Grave et insidieux: suite « Outrage au drapeau »… C’est parti !

photo coup de coeur concours Fnac Nice

photo coup de coeur concours Fnac Nice

« Trois adolescentes en garde à vue pour avoir brûlé des drapeaux français
Elles ont 16 et 17 ans, et avaient fugué du foyer où elles étaient placées : trois jeunes filles sont en garde à vue depuis hier soir, après avoir été interpellées à Chevilly-Larue, dans la banlieue parisienne. Elles venaient de brûler et de jeter à la poubelle deux drapeaux français, pris sur le monument aux morts de la commune.
L’outrage au drapeau est désormais passible d’une amende de 1.500 euros, selon un décret du ministère de la Justice paru en juillet 2010 au Journal officiel. »

Source : http://www.france-info.com/le-fil-actu.html#Trois-adolescentes-en-garde-a-vue-pour-avoir-brule-des-drapeaux

Au milieu des événements tragiques du Japon et des massacres en Libye, cette information risque de passer relativement inaperçue. Elle n’en est pas moins à mon sens, un indicateur extrêmement grave de l’orientation de la politique française actuelle vis-à-vis de la liberté d’expression. Je suis pour ma part très inquiet que de tels signes avant coureurs d’une perte notoire des libertés démocratiques, s’il était besoin d’en avoir de nouveaux, ne soulèvent pas davantage de réaction au sein de l’opinion et des médias, hormis sur quelques sites comme rue89. Cette condamnation fait suite au décret de juillet 2010 paru consécutivement au mini scandale d’un concours photo sur le thème du « Politiquement incorrect » organisé par la Fnac de Nice en mars 2010, où la photo « coup de cœur du jury » représentait un homme se torchant avec le drapeau français (article RMC ici). Madame Alliot-Marie en tête, dont on a pu apprécier récemment la droiture, avait aussitôt fait le nécessaire pour que soit inscrit dans la loi l’interdiction et la condamnation de tout acte, y compris de l’ordre de la représentation, qui pourrait constituer un outrage au drapeau tricolore.

Quelques soient la motivation, artistique, idéologique, ou d’apparence puérile, de ces actes désormais inscrits comme étant répréhensibles, il est particulièrement grave de légitimer leur condamnation d’un point de vue éthique plutôt que simplement au titre d’une dégradation de biens publiques, quand il s’agit, par exemple, d’un drapeau prélevé sur un bâtiment national.
Bien au-delà de la liberté d’expression, il est fondamental de s’apercevoir que l’intouchabilité de symboles nationaux constitue une porte immensément ouverte à la négation de l’individu.

Décréter officiellement qu’un symbole, quel qu’il soit, est sacré, revient à empêcher toute critique iconographique forte d’un régime ou d’une institution. Et l’on sait bien quel impact peut avoir l’image. C’est avoir la volonté ferme d’éradiquer le « choc » des consciences comme moyen d’interpeller ses concitoyens et de provoquer la réflexion. C’est enfin entériner la notion du « bien » comme inaltérablement liée aux instances, ainsi rendues saintes et indiscutables.
Bien que la responsabilité de la France dans la déportation des juifs ait été officiellement reconnue par le conseil d’état en 2009, nous nous ne reconnaissons pas aisément comme héritiers d’un pays criminel ayant sciemment collaboré avec le nazisme. Il y eut pourtant bien dans notre histoire récente, ce triste exemple pour entacher notre immaculé drapeau.
Loin d’insulter les résistants ou le pays lui-même, les actes de dégradations, a fortiori artistiques, de nos symboles, constituent des discours qui peuvent être essentiels pour maintenir vivant le débat et la saine incertitude sur la très discutable permanence de l’esprit de justice dans une nation. Nous ne sommes pas les « bons », nés à jamais de l’esprit révolutionnaire de 1789 et de la déclaration des droits de l’homme. Encore faudrait-il qu'en soit respectés les préceptes au quotidien par nos plus hautes instances.

« Article 11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

En l’occurrence, il n’y a pas d’abus à faire des photos et y montrer ses vues, pas plus que de griller un morceau de tissus bleu blanc rouge pour peu qu’on l’achète à ses frais. L’abus est bien au contraire, ailleurs, du côté d’un pouvoir moralisateur et politique qui s’arroge le droit de dicter à chacun et chacune d’entre nous ce que doit exprimer notre pensée pour qu’elle soit jugée digne d’être humaine.

« PRÉAMBULE DE LA CONSTITUTION DU 27 OCTOBRE 1946
…Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. »

… et non l’inverse. Il n’est dit nulle part que nous devons être et devenir les esclaves de nos symboles et de ce qu’ils représentent.

Voilà en substance, pourquoi je considère du haut de mon anonymat de petit français, que nous sommes en train d’être enchaînés par nos dirigeants, par des décisions d’autant plus conséquentes qu’elles s’appuient sur des événements risquant aisément de passer pour anecdotiques dans un contexte mondial aussi lourd.

Je sollicite vivement par là même, les réactions d’intellectuels autrement plus en vue que moi, pour éveiller les esprits sur la portée profonde de telles mesures une fois formatées et inscrites textuellement dans nos lois.

Autre article de ce blog en lien avec le sujet.

Pornographie et vent frais de l’acte gratuit

David_Noir_AltérésGo!

David Noir - AltérésGo! - Photo Karine Lhémon

L’intime qu’on ne pourrait réussir à montrer sans tomber dans la porno ...blablablabla … : une thématique insupportablement naïve, bête, banale et tellement récurrente. « « Tu comprends, la suggestion de l’érotisme, c’est tellement plus fort que la brutalité pornographique… »
« Oui, oui, oui … et mon cul ? » répondrais-je sobrement ?

J’ai effectivement remarqué que l’une des questions de base les plus courantes quand il s’agissait de disserter autour du nu en scène, était malheureusement la plus absurde et la plus misérablement propre à trahir la gêne et la limitation de ceux et celles qui se la posaient : qu’est-ce que ça apporte ?

Ah … ?! Et d’être vêtu qu’est-ce que ça apporte ; et de dire un texte qu’est-ce que ça apporte … ?

À la suite de cette interrogation, on observe, une fois l’expérience tentée par un spectateur a priori sur la réserve, que s’il ne s’est pas laissé totalement convaincre, une balance destinée à trancher tente de s’équilibrer dans le cerveau du questionneur perplexe. Il apparaît que les paramètres sont bien souvent les suivants :

Soit « l’audace » lui a semblé justifiée par le propos et l’a rendue acceptable, quand elle n’est pas, après évaluation, soudainement devenue indispensable à la narration.

Soit le concepteur a commis l’impardonnable en sacrifiant au plus grand des blasphèmes artistiques du moment : la gratuité. Voilà une vaste bouée de secours à laquelle une belle majorité de connaisseurs intelligents aime à s’agripper d'un seul homme.

Et si le sujet antérieur à tous les sujets était finalement la bêtise de toute culture stagnant dans les marécages de ses propres valeurs ? Pas immanquablement la bêtise profonde, mais l’ombre de sérieux, que je distingue de la passion grave et habitée, qui vient animer souvent sans grâce, l’esprit des lois.

De même qu’un certain esprit bâtisseur vise le capital, une certaine anarchie cible les concepts de la gratuité. La morale n’est pas mon sujet, mais l’humain l’est, avec son cortège de surprenants engouements. Ainsi je ne peux regarder qu’avec défiance, ceux de nos concitoyens en charge des plus hautes fonctions sociales, de l’éducation à la gestion des images, qui, pour certains, portent atteinte gravement à leur crédibilité en dévoilant avec une inconscience coupable, leur manque absolu de simplicité dans le rapport à leur sexualité, voire de terreur à peine déguisée quant à leur corps « publique ». Il en va de même des penseurs, des artistes et même des interprètes dont les comportements si peu réellement enfantins n’inspirent aucunement la confiance qu’ils cherchent à faire naître. Ainsi les libres penseurs se font rares et semblent avoir de moins en moins d’influence sur le pouvoir. Avoir l’air plutôt qu’être a toujours eu ses adeptes ; l’idée ne me révulse pas plus que ça. J’aime les libertés et particulièrement celles qui me garantissent une bonne distance d’avec ceux que j’estime dénués d’attraits. Mon voeu le plus cher étant d’être pris en compte pour mes travaux et distingué pour mes talents, je tiens à m’affirmer ici dans toute la passionnante ampleur de mon sujet sans rien en cacher : le cru ; le sexe ; le nu ; toutes les pornographies ; la place sociale des fantasmes ; l’aspiration au pouvoir, l’enfance broyée qui nous constitue ; les masques du quotidien et le jeu de tous ces facteurs réunis en nous; le vocabulaire de l’excitation sexuelle ; la honte et l’arrogance dans l’obscénité ; le dévoilement, par le truchement de mots et d’images de toutes sortes, de ce que l'on ne parviendra sans doute jamais tout à fait définitivement à dire, mais qui fait notre quotidien le plus joyeusement universel : le désir animal.