SCRAP – Rouge, baisée

David Noir - Scrap - tablette chewing-gum

Rouge, baisée.
Rose bonbon, radis noir, blue touffe et ready made,
L’émeute de chattes grises agrippe à toi ses poils, comme un velcro usé.
Les pussy sont carmin griotte, les autres, Judas Nana rosé,
Moscou rit sous sa cape élimée.
Femme, Homme produits de société. Quel intérêt d’y souscrire ?
Y a-t-il encore des parties géniales et génitales à jouer,
Pour que, dans une bouchée pleine, sauvagement happée, on puisse, amis mots, se causer ?

SCRAP Diary – 01 / Et volent les poissons …

SCRAP-DAVID NOIR-01
SCRAP-DAVID NOIR-01
David Noir - Collage SCRAP 1

Au cours d’une vie, on ne compte plus les moments où l’on n’est pas soi-même. Même tout seul, on peut avoir le sentiment de n’être pas en phase avec son être profond. On ne s’écoute pas. C’est plus tabou encore que de rêver violer des jeunes filles ou de fantasmer sur les corps des enfants. On ne se rêve pas. On a trop peur que ce soit un crime. Heureusement qu’il y a le masque pour aider à être. Mais on ne le respecte pas toujours. On n’ose pas lui donner son relief, en révéler la forme. Les acteurs de ce fait, sont bien souvent d’un ennui mortel. Ils ont tout entre les mains mais n’en font rien ou presque. Ils jouent juste proprement leur rôle. Ils s’infligent le devoir de servir, les pauvres. Quelle misère d’être un clown refroidi ; une viande froide en exposition dans la vitrine du mauvais traiteur.

Je sais combien c’est dur, mais il faut penser moins et ambitionner plus quand on s’octroie cette liberté. Elle ne se prend pas à demi. Ah oui ! Pauvre Jacques ! Ses demoiselles de roquefort ne sentent plus la rose, tant on en fait un fromage, par exemple. Une œuvre d’art, une fantaisie enchanteresse et puis vient soudain une étagère où poser l’œuvre et c’est fini.

Le culte de la beauté est une nuisance et la culture, une usine de conserves.

Comme si le but d’un artiste était d’étoffer la Fnac. Télérameur, sois maudit ! Elle pue, ton adoration des reliques.

Heureusement qu’une fois de temps en temps, quand on trouve l’énergie de passer à l’attaque, on arrive à arracher des lambeaux aux œuvres comme le ferait un brochet ou un piranha ; à tout passer au pilon, à tout réduire en molécules de création. Et alors là, c’est reparti. La poudre du père Limpinpin se réactive.

Le « pinpin », d’après le Wiky, désignait au 17 ème siècle, un homme crédule. Va pour l’andouille émerveillée face à l’illusion. J’en suis. Mais au diable, le/la collectionneur/neuse de beaux instants. Laisse-les donc échapper trou du cul ! Tu ne vois pas qu’ils dépérissent comme des oiseaux en cages tes précieux souvenirs ? Ouvre ta tronche et fais qu’ils rejoignent la matière. Dans le fantasme, tout est bon !

Colle-toi-z-y au lieu d’en avoir peur ; au lieu de vouloir être « quelqu’un » par tout ce que tu accumules. C’est parfois bien de mettre de côté, mais arrive le moment où il faut tout ressortir de ses placards ; tout foutre en l’air, en bas, en haut ; tout jeter en l’air pour que ça vole. Que ça s’agglutine et profite au renouvellement sanguin du monde, comme des sels minéraux et non comme des archives de la nécrose. La culture ne doit pas être l’adoration ou pire encore, le commerce vaticanesque des objets du culte, car tous les cultes sont mortifères ; tu le sais ça, voyons !

On l’a oublié ; ça paraît loin cette stupide insouciance, mais un jour, on se retrouvera, tout le monde ensemble ; on passera en force les guichets des banques et on fera voler les registres pour le plaisir de leur donner du travail. Il paraît qu’on en manque, hein chéri ? Ça ne serait pas méchant, n’est-ce pas, puisque tout est sur ordinateur ? Ce ne serait pas comme violer leurs maris et tuer leurs femmes, non ? Je ne sais pas. J’ai pas la notion du bon ordre des choses, mais toi, tu peux me le dire peut-être ?

On puise sa vie dans ce qu’on a vécu, pas de ce qui embarrasse le grenier ou décore sa tanière. Il en va de même pour les gens. Soi-même n’est pas une construction en dur.

Régénération - phase 1. Le collage gêne. Il faut savoir se mettre à la déchetterie pour bien renaître de ses Sandres. Non pas Didier et sa l'ayatollah Khomeini France aise. Plutôt le poisson carnassier et ses dents acérées de loup. « À mord, à mord je t’aime tant ». Déchiquette, tu digéreras mieux. Colle hic néfertitique et gros minet ! Il faut bien s’ingurgiter les chats pitres de l’Histoire, même si certains nous restent en travers de la gorge, pour que Chie dans la colle aboie. Couché !

Arrête, arrête voyons. Et volent les poissons carnassiers … brrr !

SCRAP

Scrap - Création 2014 -David Noir

«Sagacité accidentelle» et Beauté du Hasard

Les efforts de conception trouvent avantage à s’allier vertueusement aux aléas du vivant. Bien que la vanité humaine puisse en être blessée, il est commun de s’apercevoir que les fruits de la pensée volontariste ne surpassent pas forcément l’aléatoire survenant dans un contexte préparé à l’accueillir.

La Nature a horreur du vide. Les Hommes aussi. Toute cavité sera comblée.

Le projet SCRAP dessine des chemins de traverse entre cette vérité tendancieuse et le concept du "féminin" qui par delà les femmes, censées en être l'archétype, concerne toute forme de vie, d'organe ou d'organisation semblant ne pas se suffire à elle-même et destinée à se parfaire dans la complétude d'une autre. De même, la narration aurait besoin d'une histoire, la bouteille d'un bouchon et l'enfant de parents. Ce qui est peut-être vrai dans le monde qu'on dit réel, le serait sûrement moins dans celui du hasard des mélanges et des relations improbables. Un être évolué ne se définit pas uniquement par ses organes, non ?

Quand la magie du rationalisme n'opère plus, vient sans doute le temps de changer de modèle, pour ne plus jamais en avoir.

Voir la page consacrée à SCRAP

La nudité : une affaire d’enfance – la poésie : l’instinct de créer l’instant

Enlacement - Valérie Brancq - David Noir
Enlacement - Valérie Brancq - David Noir
Enlacement - Valérie Brancq - David Noir

Nos corps nus, nos sexualités, les fantasmes et tabous générant notre excitation … bref, nous et nous en bref … Il semble que les représentations de nos propres corps, arrières pensées et pulsions continuent de nous poser des problèmes avec leurs images ou disons plutôt, avec la nôtre, celle de notre espèce.
« Continuent » est d’ailleurs certainement impropre, puisque loin de progresser en ligne droite parallèlement à l’avancée des sciences comme on aime à se le raconter, nous zigzaguons de périodes plus éclairées en obscurantisme. Le 21ème siècle me semble avoir démarré par une belle régression : résurgence des tabous suite au sida, rejets communautaristes, peur et fondamentalisme religieux, perte des acquis des révolutions sexuelles (mais sans doute n’ont-elles pas vraiment eu lieu ?). Il y eut le siècle des lumières, parait-il ? Du point de vue de l’excitation mentale, nous sommes plutôt dans celui des économies d’énergie. Mauvaise pioche, comme on dit.
Malheureusement, si un reporter alien venait de l’espace pour nous observer, je crois qu’il repartirait en concluant (pour peu qu’un alien soit capable d’objectivité) que tout ce qui fait notre être désirant et excitable semble éternellement toujours se situer à la lisière du bien et du mal, aux vues de notre morale et de nos lois. Triste constat d’échec pour un regard en quête d’une humanité évoluée. Personnellement, moi qui suis terrien, je reste encore et toujours stupéfait que mes concitoyen(ne)s ne s’étonnent pas chaque jour que la base même de notre reproduction, de notre hégémonie ; le magasin hétéroclite de nos désirs et de nos hontes, sans compter le socle de leur cellules familiales qu’ils affectionnent tant, suscitent encore tant de polémiques quand il s’agit d’en faire la libre monstration. Après tout, quoi de plus banal et même, de banalisé de nos jours que la sexualité débridée. Mais, justement, c’est là que semble-t-il, le bas blesse. L’enfance malléable serait trop tôt et sans garde-fou, mise en face de son statut adulte à venir. La perturbation qui en résulterait dépasserait largement le stade de la confusion des sentiments chère au 19ème siècle, pour sombrer dans la dangereuse psychose maniaque irrémédiable. Au législateur de gérer le problème s’il est prouvé qu’il existe, mais qu’au moins nous soient épargnées les morales toutes faîtes au sein des créations artistiques. Liberté, liberté chérie !
Mais non ! Je sens qu’une vague idée-culte de la mère comme étant vierge « quelque part » subsiste et coince tout au fond ; une quête de la sainte comme rampe d’accès au Paradis pour ces crado-culpabilisés que nous sommes ; une adoration de la mama dont on veut oublier qu’elle s’est faîte saillir pour avoir ses rejetons.
Foin des conneries ! D’où qu’elles suintent, j’en ai plus que marre du respect des cultures et de leurs croyances débiles sous prétexte qu’elles seraient millénaires. Va chier, croyant exhibitionniste de tout poil, tu nuis à mes propres croyances. Tout comme le vote blanc ou abstentionniste en est un en soi ; l’athéisme est une religion, qui souhaite que l’espace fait au divin soit philosophique, invisible et sans commentaire. Si je dois me farcir à longueur de temps les états d’âmes religieux du grand nombre (sans compter les matchs de foot), je veux à mon tour avoir une vitrine prosélyte pour mes divinités qui sont la liberté, la pensée individuée, la libre pornographie, la polygamie, le masculinisme, le féminisme, l’exigence créatrice, la poésie, la ruine de la bulle spéculative, l’obligation à l’intelligence …

Évidence : un état de civilisation avancé ne serait-il pas celui qui ferait le constat objectif de nos désirs réels et désamorcerait leur potentiel violent par une reconnaissance, sans regret ni honte, de ce qui nous constitue ? N’est-il pas plus redoutable menace, plus effroyable incitation au viol ou à la castration que l’aspiration à se rêver autre que ce que l’on est ? La dépréciation de l’humain par lui-même est probablement la pire violence qu’il puisse se faire et la désespérance de ne pas être un pur esprit, à l’origine des plus répugnantes dérives mutilatrices politiques et religieuses, tant psychiques (embrigadement idéologique), que physiques (circoncision, excision). Les dieux de nos ancêtres antiques, bons vivants, raffinés bien que parfois un poil barbares, ne s’en demandaient pas tant à eux-mêmes. Les monothéismes et leurs mises en scène empruntes de sérieux, sont venues inventer la douleur culpabilisante pour pouvoir mieux appuyer là où désormais, ça fait mal. C’est pourtant tout petits que, nus et sans complexe, nous avons abordé joyeusement notre corps avant que l’on nous imprime la marque infâmante de la pudeur sociale et de l’hypocrisie. Le plaisir d’être en jeu permet de renouer un temps avec cette légèreté d’âme et devrait toujours inciter tout naturellement à remiser les oripeaux de la honte, abusivement transmis, dans ce même placard où sont roulés en boules nos désirs fripés et malmenés, qui ont bien besoin du spectacle vivant pour s’exhiber au grand air.

Hier, j’ai respiré quelques heures dans une buée de non-obligations flottantes que dispense, comme une forme de non-programmation, Le langage des viscères à l’Espace Kiron. Rien de péjoratif dans mes mots. Au contraire, hier soufflait ici de ces brises de propositions libres et intelligentes qui scellent l’aura d’une soirée poétique. Découverte en vrac d’un petit monde, Perrine en Morceaux, belle voix auto accompagnée, martiale et expérimentale, Elliot (rock / folk), assez scotchante par la droiture hiératique et non affectée qui émane naturellement d’elle. J’ai entendu une jolie litanie sexuelle et crue sur les affres de la putain, par la voix un peu maladroite d’une jeune femme nommée Plume, comme arrachée à un corps discret, presque anonyme, dévoilant sa colère rentrée. J’ai pu ronronner, comme souvent, contre Mélodie Marcq, à des hauteurs qui jamais ne déçoivent et jurer de ne pas renier le singe qui m’habite à travers la ferveur posée des mots d’Achraf Hamdi. À l’origine de la réunion de toutes ces choses essentielles et sans importance, (il est toujours intéressant d’y regarder) un jeune homme dégageant une élégante intelligence, Amine Boucekkine, dont la passion pour l’acte poétique se traduit dans une implication qu’on ressent, et les mots que de façon impromptu, il livre sans flonflon sur sa stupeur « d’être né ». Bref, un moment de petits étonnements de plus dans ma vie, après une marche de deux heures pour éviter les transports et me préparer à ces instants dont j’ignorais la teneur par avance. À mon arrivée, des jeunes gens plus tout à fait ados, à la tenue passéiste, discutaient avec sérieux d’Eluard sur le trottoir et ce matin Strauss-Kahn se retrouvait accusé de viol à la une des médias. Décidemment, l’étonnante poésie légère, grave et surréaliste du monde, ne cessait de faire danser la collision de son grand tout insensé sur la ligne simple de mon cheminement de pensée. Stimulante et effrayante, la vie en collage juxtaposé dans le calibre étroit de ma vision quotidienne me donne envie de voir sa poésie par moi-même. À quelques kilomètres de là, l’événement de la grande boutique Cannoise crie haut son importance, en déroulant son perpétuel marché en festival, dont la mise en boîte de conserve de produits indispensables aujourd’hui et oubliés demain, fait bien rire mon alien venu regarder le monde depuis la lucarne excitée de son petit vaisseau spécial.