(De) L’Avis des Animaux – Les combattants de la fuite

(De) L'Avis des animaux - David Noir - Le Générateur - Projet 2016-2017

… Notre nombre nous semble un faible atout. Nous ignorons que nous sommes forts car nous ne nous reconnaissons pas dans ce « nous », hormis lorsque soudainement, il est trop tard.
Nous les proies, ignorons tout de l’audace d’anticiper l’avenir qui de toute évidence se dessine sous nos yeux à chaque instant pour nous. Mugissant et bêlant nous dirigeons nos pas vers l’abattoir, profitant un peu en chemin, nous distrayant de l’appétissante herbe verte, humant l’air frais, admirant le soleil comme une gloire inaccessible …

Lady Commandement

Rien ne m’importe.

Il faut être là et c’est tout.

Le vivant, c’est là ou bien ça n'est pas ; et c’est tout.

Là, devant mes yeux et c'est tout.

Tout ce qui n’y est pas, n'est pas, n'existe pas.

Ceux qui ne s’y trouvent pas, dans ce « là », sont provisoirement effacés ou morts.

Ambiguïté du bon citoyen.

Comment se fait-il que l’autre ne me touche pas à tous coups ?

L’universalité n’est sans doute pas pour tout le monde.

L’image des douleurs du passé est plus belle que la permanence actuelle des violences, plus aisément poétique.

Le temps fait voile à rebours, jette un tulle de théâtre sur la vision détaillée des crimes anciens.

La beauté tragique de l’Histoire est plus conviviale que l’horreur imminente.

Il faudrait visiter ce qu’il reste des camps pour savoir.

On peut s'extasier secrètement de l'intensité symbolique d’une photo d’Auschwitz ; on ne voit que crasse et misère à Lampedusa ou ailleurs.

Photo contre photo. Champs contre Champs.

Élysée ouvert au repos pour qui a bien fait son travail.

La Shoah commence à prendre des couleurs au soleil des drames d’aujourd’hui.

L’empreinte n’est jamais qu’un souvenir.

Nous passons dans l'Histoire et les manuels s'illustrent des beaux desseins d'une humanité nouvellement colorisée, toute entière.

Séduisante carte postale, les morts vivants y deviennent émouvants et poétiques comme les petits chevaux de Lascaux.

Nous cesserons de nous battre au premier sang. C’est le duel des intellectuels héroïques. C’est leur conception de l’héroïsme. Pas celui qu’ils admirent chez les antiques, mais celui qu’ils pratiquent à la petite échelle du discours et de la discussion. Gentilshommes. Gentils hommes pas si gentils que ça puisqu'ils parlent depuis là où ça meurt. Tout est sujet à commentaires je crois.

Ah ! Quelle belle robe élégante à traîne lourde et damassée j'ai la sensation de porter quand je me mets ces mots en bouche !

Haine puissance haine ! Trop d’évidences sépulcrales sont dites pour ne pas me vêtir voluptueusement de mon exponentielle incohérence. Quoi d’autre ?

Ai-je du style ? Non, vraiment je ne crois pas ; je ne l'espère pas. Tant d'autres cherchent à se draper d'une forme flamboyante avant de disparaître.

Moi je me contenterai de peu. Du peu dont je suis - contente.

Plus important, mon isolement s’est liquéfié dans mes veines et sa liqueur goutte à goutte au centre exact de mon esprit clair.

Ça résonne sur mon sol rayonnant et je comprends soudain ce "Pourquoi ?".

Mais peut-être que personne ne vient jamais m’y chercher parce que personne n’en a la clef. De mon esprit, non pas du sol.

Parce qu’il n’y a pas de clef, parce qu’il n’y a pas d’entrée, pas plus qu’il n’y en a à un œuf. Parce qu'il n'y a pas de résonance sous la voûte si réduite d'un pareil habitacle.

Pas d’autre solution que de le briser pour mettre à jours son vitellus.

Mais je mourrais alors et alors, libre comme une coquille fendue, comme un mur lézardé sur le point de crouler, je m’épancherai tout vivant comme un liquide au dehors.

Pour l'instant, j’ai le cœur dans mon estomac et un sexe dardé à la place de la langue. Appétit de jouir ou bien faut-il manger ? Rien ne m'importe hors ma voracité. Sentimental hermaphrodite, je me suffirai à moi-même.

Je me survivrai même quand d'autres agoniseront, le petit peuple de leurs familles décaties, agglutiné en grappes, arrimé à leurs entrejambes. 

Comme ils auront vieilli quand, non mort, je sucerai encore le fruit de leur descendance.  

Quand j’arriverai au jaune mon œuf sera content, obscur et creux, de n'être plus qu'une coquille vide. Je l'envie.

Je dévore mon temps et la détresse des autres en attendant.

C'est exaltant de vivre aux portes des malheurs d'autrui.

Volupté d'être rempli, rien ne m'importe que d'être nourri.

Tant qu'il poussera des blés sur des terres labourées de mots, copieusement arrosées de sang,

Je m'assoupirai content.

 

suivre)

Lady Commandement – Extrait du texte progressif original « L'étable de la loi » 

3ème interprétation "La Goule"

Les Camps de l'Amor © David Noir 2015

 

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Rien à offrir

Chacun a sa fenêtre acrylique_David Noir_2009

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Moi mon nom à moi, c’est Bonnie,
menteur.
L’histoire que je vais vous raconter bla bla bla … est triste. J’en connais des plus tristes, des moins tristes, des dramatiques. Celle-ci est juste triste. Soit vous vous en foutrez, soit vous voudrez sans doute comprendre cette histoire, parce que la plupart des gens veulent comprendre et pouvoir suivre le déroulement des histoires. Moi, les histoires, je les hais. Au mieux, elles m’indiffèrent. Je n’aime que les caractères, les personnages ; je ne veux pas savoir les détails de ce qui leur arrive ; juste regarder comme ils sont beaux parfois, quand je les trouve tels. J’aime mieux les mythes et exclusivement leurs âmes au détriment de ce qui leur arrive. Et inlassablement il leur arrive la même chose – il nous arrive la même chose ; c’est ça qui fait la force de leurs soi-disant histoires ; il n’est plus besoin de les raconter. Elles s’effacent au profit d’un personnage, d’une destinée. Peu importe pourquoi il en est arrivé là ; c’est ainsi ; il n’y a pas d’autre possibilité. Alors pour en revenir aux détails qui font l’histoire triste que je veux, non pas conter, quel vilain mot bon pour La Cartoucherie, mais portraiturer ici, je vais vous en donner les détails en guise d’éternel prologue pour ne plus y revenir. Ce sera fait ainsi et vous n’aurez qu’à vous y référer, qu’à vous en souvenir si cela vous intéresse encore au cours des pages qui, fatalement, ne suivront pas. Autant vous dire que je n’aime ni être tenu en haleine, ni l’art du scénario. C’est pourquoi j’ai de la sympathie pour les jeux vidéo où l'on s'égare; un art étonnant qui souvent prend le relais de la poésie et de l’art réellement abstrait qui se fait attendre pour ouvrir les fenêtres de ceux qui étouffent dans les romans et le cinéma des faibles auteurs. Le théâtre ça servait un peu à ça, mais il a fait plus que son temps. Peut-être juste une façon de présenter les choses. J’arrête cette digression. Celle-là seulement ; parce que des digressions, vous en aurez ; vous n’aurez même que ça. Si vous n’en voulez pas il faut aller ailleurs. Mais là, pour ce prologue, pour donner un petit fil à ceux et celles à qui ça fait plaisir, je vais me discipliner juste une fois malgré le dégoût que j’en ai. Après ça, haro sur le bel art et les habiles rebondissements qu’on prend parfois pour du talent. Les plus malins sont des poètes déguisés en techniciens ; Hitchcock par exemple. J’en ai vraiment rien à foutre de son art du scénario, mais c’est un poète, malgré lui ; malgré sa soif de plaire ; alors on peut rêver par-dessus l’emballage. Mais bon, on en reparlera de tout ce qui pue l’école et des artistes du commerce et des indigents poètes qui aimeraient bien être des commerçants. Enfin, on en reparlera, mais pas moi, je n’ai pas de temps pour ça - de ceux là et de tous les autres. Mais ne croyez pas que j’ai choisi d’être un hermite. Ce que j’ambitionne aujourd’hui, c’est d’être un étranger.
Y paraît que petit, j’ai engrangé de l’amour pour des années, alors tu penses bien que …
L’art de l’artiste me semble être la chose la moins intéressante du moment – il n’est jamais aussi surprenant que l’art du hasard – aux rares exceptions près de certains qui savent courtoisement l’inviter entre leurs murs rigides de créations arides. Merci Kubrick. Mais on les compte sur un doigt. Quelles plaies, les créateurs …
Contrairement à beaucoup d’autres, mon art à moi, est de la merde au vrai sens du terme – non morale, non adulte, non dépréciatif ; juste une expulsion du surplus nécessaire …
Du coup, j’aime souvent les gens haïssables ; qui ont l’intelligence et le savoir faire pour manipuler le monde, pour ne pas en être les dupes – ils ont choisis leurs camps – je ne parle pas ici des imbéciles du pouvoir, mais des joueurs; des petits et des grands.
Finir en auteur serait l’échec le plus cuisant pour moi ; moi qui voudrait n’être qu’un corps. Je fantasme mon être intérieur à longueur de temps et c’est ce que je peux faire de mieux.
Ecrire ne me sert plus depuis longtemps. C’est juste une fonction naturelle. Une défécation obligée de l’âme. En chiant ma prose, je regarde les passants à travers ma lunette. Tiens, voilà un de ces mecs sans exigence ; un de ceux qui trahissent le monde enfantin.
Sûrement qu’il va justement faire des enfants à défaut d’en avoir conservé quelque chose. Mais, non, il a tout vendu à bas prix dans la première moitié de sa vie. Comment, pas d’enfant ? Tu veux la fin de l’humanité alors. Quand on voit ta gueule, on ne peut que souhaiter la fin de l’humanité. Le sens, tes sens, ton sens unique me fait horreur. Eh eh, ils aiment ça la hiérarchie ; ils appellent ça le choix, avoir le choix, choisir ; « je te préfère à quiconque » ; des plus et des moins ; c’est leur vision de la vie à ces petits commerçants. Moi je ne sais pas ; j’ai surtout connu la trahison de mes valeurs à longueur de journée ; le dénigrement comme mode de fonctionnement. « Z ‘auriez pas une cigarette ; j’ vais mourir vous comprenez ; alors c’est un peu urgent ». Main tendue et puis couteau dans le dos, pourquoi pas ? Alors on se retourne vers la culture, le roman ; toujours plus con ; toujours plus débile ; avec le mot choisi ; bien choisi, comme à l’école de la littérature ; celle du mot juste. L’adjectif adéquat ; le beau verbe, les cons ; ils aiment ça ; ils ont l’impression qu’on a fait des efforts, les cons. C’est méritoire. Et puis ceux qui font profession de penser, d’aimer ou de haïr ; d’avoir des goûts ; d’exister. Ils ont sûrement la conviction d’avoir un avis ; moi je n’en ai pas ; juste des réactions sans fondement autre que mon émotivité. J’aimerais bien faire une œuvre de ce fatras d’humeurs car c’en est une en soi ; par nature. Rien à prouver ; rien à atteindre. Pas d’histoire d’amour ; surtout pas ; au mieux la réparation ; le bricolage pour que ça tienne. Le neuf c’est toujours de l’aranaque ; tout est destiné à se dégrader ; c’est comme ça ; à peine c’est sorti du beau sac du beau magasin.
Une page de publicité :
A force de secrets, le viol de l’intime est porté en place publique. Avoir des parents depuis tout petit accentue forcément la propension spontanée à se faire enculer. Ils mentent, toujours ; tout au long de leur vie, ils mentiront. Parce qu’ils n’auront de cesse d’envier la jeunesse dés lors qu’ils comprendront que la leur est envolée. Les jeunes aussi envie la jeunesse ; ça se voit moins forcément ; ils la désirent entre eux. C’est le seul bien de valeur. Tout ce qu’on racontera après est destiné à justifier que notre vie ne dure que la moitié d’elle-même. Arnaque, arnaque ; mensonge brûlant ; la vigueur du corps, et de loin, domine toute la sagesse des vieux. Sagesse, bon sens, invention des pauvres, des miséreux qui ont perdu la vie mais se refusent à l’admettre. Il n’y a rien à faire dans la vie que d’attraper la queue du Mickey au bon moment et vivre sur ses acquis. Sinon c’est une autre histoire ; celle de la mort. Elle est un peu plus intéressante que les autres, mais aussi moins dorée à nos yeux embués à la sauce Walt Disney. Pourtant, il me semble bien que la majorité d’entre nous a choisi plutôt la mort comme mode de vie. Pour choisir la vie, il aurait fallu de la conscience, de l’inconscience, du courage et de la cruauté. Les animaux choisissent la vie. Il n’y a pas de civilisation ; il n’y a que la culture de la mort. La vie se passe de culture ; elle est prédatrice et dévore tant qu’elle en a les ressources. La vie a pour unique fonction de se sustenter et d’être. Elle n’existe pas comme idée. La nature n’a pas d’idée de la vie et la vie n’a pas de projet ; seuls les morts en ont. Les uniques projets que je connaisse sont destinés à habiller, déguiser le processus de mort en dynamique de vie. Parce que ça fait mieux ; parce que les dieux de la mort n’ont pas la côte depuis que la vie est une valeur, qu’on l’a choisi comme valeur absolue. C’est là où le bas blesse car la vie n’a pas d’intelligence et ne se soucie pas d’en avoir. Elle n’a que de la bio-logique ; elle n’est pas distincte de la survie. L’humain plus imbécile encore que les autres qui a distingué la survie de la vie est sûrement le même critique d’art idiot, le même spectateur hypocrite et bêtement bourgeois, qui voudrait une distinction entre pornographie et érotisme ; juste parce que ça lui fait mal au cul - aux idées de son cul, d’être sans importance.
Au fond, je suis d’avantage marqué par une modeste idée qui me traverse l’esprit que par un film de tâcheron avec toutes ses heures de travail. L’accumulation du temps de travail joue contre l’efficacité.
Sur une certaine voie ; sur une voie certaine. À bien y réfléchir, faute de mieux, je suis finalement pour la préservation de la connerie de l’espèce humaine. Parents, après avoir mis bas, suicidez-vous. « Ben mon colon, répondra-t-il, assis sur ses chiottes ».
Ben voyons, ne réagis pas comme ça. T’es plus dans l’ coup papa. Et alors, parce que je te dis des mots, tu crois que je te dis la vérité. Mais oui, je t’aime bien.
Le sentiment du travail – L’indicateur « labeur » - Le centrage sur sa liberté.
Qu’est-ce que tu veux en faire ? – Qu’est-ce que tu ne veux pas en faire ? – Tout est bon. Tout est bien qui finit un jour prochain
Peut-être que la pire des aliénations est d’avoir des parents qui vous aiment.
Leur amour est un poison sirupeux qui vous colle les ailes et vous pousse à obéir.
Puis-je encore me sauver ? Par où ?
L’amour comme monnaie d’échange empêche de vivre.
Je comprends tellement qu’on se saoule de grandeur d’âme et de beaux sentiments, mais alors, qu’on soit seul. Qu’on ne fasse pas chier les autres avec son état. Alors donnez de l’alcool gratuit, de la drogue bas de gamme, de l’affection sans morale. Donnez sans réfléchir, sans calcul. Vous verrez bien après ce que vous avez perdu dans le naufrage, car il y en a de plus beaux que la réussite enjouée.
Eh bouillie de pixel, toi qui reçois mes mots graves, virtuels et ridicules, voici le programme de ma journée d’humain.
Je dois : remplir mon estomac, vider mes couilles, vider mes intestins, laisser aller ma tête, parfois tendre mes mains.