes, font de ces intervenants les porteurs d’une parole unique, marquante et incroyablement poétique dans ma nuit du jeudi au vendredi soir, quand je fais la route de Maisons-Laffitte à chez moi. Un plaisir étonnant, rituel toujours renouvelé d’une solitude à cet instant éclairée. Ce n’est pas par la culture que ce moment s’illumine ; c’est par la hauteur d’où un certain amour des hommes s’exprime et m’entraîne en écoutant ces conférences, qui à l’origine, ne s’adressent pas à moi. Et ma nuit devient un tout quantifiable. Une fois garé, après avoir un peu tourné seul dans les rues pour trouver une place – ce moment aussi reste un plaisir – je prends soin de ne rien rater de l’émission. Changement de support, merci la technologie ; je passe du poste à la retransmission sur le portable, le temps du trajet à pied jusqu’à ma porte. Elle sera pour finir, reprise sur mon vieux tuner pour en écouter la chute. Entre-temps, détour par l’épicier arabe où j’achète 2 euros de plus que son prix un paquet de cigarette et quelques denrées pour finir la soirée. C’est en conscience que je le fais. Je ne regrette pas mes 2 euros. L’exceptionnalité du contexte de leur dépense contribue à ce moment privilégié. J’aime voir que l’homme qui tient l’épicerie invariablement est là, fidèle à mon rendez-vous qu’il ignore. Un autre monde, que cette soirée. Une petite fraction d’autonomie et de plaisir de vivre, tant physique qu’intellectuel ; ou plutôt physique parce qu’intellectuel. Un monde où tout s’inverse ; où payer plus cher son paquet de cigarette a sa valeur ; parce que c’est autre chose que je m’offre ainsi ; c’est justement la gratuité de cet instant. Parce que je connais la règle du jeu et qu’elle me fait plaisir. Qu’elle abonde dans le sens d’un paradoxe bien réel qui remet à leur place absurde les sophismes de la pensée simpliste qui émane de nos tutelles actuelles. Pas plus que ce n’est une évidence logique, ni une réalité économique qu’il faudrait travailler plus pour gagner plus, il n’est vrai que ce qu’on paie le moins cher est forcément le plus bénéfique. Ce qui importe c’est le prix qu’on accorde à sa liberté et de savoir clairement ce qu’on achète quand on croit simplement faire un geste du quotidien, « comme tout le monde ». Autre chose d’invisible est vendue avec. En veut-on forcément en cadeau ? De la banalité, du non exceptionnel, du marché officiel. Jusqu’où cela va-t-il se loger après dans les pores de la peau, dans les replis des circonvolutions ? Comment se conditionne-t-on en aimant le commun ?
Mais ma soirée a eu un préambule : la route pour venir à la répétition d’abord, elle aussi baignée d’une ambiance rituelle et particulière mais tout autre. Et puis la séance elle-même, qui quelque fois comme hier, touche au cœur. Parce que quelque chose émane d’important entre les personnes réunies là parfois. Une reprise de conscience de leur propre valeur, de leurs aptitudes à se découvrir autres, peut-être pas tout à fait perdue pour les jours de la semaine qui suivront. À elles et lui d’y veiller. Je crois que ça se fait la plupart du temps. Que tout ne se perd pas à l’issue de nos séances. Je le constate. Je n’en suis pas, de loin, l’unique cause. Je tends l’arc le plus possible, mais c’est le groupe qui décoche les flèches. Hier soir, j’avais pris un texte de Nadège Prugnard, Monoï. Incroyable ce qu’ils en ont fait ; dans quelle vigueur simple et très maîtrisée, elles et il ont su le rendre, sans affectation, avec une humeur qui porta haut l’issue de l’improvisation d’après. On se quitte sur cette humeur, cette paix qui nous réjouit, je crois, où on ne se félicite pas d’avoir fait du spectacle, du redoutable théâtre, mais d’avoir un peu plus compris à quoi ça pouvait servir. Nous avons contracté notre aventure en commun le 11 septembre 2001, par un étrange et surprenant hasard. C’est tombé comme ça, dans un appartement en banlieue, à Plaisir, où nous avions convenu de nous rencontrer pour voir si quelque chose serait possible. On s’est dit ok sur fond de télé allumée devant les images en boucles des tours qui s’effondraient, sans bien mesurer l’importance tragique de cette nouvelle ère qui venait de s’ouvrir pour nos consciences inconscientes d’occidentaux qui n’avaient pas envisagée la guerre dans le champ de leurs préoccupations. Avec la même parfaite inconscience, ceux et celles-là me disaient « oui », après avoir vu mon spectacle « Les Justes-story » chez Pierre Cardin qui le chassa peu après l’avoir programmé, se rendant mieux compte de ce qu’il racontait en substance. Au même moment, les aventuriers et aventurières de la Nonaime, micro compagnie amateur alors à quelques années lumière d’un autre volet du théâtre, répondaient, pourquoi pas ? Sans a priori, par envie, pour voir. Eux m’accueillaient à travers ce contrat. Alors tant pis, si elles-il n’y viendront jamais tout à fait à cet autre théâtre ; le choix des répertoires et des risques leur revient. Aucun problème à cela. Les produits que l’on montre comme un aboutissement de son travail, les choix qui semblent se revendiquer à travers une prestation ne raconte rien ou presque de ce parcours. Il faut y être au préalable. Il faut le vivre au long de toutes ces séances. La mise en conformité des résultats avec la pensée réclamerait un autre luxe, d’autres orientations. Pas plus que mes escapades dans les épiceries de nuit, pas davantage que les retransmissions du collège de France, leur narration ne peut en donner tout à fait la teneur. Seule compte la pensée qui y préside et sans la difficulté de vision de cette pensée, la poésie ne pourrait pas naître. De Mozart à Walt Disney, les produits sont tous les mêmes machines à éteindre la joie sous couvert de culture, une fois arrivés dans les bacs de la Fnac. C’est en cheminant par derrière leurs carcasses, qu’on peut déceler à la faveur d’une nuit, de petites entrées semblant à l’abandon, d’où filtrent des lueurs de lucioles. Au-delà se trouvent les zones où peuvent s’échafauder le rêve de soi, à l’insu du grand monde.