Journal des Parques J-38

A mort le libre arbitre_David Noir
A mort le libre arbitre_David Noir
A mort le libre arbitre - Any Tingay, Valérie Brancq
Les Parques d'attraction - Photos Karine Lhémon

Les gens qui connaissent mon travail pensent parfois qu’il porte spécifiquement sur le corps. En fait, je ne crois pas m’intéresser plus au corps qu’aux animaux ou à la nature dans son ensemble, c'est-à-dire de façon profane et relativement lointaine. Non que je ne le souhaiterais pas, mais il me faudrait disposer en stock de quelques vies supplémentaires pour m’y consacrer pleinement.

L’intérêt qu’on porte à quelque chose ; ce qui en fait « notre sujet », me semble toujours plutôt ancré en soi viscéralement que fruit d’une décision simplement intellectuelle ou émotionnelle qui serait guidée par le libre arbitre. Ce fameux « libre arbitre » dont certain/es croient que nous sommes doté/es et sur la charmante fantaisie du nom duquel, je suis bien décidé à faire un microfilm un de ces jours. N’imagine-t-on pas cet arbitre libre voletant, heureux, au-dessus du gazon ?

Hélas, je ne suis pas danseur et non, ce n’est pas à ce titre que je suis capable de me pencher sur le corps de l’homme au sens large. Je le détaille uniquement du fait qu’il est « notre nature » et que par conséquent, à travers lui, mais surtout à travers le regard que nous lui portons, s’exprime la considération que nous avons de nous mêmes et d’autrui.

Eh bien, si vous l’ignoriez, j’ai le regret, suite à cette étude quasi pharmaceutique d’une vingtaine d’années sur un panel de personnes rencontrées au cours de ma vie professionnelle et affective, de vous annoncer les tristes résultats de mon enquête:

Ces représentants, chacun dans leur catégories, d’une majorité d’individus, tous sexes confondus, s’avèrent être constitués dans leur être profond, d’une part désespérément et irréductiblement conventionnelle.

S’il ne m’avait fait parfois rire et heureusement, dans certains cas, partager ce rire, il n’y aurait qu’à pleurer ou à défaut, se flinguer de cet état de fait.

Le pire est que, souvent, c’est avec la meilleure foi du monde qu’ils l’entretiennent et ne s’en aperçoivent même pas. Ou bien, si ils/elles s’en rendent comptent, considèrent qu’après tout, on peut très facilement vivre avec et donc, pourquoi, à ce compte faudrait-il se fendre d’une réflexion et d’efforts inutiles ? Le désespérant pour moi, se loge tout particulièrement au cœur de cette dernière remarque, puisque je ne peux que leur donner raison : tout prouve qu’il est formidablement plus aisé et confortable de conduire sa vie via les cheminements de comportements et avis pétris de conventions culturelles, sexuelles, sociales et sociétales.

Que dire d’autre ? Ami/es, famille, intellectuel/les, artistes, corps de métiers versés dans le social, éducateurs … c’est là où on s’attendrait à trouver le plus d’ouverture qu’on repère le plus grand écart entre discours général sur la liberté et points de vue spécifiques sur les comportements admis ou considérés comme admissibles. Et là, la pornographie ou ce qu’on veut bien y mettre, est évidemment au centre du débat :

« Je ne vais quand même pas aller m’exhiber en me branlant sur Internet » me dit l’un. Ah bon ? Pourquoi ? Qu’y-a-t-il de contenu dans ce « quand même » ? De quelle limite à ne « quand même » pas dépasser parle-t-il ? Vis à vis de quelle attitude plus normale ?

« Je vivrais mal que mon image soit associée à telle scène s’activant dans mes parages » me disent en substance quelques autres. Bon. Parle-t-on ici du « bruit et de l’odeur » de la pornographie comme on en parlait il y a peu encore à propos des familles d’africains partageant le même pallier que des français de souche ?

De quelle espèce sont donc issus les gens qui s’exhibent ? À quel titre méritent-ils cet ostracisme racial qui rapproche une partie des acteurs culturels souvent éclairés, publics y compris, des représentants les plus usés de la stupide droite catho bien pensante. Je n’irai pas plus loin dans la citation d’exemples, dont une part a déjà servi de développement à un article précédent auquel je vous renvoie ici.

Entendons-nous bien. Lecteurs, lectrices, faites-moi la grâce de ne pas ridiculiser mes propos à peu de frais. Je ne dis nulle part que la liberté d’être passe par le fait d’exhiber sa sexualité sur le Web ou ailleurs. Je dis que juger avec crispation ce qui constitue une fascinante pornographie moderne réclame un peu plus d’humilité que ça, vis-à-vis des hommes et des femmes qui trouvent plaisir à le faire et en gratifie généreusement l’internaute que je suis. Elles et eux sont aussi, les nouveaux « acteurs » de la toile. Et j’emploie le mot à dessein car il a pour moi une portée profonde dans le changement qu’Internet est en train d’apporter aux arts de la représentation et notamment à la captation des prestations vivantes. Aux acteurs, actrices, artistes amateurs comme professionnels, intellectuels en tous genre et autres … bref, à toutes celles et ceux, qui, d’où qu’ils et elles viennent, prétendent s’intéresser à la création, de se pencher à nouveau sur cette éternelle question des limites propre à l’art, sous peine de rester bêtement à l’écart d’une évolution d’une portée potentiellement immense, socialement et artistiquement. Ils et elles ne seront ni les premiers, ni les derniers a manquer le coche d’un pas en avant qui les aurait fait eux/elles-mêmes progresser. Encore faut-il avoir la modestie de regarder le monde en train de se faire, sans penser qu’on l’a cerné et compris. Je l’ai malheureusement constaté avec des gens dont je fus très proche comme mon père, devenir con peut être un confort de l’esprit auquel il est difficile de résister lorsqu’on se sent menacé par l’évolution des mœurs et des mentalités. Il m’a également prouvé, peu de temps avant de mourir, que l’imminence d’une fin, quelle qu’elle soit, pouvait déclencher un éveil de l’esprit créatif et provoquer le retournement de l’âme, soudainement à nouveau colorée de vie et habitée par l’émerveillement retrouvé du nourrisson face à la découverte de ce qu’il ignore et ne comprend pas.

Pour encadrer sa peur, on perd un temps précieux à se forger des avis et des jugements en kit, censés déterminer son tempérament et sa personnalité face au réel. Caractère proprement grotesque de l’homme que de s‘enfler de ces racontars autour de la prétentieuse notion de "sa" personnalité. De mes observations, je tire surtout que la soi-disant personnalité des individus n’est que la façade d’un décor instable qui s’affaisse immanquablement au moindre doute insistant, et c’est parfois tant mieux ; qui s’étoffe du pelage vaniteux de la certitude quand il est brossé dans le sens du poil et c’est en général affligeant et médiocre.

Pour ma part, je ne m’extirpe pas présomptueusement du lot, mais si je crée et réalise des projets, c’est à seule fin de me désengager chaque fois un peu plus, de l’aliénation ordinaire à ma propre bêtise. Quiconque a profité de son appartenance à sa propre espèce pour en faire l’étude, a pu constater que l’être humain, contrairement au vocable qui lui est fréquemment attaché en associant son imbécillité supposée à l’image du sexe de la femme, n’est pas « con » à l’état de nature, mais en revanche, fréquemment pervers, malheureux, lâche et vantard. Ce sont ces attributs ordinaires, grandement nés de la peur légitime qu’inspire l’existence et de nos difficultueux moyens d’y donner des réponses, qui fabriquent et constituent la bêtise humaine et la violence qui en découle. Une des meilleures blagues entendues lors du débat sur le mariage pour tous, fut pour moi, celle impliquée dans l’argumentation de certain/es opposants qui pensaient faire fort en disant : « et après, ce sera la polygamie qui sera revendiquée et réclamée comme un droit ! »  Mais bien sûr, mes chéri/es ! Comment ne pas dire qu’ils et elles ont raison d'avoir peur. Et pourquoi pas ? Et au nom de quoi refuserait-on d’officialiser polygamie et polyandrie quand l’humanité vit sa réalité conjugale, sentimentale et sexuelle depuis toujours à travers l’adultère, preuve simple et fréquente du caractère infondé de la seule validité du couple. On me répondrait « la famille, les enfants, bla bla... » bref, les mêmes sornettes qui viennent d’être servies sur des débats de sociétés qui franchement m’indiffèrent, tant je les trouve assimilables à des résistances inutiles refaisant surface du fin fond des pires obscurantismes. Les individus, parfois contre eux-mêmes, aspirent à être libres, voilà tout. Seulement, sous cette pente instinctive, il y a toujours un petit flic intérieur qui a la trouille au ventre et creuse son petit tunnel étayé de bonnes barricades, persuadé ainsi qu’il sauve le monde en empêchant le talus supportant la pente, pourtant faite de terre bien ferme, de s’écrouler sur lui-même. C’est pourtant lui, le petit flic, mineur bien intentionné, qui creusant ses galeries au cœur de nos consciences, fragilise et menace gravement l’édifice à la source du potentiel créatif humain, de s’affaisser comme une merde chutant platement au sol, tout alourdi qu'il est d‘idées toutes faites, de racismes imbéciles et de conneries frileuses. Ainsi nous n’entendîmes personne trop la ramener parmi les défenseurs du projet, sur le sujet de la poly-union. Mieux valait ne pas trop mécontenter l’intolérance du camp d’en face ; la fameuse « huile sur le feu … » aurait nui au passage, déjà douloureux, de cet accouchement aux forceps. Ça me fait penser à la non moins fameuse phrase de l’ex PDG de TF1, Patrick Le Lay,  sur le "temps de cerveau disponible" du téléspectateur vendu aux publicitaires par la chaîne; phrase jugée odieuse et cynique, je ne sais pourquoi par certains, alors qu'elle ne faisait qu’exprimer une vérité du système ; pour une fois qu’un de ses importants représentants s'y employait!  C’est là encore la vanité des gens qui était touchée et rien de plus. Que croyaient-ils donc les pauvres ? On leur apprenait qu’on les manipulait et ils/ elles criaient au scandale. Mais quel scandale, à propos de quelle nouvelle information ? Celui de se reconnaître eux-mêmes dans cette image, comme étant des moutons, sachant pertinemment qu’ils le sont, mais ne supportant pas de se le dire, au nom d’une dignité sacrément bien cachée jusque là. Je ne crois pas que cette noble indignation ait empêchée les mêmes par la suite, de boire du coca en regardant la télé. Eh oui, la misère humaine est surtout le fruit de son peu de scrupule et d’exigence de quelque côté de la barricade qu’on se trouve. Alors, par pitié, descendons de ces trop hauts chevaux pour nos courtaudes petites jambes. « S’indigner ! », quoi de mieux ? Absolument, mais non sans avoir d’abord inspecté la machine par un bon examen de conscience.

« Depuis quel poste d’observation s’indigne-t-on ? », me semble la question préalable indispensable pour ne pas se contenter d’être une fois de plus, un/e simple suiveur/euse ballotté/e par les vents ambiants.

Pour y parvenir, apprendre à regarder avant de ressentir est sans doute la première des choses à faire.

...

Attentats au pire si tu ne reviens pas vers Toi.

Police - racaille, intellos - démagos : même topo, Lino!

Moi, individualiste force né,

Je laisse vaguer mon air triste

En attendant la reprise du tourment sous le préau,

Où sont gravés,

Liber …– Égal … – Frater …

Mais je crois bien que l’enseigne

ment.

Oh, on s’offusque sur des mots, on fait de la littérature !

Alors on est dans la culture ?!

Le marchand de sable, Pimprenelle, Nicolas,

Et son petit frère

Il faut les passer au karcher,

Mais au passage, n’hésite pas à te faire

Un puissant lavement avec les eaux de ruissellement,

Éliminer les salissures

Et hydrater le fondement de ton esprit démocrasseux ;

Si tu veux, sans créer de fissures,

Parvenir à pousser un peu.

Sainte Médiocrité qui nous réunit en ton sein,

Pour notre bien le plus commun

Dans ton ghetto de la République,

Bénis notre île et l’almanach Vermot,

Où dégoulinent de tes collines,

Sirops poisseux de notre info

Sur notre Sunday crème vanille,

Les maux douloureux de nos cliques humaines,

Prenez et dégustez et partagez ma peine !

Ceci est ma connerie saupoudrée de mille éclats pralines !

Tant pis pour nous, la guillotine

Ne sera pas pour ce cou là

Au rendez-vous des p’tites familles.

MAN HEINEKEN PISSE - Les Parques d’attraction – David Noir 2013 - La foire aux consciences

Journal des Parques J-41

Testicules de David Noir

Je livre ici un extrait d'un texte encore en cours de rédaction quoique bien avancé, que je diffuserai certainement sur ce site, sous la forme d'un court manifeste dédié au masculin et plus spécifiquement à sa représentation à travers l'image de son sexe et le commentaire qui en est fait. Ce sujet est au coeur de ma vie et de mon travail de longue date. Je l'aborde avec émotion, vigueur et conviction car il revêt une importance considérable pour moi et, je l'imagine et l'espère, pour beaucoup d'hommes. Peut-être fera-t-il écho également à l'oreille de femmes touchées et intéressées par les hommes, au delà de l'utilisation qu'elles en font, comme il va de soi dans nos chaleureuses relations humaines et particulièrement, inter-sexes. Bonne lecture.   

Testicules de David Noir
Mes testicules - Autoportrait - David Noir

 

"L’image en question n’est pas une photo, mais est issue d’un court plan vidéo inséré en ouverture d’une bande annonce diffusée sur le Web pour annoncer une de mes créations prochaines (Les Parques d'attraction - Teaser N°2). Cette image, à l’origine de deux réactions qui déclenchèrent la rédaction de ce texte, est un gros plan de mes testicules, pris seuls. Je veux dire par là, que j’ai maintenu relevé mon pénis pour cadrer et tourner ce plan. J’ai aimé accentuer ainsi la sensation de poids propre à l’image des bourses pendantes et le calme érotisme que leur lent balancement mis en lumière, peut faire surgir.

Avant de me lancer complètement dans l’écriture de ce texte, dont je sais qu’elle risque de m’entraîner difficultueusement loin, il m’est excessivement important d’indiquer que cette précision quant à l’appartenance de ces testicules sur la photo, n’a absolument rien d’humoristique et n’est pas d’avantage là pour « provoquer » ou tenter de créer une quelconque connivence de bas niveau avec le lecteur ou la lectrice. Je ne me lance pas dans mon propos de cette façon non plus, pour tenter d’exceller à un habile exercice de style sur le sujet, chose que je vomis par-dessus tout et jetterais sans hésitation dans le sombre trou des pires ringardises littéraires qui n’a guère besoin de mon apport pour dégueuler de conneries stylistiques. Aussi, vous qui avez l’amabilité de me lire, entendez bien cela je vous en prie. Malgré la tentation très certaine pour nombre d’entre vous, de vous protéger d’une conception qui déjà, à votre insu, vous choque possiblement même si vous vous en défendez, cette image de mes testicules réclame d’être regardée pour ce qu’elle représente, sans invocation de prétexte potache, scientifique ou même spécialement pornographique. Ce cadre serré sur mes bourses est là pour lui-même, son esthétique, sa symbolique.

 « Qu’est-ce que cela cache, où veux-tu en venir ? » ai-je entendu à propos de cette image une fois diffusée sur le net. Ou bien encore : « C’est assez osé ». Dans tous les cas, ces remarques ou questionnements venaient de la part de personnes que je tiens en la plus haute estime pour leurs largeurs de vues et leur intelligence. C’est dire combien le problème m’est apparu brusquement plus patent, plus étendu que je ne l’imaginais et pourtant combien malheureusement pleinement conforme à ce que j’ai pu si souvent ressentir dans ma vie sans toujours accepter de l’entendre. J’en restais, à chaque fois, prostré un long moment. Je croyais voir autour de moi, mais n’avais rien vu. Je pensais connaître mon entourage, pourtant déjà devenu si restreint. Je pensais être limpidement compris par celles et ceux qui me manifestaient leur confiance au point de me suivre dans mes projets et pour certain/es depuis de nombreuses années. Si je ne remettais certes pas en cause ce point, force m’était de constater qu’il y a avait bien un décalage manifeste entre ce que je croyais et la réalité du niveau de leur adhésion à mes vues, que j’avais pris pour le reflet de leur propre conception des choses. Soudain, nous étions loin. En tous cas, plus loin que prévu. Peut-être d’ailleurs, se disaient-elles la même chose ? J’emploie à dessein le féminin, puisque dans tous les cas vécus ou rapportés, il s’agissait de femmes, ce qui, évidemment n’est pas sans importance en l’occurrence. Il me fallait réagir sous peine d’être condamné à ressentir une solitude bien pire que celle à laquelle je m’étais accoutumé, celle du mutisme, celle du sentiment que l’on retient en soi et ça, cette solitude là, cet enfermement avec moi-même du fait des autres, il était hors de question que je l’accepte. Je ne produisais pas mes créations depuis si longtemps, dans des conditions aussi ardues qu’ingrates, pour me retrouver privé de mon expression par effet d’autocensure. Il y avait pourtant bien eu des signes avant-coureurs, des alertes ; non seulement chez mes proches, au sein des compagnies avec lesquelles j’ai travaillé en empathie, mais aussi à l’intérieur de mes couples hétérosexuels. Je détaillerai plus loin les sinueux détours de ces symptômes précurseurs de l’intolérance.

 Est-il donc inconcevable de désirer revendiquer ainsi simplement la beauté aimable de ses propres bourses, la tendresse que l’on porte à l’image de sa propre intimité virile, sans sacrifier au moins un petit peu quelque part à une gauloiserie sympathique, à une pirouette intellectuelle, ne serait-ce que pour se faire pardonner cette « facilité » et s’assurer la compréhension d’une majorité de lecteurs et de lectrices, s’imaginant spontanément être des esprits dotés d’une tolérance sans frein et qu’il ne faudrait pas désappointer par un violent retournement du miroir ?

 Il se serait agi du plan macrophotographique d’un téton féminin, l’affaire serait sans histoire. Pour autant de « bonnes » que de « mauvaises » raisons d’ailleurs, puisque l’acceptation naturelle d’une telle image se ferait, soit sous la houlette de l’érotisme hétérosexuel, dont on sait combien il est fondé sur la réduction du corps de la femme à l’état d’objet de désir, soit en tant qu’emblème d’une liberté féminine chèrement acquise et revendiquant la jouissance d’être femme, détachée du désir masculin. Mais là, non. En l’occurrence, pas de mamelons dont la précision numérique de la photo ferait ressortir la texture grumeleuse sous la caresse d’un clair-obscur, pas de clitoris mignon cher aux littérateurs érotico-bibliothèque rose ou aux magazines féminins se voulant témoins de l’air du temps.

 Non, l’image du jour, celle que je vous propose, c’est celle de mes testicules, portraiturés par moi, soigneusement épilés, tels que je souhaite les montrer, dans une douce lumière, mais aussi dans tout le potentiel fécondateur que peut traduire le sentiment de leur poids. Je vous les présente comme je les vis intimement, comme des amis ; comme je vis toute partie de mon corps avec laquelle j’ai fais un bon bout de chemin. Car toutes ne sont pas égales du point de vue de la connaissance que j’en ai ou de l’intérêt que je leur porte, même si elles sont toutes parties de mon corps, qui reste à mes yeux, dans son entièreté, mon unique et de ce fait, plus précieux bien. Je ne pourrais, par exemple, naturellement pas en dire autant de mon dos, n’ayant à lui qu’un rapport malheureusement et forcément distancé, le plus souvent par procuration, lorsque des mains étrangères ont la bienveillance d’en palper, caresser ou faire rouler la peau pour le masser et le détendre. Je pourrais ainsi détailler les relations multiples et très spécifiques que nous sommes nombreux, nombreuses, j’imagine et sincèrement, espère, à entretenir vis-à-vis de nos membres et parcelles de notre corps. Mais pour l’heure, et comme point de départ et soubassement à, disons, ce micro essai, je m’en tiendrais à « ces simples couilles que je chéris ». Beau titre d’ouvrage que cette formule, me direz-vous peut-être, mais à laquelle pour le coup, j’ai réellement renoncé pour, comme exposé précédemment, éviter toute ambiguïté quant à l’authenticité, la sincérité et le sérieux de mon propos qu’il serait trop facile de tourner en dérision et ruiner si j’y prêtais le flanc d’entrée de jeu par une complaisance stylistique. Je me doute bien que malgré ces précautions, des détracteurs ne manqueront pas de trouver du grain à moudre pour exprimer leur « haine raciale » vis-à-vis de mon sujet. Je ferai simplement mon possible pour leur en laisser l’entière pater… ou mater…nité et ne pas leur tendre la moindre perche à cette intention. "

Voilà, pour l'instant.

A suivre donc... et aux garçons à cesser de se dénigrer imbécilement et à commencer à s'occuper sérieusement d'eux-mêmes, médiatiquement parlant, s'entend.

Viol long courrier

Don DSK - David Noir
Don DSK - David Noir
David Noir - DON DSK - Montage photo

Je n’ai pas réellement blogué depuis les premières images de l’affaire DSK. À l’opposé de nos formidables médias, presse écrite et TV, ne sachant plus où donner du scoop, tirant comme de la guimauve les pauvres bribes d’infos qui leurs tombaient pour animer le paysage contre toute éthique juridique, je trouvais que le spectacle était trop énorme, trop sidérant pour jeter mes commentaires à chaud sur le papier, comme un poulet de batterie soudain lâché en plein air et trop excité par ce nouvel afflux de liberté pour ne pas en avoir une crise cardiaque.
Non mais …se rend-on bien compte de la chance qu’on a de vivre enfin une telle dégradation du monde politique et médiatique en direct ? Mesure-t-on bien les conséquences sur la représentation et le monde d’images dans lequel on nous fait vivre à longueur de temps, depuis que la pub a eu l’audace de se faire admettre comme une valeur ? Pour ma part, je ne cesse de trouver ça inouï et suis dans l’espérance joyeuse et quotidienne que ça empire. DSK, Tron, avant eux, Alliot-Marie, Ferry, Longuet, bientôt Lagarde, sans compter l’exécution sommaire, glissée vite fait sous le tapis de Ben Laden, par un Obama qui n’apparaît plus tellement différent des autres … Encore, encore ! Vivement que ça continue ; que la classe politique se roule dans la merde sur la pente désormais irrémé …diablement (!) glissante de son avidité. Espérons qu’une bavure sans précédent atteigne la chère Marine ; encore qu’en l’occurrence ce soit plus difficile, puisqu’il est plus délicat d’entacher la crasse ouvertement visible et que les saluts nazis (belle nouveauté !?) au sein de sa formation, ne suffisent pas à nous étonner efficacement.
L’être humain créature fascinée par les images au-delà de toute mesure, voit enfin affleurer Dorian Gray sous la croûte du vernis, venu faire son office.
On a eu beau savoir instinctivement les choses, se douter des pires malversations en hauts lieux, ça n’a jamais changé rédhibitoirement rien. La connaissance ne fait hélas pas le poids face aux croyances. Ça n’est pas nouveau. Nous sommes des êtres coupés en deux et savoir n’influe que très peu et très lentement nos comportements. De cet état de fait découle d’un côté une masse de réflexion phénoménale aujourd’hui accessible non seulement dans les ouvrages écrits, sur les scènes de spectacles, mais également sur le net, et de l’autre, des attitudes immuablement inertes. Aucun lien ne semblait jusqu’alors réellement se faire entre nos consciences et le réel de nos situations d’esclaves. Bien sûr, il y a les réactions d’overdose : 1789, mai 68 chez nous et toutes les autres qui se passent ailleurs, dans ce moment même et à venir. Mais en ce qui nous concerne, de la tête du roi roulant dans le panier (imaginons seulement le choc médiatique que ça a pu être à l’époque !), à la chaussée de Paris dépavée pour en jeter les pierre sur la force publique, en passant même, pourquoi pas, par la révolution des urnes et l’élection de Mitterrand en 81 (n’entendait-on pas alors des militants émus proférant : « 23 ans que nous attendions ça ! »), notre rapport de simple citoyen au pouvoir a certes évolué, mais ne s’est jamais réformé. Nous continuons de croire bon an mal an, qu’après tout, c’est bien malheureux que le pouvoir soit l’attraction des mégalomanes, mais « peut-on faire autrement que d’être dirigés comme des enfants sous tutelle, par les grands qui savent tout de ce monde trop complexe pour nos petites têtes », n’est-il pas ? On les craint ; on envie leur puissance ; on s’en méfie ; on leur en veut ; on les déteste même ; et puis de temps à autre, une nouvelle tête de marotte un peu différente, un nouveau messie à la langue enjôleuse se pointe sur les ondes et les écrans et le tour est joué pour les bons cons de français que nous sommes. On n’a plus qu’à se l’enquiller et jouir du plaisir de se lamenter sur notre déception durant cinq ans.
Et bien, j’ai le sentiment, moi, que quelque chose s’est amorcé de bien moins spectaculaire qu’une révolution et de peut-être beaucoup plus efficace en terme de thérapie sociale, pour nous guérir de la nécessité de nous doter de « pères » et « mères » pour guider nos vies à travers les dangereux marais du monde. Que peut-être, j’aime à le croire, l’homme, la femme, « du commun » comme eut dit Jean Dubuffet est, à contre cœur pour l’instant, en train de devenir adulte. Non, je ne crois pas qu’il s’agisse à nouveau de faire la révolution comme on l’a toujours entendu. Il n’y a pour l’instant - je parle de ce pays-ci - plus matière à faire couler du sang dans le caniveau et c’est une chance pour nous. D’autres se sont salis les mains et les consciences à notre place auparavant. Grand merci à ces monstres que furent les Saint-Just et autres Robespierre, car je n’aurais pas aimé en être. S’offre à nos yeux actuellement, l’occasion pour toutes et tous, de nous dessiller réellement, de nous affranchir de l’impact pervers des images en digérant les vrais chocs symboliques que trahissent leurs manipulations. La machine s’emballe peut-être plus tôt et rapidement que nous ne l’espérions. C’est là la revanche de le vraie démocratie qui, si nous sommes suffisamment à l’écoute de ce qui advient, pourra retourner les désormais infâmes outils médiatiques contre ceux-là même qui les agitent. Comment ? Tout simplement en nous en détachant. En leur retirant le pouvoir qu’on leur a imprudemment laissé prendre, séduits que nous étions par leur proximité apparente avec l’art, le cinéma, le graphisme, l’humour ludique.
Non, il n’y a jamais eu d’humour derrière une publicité qui ne vise qu’à vendre sa camelote. Non, il n’y a ni finesse d’esprit, ni empathie derrière le discours d’une banque ou d’une compagnie d’assurance. Non, il n’y a pas d’amour sincère pour son peuple chez un dirigeant qui, dans le meilleur des cas à son insu, est strictement soumis à sa soif d’incarner un modèle pour ses ouailles. Toutes et tous, quand ils et elles ne sont pas de purs escrocs conscients de leur déguelasserie, n’aspirent qu’à être de merveilleux guides auxquels nous voueront une reconnaissance la plus longue possible. Ah ! Incarner le bien, la droiture, l’efficacité, le pugnacité, la bienveillance, l’autorité, le respect, la compréhension … Quelle extase tranquille ! Quel chefaillon n’a pas rêvé d’un tel impact : être aimé pour ses vertus. Et je suis bien placé pour vous le dire, car qui est plus chefaillon qu’un metteur en scène, mis à part un chef de rayon, un maton, un enseignant ou un contremaître d’usine ? Nous en rêvons toutes et tous d’être un bon parent, égal ou antithèse des nôtres ; en tous cas, meilleurs que ceux qu’on n’aura jamais eu. On dirait presque que ce serait le but du pouvoir suprême d’être aimé pour avoir été un bon berger. Même l’ignoble Staline était ému aux larmes en se voyant représenté fort et plein de compassion, aux dires de l’enfant d’un réalisateur de ses fictions de propagande qui attendait le verdict du Père des peuples, pétri d’angoisses, à l’issue de chaque projection. Eh oui … que d’émotions à distance des charniers !

Le truc qui nous arrive l’air de rien, c’est peut-être de se donner timidement le courage de ne plus en avoir besoin, des petits pères et des petites mères. D’en avoir ras la casquette de s’auto convaincre que seule une personnalité « paternante » peut nous protéger des agressions et des conflits. Et si nous réalisions que c’est nous les employeurs, qu’il ne s’agit pas de leur donner notre voix (symbole terrible ! Qui peut parler par ma voix ? Sommes-nous donc muets et sans intelligence ?), mais de passer commande à leurs services de telles ou telles tâches nécessaire ?

Je suis donc profondément heureux, et ce n’est pas un hasard, que des scandales sexuels viennent à notre secours pour rebaptiser l’humain dans ses fondements. Cessons de rêver ce fantasme de la Pureté sous l’apparence de divinités, de princes et de princesses, de rois et de reines, d’humanistes et de dirigeants responsables, car elle n’existe pas en nous. Bien sûr nous sommes toutes et tous capables de sentiments et même parfois, d’actions nobles à nos yeux, mais ce n’est là qu’exceptionnel et il nous faut réaliser une bonne fois que ce n’est qu’à coup d’efforts considérables et maintenus que nous nous civilisons, que nous nous rendons meilleurs. DSK a-t-il abusé de son pouvoir immense ? Vraisemblablement ; peut-être oui, peut-être même sans véritable conscience de le faire ou peut-être est-il lui-même victime d’une mise au placard expresse par voie de tentation sur ses faiblesses. Sa victime présumée a-t-elle été forcée sexuellement ? C’est malheureusement tout à fait possible, vu sa situation sociale au regard de celle de cet homme. Tout ça, c’est l’objet de la justice et je ne suis pas capable de savoir si elle s’exprimera réellement. Ce que je peux par contre analyser, c’est que la littérature et la musique nous ont fait admirer Don Juan et que quand on se trouve face à la possible figure réelle du grand seigneur méchant homme, on ne peut supporter qu’il reste impuni, alors que son icône mythique suscite notre émoi lorsqu’il défie la loi de Dieu et des hommes. Le marginal flamboyant qui donne espérance à notre soif d’être libre de toute entrave, devient une ordure méprisable dans la vraie vie. Casanova n’est soudain plus un libertin audacieux quand on approche trop près de sa couche. La question qui se pose alors n’est plus une simple question de justice à propos d’un homme mis en cause pour ses agissements, mais de savoir si oui ou non, nous admirons le mal, à quelle distance et dans quelle proportion nous lui faisons une place dans nos cœurs ? En quoi en avons-nous besoin pour être et nous rêver plus puissants, dévastateurs et « révolutionnaires » que nous sommes. Car, on l’a assez écrit, s’il est une figure de la révolution, c’est bien Don Juan et plus encore, Don Giovanni.
Quel changement d’époque ! Souvenons-nous seulement à la veille de ces années Mitterrand, quand la silhouette magnifique et inquiétante de Ruggero Raimondi tapissait les murs de Paris et des grandes capitales européennes, combien il ne nous venait pas à l’idée que le velours de son chant, la subtile mise en scène de Losey et la musique de Mozart ne racontaient rien d’autre que la gloire d’un homme hors du commun, entamant sa passionnante descente aux enfers par le viol d’une femme, Donna Anna et plus accessoirement, le meurtre de son père qui passait par là. Pour en avoir été fan inconditionnel, littéralement transcendé par l’œuvre et cette interprétation sidérante, je peux vous dire qu’une nuée de femmes hystériques suivaient le chanteur dans tous ses déplacements sans être perturbées le moins du monde par l’ambiguïté de l’œuvre quant à la condamnation du viol. Le terrible seigneur finissait puni certes, mais sans jamais se repentir et c’était là tout le plaisir qu’il nous donnait. « Quel panache ! » se disait-on entre fans, tout sexes confondus. Ce que je tente de soulever ici, c’est l’impact de l’épuration morale sur la production d’images et de sens et comment elle a évoluée depuis, peut-être le 11 septembre 2001, mais possiblement avant. Il y eu, peu de temps après le triomphe de ce brillant Don Giovanni, né du désir visionnaire de Daniel Toscan du Plantier, le déferlement du sida ; nouveau choc en ce qui concerne l’association des imageries sexuelles qui forgèrent alors ma réflexion, ma vie intime et mon mental. La « perversion », comme on pensait plus facilement alors dans la sphère underground héritée des seventies, était le chemin pour devenir un « beautiful people » et non une de ces racailles pitoyables de tout venant, qui contribuaient au monde médiocre de l’économie de marché par son petit labeur quotidien.
Exit Strauss-Khan, sa victime infailliblement traumatisée, sa femme juste et compatissante et son acte de violence réel ou supposé. Ce qui me parle dans ce spectacle hors norme, c’est le déni généralisé aujourd’hui, de la nature humaine. Inutile de sauter sur l’occasion pour faire son kakou citoyen, vociférer, huer féministement ou se payer une tranche d’indignation à mettre dans son CV. Tout ça existe, je ne le nie pas évidemment et croyez bien que si on pouvait faire d’un coup de baguette, que mes congénères masculins cessent, pour une grande majorité de se comporter comme des gros lourds, brutaux, sanguinaires, misogynes et homophobes, je m’habillerais en fée. Le problème, et le seul à mon sens, c’est qu’on ne s’admette pas naturellement violeurs, pédophiles, castratrices et bourrés de la haine la plus sourde, armée d’un contentieux parental à faire payer à toute la planète. C’est ça notre réalité animale ; c’est ça être un humain Pur. Tout ce qui fait de nous des êtres tolérants, supportables et civilisés n’est que le fruit de nos efforts, de notre curiosité, de notre apprentissage personnel et non de notre éducation qui, non maîtrisée, conduite par de vieux enfants perdus sans réelle expérience, ayant pour nom : parents, aboutie le plus souvent à l’inverse, on le sait bien. Ce n’est pas une porte ouverte que j’enfonce là ; car si tout ceci semble parfaitement admis ou connu, ce qui fait toute la différence est de se le dire et d’y croire. Pour ce faire, la pratique du théâtre donne toutes les clefs à celles et ceux qui ont l’intelligence de s’y adonner et devrait en inspirer d’autres, si ce n’est la population entière.
Être un jour en situation de jeu fait comprendre définitivement et concrètement toute la dualité qui nous habite. Et si l’on est un tant soit peu honnête, on réalise que nous ne sommes pas « bons » et que le sujet n’est pas là. Qu’hommes et femmes sont capables des pires exactions sans aller les chercher aussi loin que dans les infos du jour et que la trahison de ses idéaux est la voie la plus facile pour répondre aux problèmes que nous posent l’existence. Se comporter en juge d’autrui reste la place du spectateur et pour jamais, ceux qui ont foulé une scène ne pourront revenir insouciamment s’asseoir à ses côtés. Faisons donc du théâtre pour mieux voir le monde des représentations se fissurer. Et pas n’importe lequel. Un théâtre qui voit et comprend, qui montre, traduit, transforme et ne fait rien d’autre qu’attendre, ressentir et réfléchir, pour que jamais nous ne soyons tentés d’être à notre tour un jour, des politiques.

Internet tend les bras aux brassages des esprits et le spectacle vivant créé la réunion des corps. Ne laissons aucun état, ni institution décider de ce qu’il est bon d’y dire ou d’y montrer. Ne laissons aucun eG8 évincer la société civile des débats sur les avantages économiques du Web. Les enjeux sont énormes et c’est bien cette révolution qu’il ne nous est pas permis de nous laisser confisquer. Les créateurs de logiciels libres, Richard Stallman, Linus Torvalds et tant d'autres moins connus, nous ont fournis des outils imparables pour prendre la mesure de ce qui rapprochent des millions d’entre nous à travers le monde : notre désir de paix, de solidarité et d’indépendance, nos capacités créatrices et nos intelligences. Servons-nous en chaque jour d’avantage pour en comprendre les finesses et les pièges, pour échapper une fois au moins, à être de simples consommateurs devant nos ordinateurs. Créons, bloguons, faisons des sites pour comprendre notre monde et pour le plaisir d'échanger. Si les puissants s’adonnent à des actes répréhensibles et pervers, c’est tout simplement parce qu’ils en ont les moyens et qu’il suivent la pente banalement naturelle de l’humain surpuissant et je parle là de l’abus de puissance dès ses premières marches, au seuil du moindre bureau. Notre chance à nous, individus lambda, est de ne pas désirer le pouvoir, mais les moyens. Les « bons », dans tous les domaines, ne sont pas ceux qu’on nous vend. Pas d’avantage en création qu’ailleurs. Cessons d’être fascinés par les images des autres sans avoir produit les nôtres. Boycott par indifférence et création personnelle ouvrent les chemins d’un autre fonctionnement. Nous ne serons « sauvés », ouverts à autrui et honnêtes dans nos comportements, que par le constat conscient et généralisé de notre nature intime évidemment sexuelle et avide. La mettre en mot, en scène, en lien, en dresser le portrait sans morale, la transcende et nous rend insensible au désir brut d’abuser de nos forces primaires. Nul besoin de fouler la scène redoutable de la vraie vie comme terrain de ses passions extrêmes. Leurs représentations sont tout aussi véridiques. L’actualité nous en donne bien la preuve, puisque tout est image pour nous désormais, dans notre perception du vaste monde déléguée aux médias.
Oui, depuis les débuts de notre humanité, viols et meurtres ont certainement été des pratiques d’usage courant pour jouir et assouvir ses désirs. Nous sommes encore de ceux là et rien ne sert de le nier ou de s’en offusquer à travers la dénonciation de boucs émissaires de nos travers. Que ceux-ci soient mis hors d’état de nuire en attendant mieux, que les victimes soient autorisées aux meilleures réparations possibles et pour le reste, forgeons des plans d’avenir : s’emparer de nos cerveaux et offrir sans complaisance un mur de refus aux figures grimaçantes qui oeuvrent par la séduction à leur carrière de prophètes aux jambes courtes. Délaissons ce système, n’en prenons que l’utile pour créer notre agréable, car c’est lui qui doit changer et devenir notre outil. Oui, depuis l’enfance, le viol, c’est la vie ; mais la vie, c’est également ce que nous décidons d’en faire, ici et maintenant, avec les moyens immédiats mis à notre portée, afin que pères et mères symboliques deviennent à tout jamais des fantômes inutiles.

La nudité : une affaire d’enfance – la poésie : l’instinct de créer l’instant

Enlacement - Valérie Brancq - David Noir
Enlacement - Valérie Brancq - David Noir
Enlacement - Valérie Brancq - David Noir

Nos corps nus, nos sexualités, les fantasmes et tabous générant notre excitation … bref, nous et nous en bref … Il semble que les représentations de nos propres corps, arrières pensées et pulsions continuent de nous poser des problèmes avec leurs images ou disons plutôt, avec la nôtre, celle de notre espèce.
« Continuent » est d’ailleurs certainement impropre, puisque loin de progresser en ligne droite parallèlement à l’avancée des sciences comme on aime à se le raconter, nous zigzaguons de périodes plus éclairées en obscurantisme. Le 21ème siècle me semble avoir démarré par une belle régression : résurgence des tabous suite au sida, rejets communautaristes, peur et fondamentalisme religieux, perte des acquis des révolutions sexuelles (mais sans doute n’ont-elles pas vraiment eu lieu ?). Il y eut le siècle des lumières, parait-il ? Du point de vue de l’excitation mentale, nous sommes plutôt dans celui des économies d’énergie. Mauvaise pioche, comme on dit.
Malheureusement, si un reporter alien venait de l’espace pour nous observer, je crois qu’il repartirait en concluant (pour peu qu’un alien soit capable d’objectivité) que tout ce qui fait notre être désirant et excitable semble éternellement toujours se situer à la lisière du bien et du mal, aux vues de notre morale et de nos lois. Triste constat d’échec pour un regard en quête d’une humanité évoluée. Personnellement, moi qui suis terrien, je reste encore et toujours stupéfait que mes concitoyen(ne)s ne s’étonnent pas chaque jour que la base même de notre reproduction, de notre hégémonie ; le magasin hétéroclite de nos désirs et de nos hontes, sans compter le socle de leur cellules familiales qu’ils affectionnent tant, suscitent encore tant de polémiques quand il s’agit d’en faire la libre monstration. Après tout, quoi de plus banal et même, de banalisé de nos jours que la sexualité débridée. Mais, justement, c’est là que semble-t-il, le bas blesse. L’enfance malléable serait trop tôt et sans garde-fou, mise en face de son statut adulte à venir. La perturbation qui en résulterait dépasserait largement le stade de la confusion des sentiments chère au 19ème siècle, pour sombrer dans la dangereuse psychose maniaque irrémédiable. Au législateur de gérer le problème s’il est prouvé qu’il existe, mais qu’au moins nous soient épargnées les morales toutes faîtes au sein des créations artistiques. Liberté, liberté chérie !
Mais non ! Je sens qu’une vague idée-culte de la mère comme étant vierge « quelque part » subsiste et coince tout au fond ; une quête de la sainte comme rampe d’accès au Paradis pour ces crado-culpabilisés que nous sommes ; une adoration de la mama dont on veut oublier qu’elle s’est faîte saillir pour avoir ses rejetons.
Foin des conneries ! D’où qu’elles suintent, j’en ai plus que marre du respect des cultures et de leurs croyances débiles sous prétexte qu’elles seraient millénaires. Va chier, croyant exhibitionniste de tout poil, tu nuis à mes propres croyances. Tout comme le vote blanc ou abstentionniste en est un en soi ; l’athéisme est une religion, qui souhaite que l’espace fait au divin soit philosophique, invisible et sans commentaire. Si je dois me farcir à longueur de temps les états d’âmes religieux du grand nombre (sans compter les matchs de foot), je veux à mon tour avoir une vitrine prosélyte pour mes divinités qui sont la liberté, la pensée individuée, la libre pornographie, la polygamie, le masculinisme, le féminisme, l’exigence créatrice, la poésie, la ruine de la bulle spéculative, l’obligation à l’intelligence …

Évidence : un état de civilisation avancé ne serait-il pas celui qui ferait le constat objectif de nos désirs réels et désamorcerait leur potentiel violent par une reconnaissance, sans regret ni honte, de ce qui nous constitue ? N’est-il pas plus redoutable menace, plus effroyable incitation au viol ou à la castration que l’aspiration à se rêver autre que ce que l’on est ? La dépréciation de l’humain par lui-même est probablement la pire violence qu’il puisse se faire et la désespérance de ne pas être un pur esprit, à l’origine des plus répugnantes dérives mutilatrices politiques et religieuses, tant psychiques (embrigadement idéologique), que physiques (circoncision, excision). Les dieux de nos ancêtres antiques, bons vivants, raffinés bien que parfois un poil barbares, ne s’en demandaient pas tant à eux-mêmes. Les monothéismes et leurs mises en scène empruntes de sérieux, sont venues inventer la douleur culpabilisante pour pouvoir mieux appuyer là où désormais, ça fait mal. C’est pourtant tout petits que, nus et sans complexe, nous avons abordé joyeusement notre corps avant que l’on nous imprime la marque infâmante de la pudeur sociale et de l’hypocrisie. Le plaisir d’être en jeu permet de renouer un temps avec cette légèreté d’âme et devrait toujours inciter tout naturellement à remiser les oripeaux de la honte, abusivement transmis, dans ce même placard où sont roulés en boules nos désirs fripés et malmenés, qui ont bien besoin du spectacle vivant pour s’exhiber au grand air.

Hier, j’ai respiré quelques heures dans une buée de non-obligations flottantes que dispense, comme une forme de non-programmation, Le langage des viscères à l’Espace Kiron. Rien de péjoratif dans mes mots. Au contraire, hier soufflait ici de ces brises de propositions libres et intelligentes qui scellent l’aura d’une soirée poétique. Découverte en vrac d’un petit monde, Perrine en Morceaux, belle voix auto accompagnée, martiale et expérimentale, Elliot (rock / folk), assez scotchante par la droiture hiératique et non affectée qui émane naturellement d’elle. J’ai entendu une jolie litanie sexuelle et crue sur les affres de la putain, par la voix un peu maladroite d’une jeune femme nommée Plume, comme arrachée à un corps discret, presque anonyme, dévoilant sa colère rentrée. J’ai pu ronronner, comme souvent, contre Mélodie Marcq, à des hauteurs qui jamais ne déçoivent et jurer de ne pas renier le singe qui m’habite à travers la ferveur posée des mots d’Achraf Hamdi. À l’origine de la réunion de toutes ces choses essentielles et sans importance, (il est toujours intéressant d’y regarder) un jeune homme dégageant une élégante intelligence, Amine Boucekkine, dont la passion pour l’acte poétique se traduit dans une implication qu’on ressent, et les mots que de façon impromptu, il livre sans flonflon sur sa stupeur « d’être né ». Bref, un moment de petits étonnements de plus dans ma vie, après une marche de deux heures pour éviter les transports et me préparer à ces instants dont j’ignorais la teneur par avance. À mon arrivée, des jeunes gens plus tout à fait ados, à la tenue passéiste, discutaient avec sérieux d’Eluard sur le trottoir et ce matin Strauss-Kahn se retrouvait accusé de viol à la une des médias. Décidemment, l’étonnante poésie légère, grave et surréaliste du monde, ne cessait de faire danser la collision de son grand tout insensé sur la ligne simple de mon cheminement de pensée. Stimulante et effrayante, la vie en collage juxtaposé dans le calibre étroit de ma vision quotidienne me donne envie de voir sa poésie par moi-même. À quelques kilomètres de là, l’événement de la grande boutique Cannoise crie haut son importance, en déroulant son perpétuel marché en festival, dont la mise en boîte de conserve de produits indispensables aujourd’hui et oubliés demain, fait bien rire mon alien venu regarder le monde depuis la lucarne excitée de son petit vaisseau spécial.

Pornographie et vent frais de l’acte gratuit

David_Noir_AltérésGo!

David Noir - AltérésGo! - Photo Karine Lhémon

L’intime qu’on ne pourrait réussir à montrer sans tomber dans la porno ...blablablabla … : une thématique insupportablement naïve, bête, banale et tellement récurrente. « « Tu comprends, la suggestion de l’érotisme, c’est tellement plus fort que la brutalité pornographique… »
« Oui, oui, oui … et mon cul ? » répondrais-je sobrement ?

J’ai effectivement remarqué que l’une des questions de base les plus courantes quand il s’agissait de disserter autour du nu en scène, était malheureusement la plus absurde et la plus misérablement propre à trahir la gêne et la limitation de ceux et celles qui se la posaient : qu’est-ce que ça apporte ?

Ah … ?! Et d’être vêtu qu’est-ce que ça apporte ; et de dire un texte qu’est-ce que ça apporte … ?

À la suite de cette interrogation, on observe, une fois l’expérience tentée par un spectateur a priori sur la réserve, que s’il ne s’est pas laissé totalement convaincre, une balance destinée à trancher tente de s’équilibrer dans le cerveau du questionneur perplexe. Il apparaît que les paramètres sont bien souvent les suivants :

Soit « l’audace » lui a semblé justifiée par le propos et l’a rendue acceptable, quand elle n’est pas, après évaluation, soudainement devenue indispensable à la narration.

Soit le concepteur a commis l’impardonnable en sacrifiant au plus grand des blasphèmes artistiques du moment : la gratuité. Voilà une vaste bouée de secours à laquelle une belle majorité de connaisseurs intelligents aime à s’agripper d'un seul homme.

Et si le sujet antérieur à tous les sujets était finalement la bêtise de toute culture stagnant dans les marécages de ses propres valeurs ? Pas immanquablement la bêtise profonde, mais l’ombre de sérieux, que je distingue de la passion grave et habitée, qui vient animer souvent sans grâce, l’esprit des lois.

De même qu’un certain esprit bâtisseur vise le capital, une certaine anarchie cible les concepts de la gratuité. La morale n’est pas mon sujet, mais l’humain l’est, avec son cortège de surprenants engouements. Ainsi je ne peux regarder qu’avec défiance, ceux de nos concitoyens en charge des plus hautes fonctions sociales, de l’éducation à la gestion des images, qui, pour certains, portent atteinte gravement à leur crédibilité en dévoilant avec une inconscience coupable, leur manque absolu de simplicité dans le rapport à leur sexualité, voire de terreur à peine déguisée quant à leur corps « publique ». Il en va de même des penseurs, des artistes et même des interprètes dont les comportements si peu réellement enfantins n’inspirent aucunement la confiance qu’ils cherchent à faire naître. Ainsi les libres penseurs se font rares et semblent avoir de moins en moins d’influence sur le pouvoir. Avoir l’air plutôt qu’être a toujours eu ses adeptes ; l’idée ne me révulse pas plus que ça. J’aime les libertés et particulièrement celles qui me garantissent une bonne distance d’avec ceux que j’estime dénués d’attraits. Mon voeu le plus cher étant d’être pris en compte pour mes travaux et distingué pour mes talents, je tiens à m’affirmer ici dans toute la passionnante ampleur de mon sujet sans rien en cacher : le cru ; le sexe ; le nu ; toutes les pornographies ; la place sociale des fantasmes ; l’aspiration au pouvoir, l’enfance broyée qui nous constitue ; les masques du quotidien et le jeu de tous ces facteurs réunis en nous; le vocabulaire de l’excitation sexuelle ; la honte et l’arrogance dans l’obscénité ; le dévoilement, par le truchement de mots et d’images de toutes sortes, de ce que l'on ne parviendra sans doute jamais tout à fait définitivement à dire, mais qui fait notre quotidien le plus joyeusement universel : le désir animal.

La menace de l’autre ou comment se fuir quand on s’est soi-même rencontré à travers des regards étrangers ?

Jazon_David Noir

 

David Noir _ Projet Jazon

Ne pas répondre aux exigences des autres est le début de mon plaisir. C’est la grande idée à creuser pour sortir de la dépendance et de la haine. Le tunnel de la liberté. Pas de pardon pour la culpabilité.
S’occuper de soi enfin. Vraiment de soi. De son beau soi fait à sa propre image, éloigné des reflets des miroirs hideux tendus par de terribles mains envieuses. Mains qui les premières, ne pensent qu’à leurs gueules. Idée à creuser aussi loin qu’elle me mène. Loin de ta grosse farce d’amitié et d’amour. Grosse volaille fourrée à la bile ; gros gâteau menteur, servi sur ton gros plateau, une main contre ton cœur. Envieuse et idolâtre, c’est la maman d’amour qui sert ses petits plats.
Idée de mon plaisir, insupportable aux autres. Ingérable hors ma prison. Tous et toutes sont mes geôliers. Moi Juliette, attends mon propre Roméo. Je me barre par un petit trou de souris sous mon joli capot.

Préface dans ta face

David Noir - Elephant_pétrifié

 

David Noir - Eléphant_pétrifié
David Noir - Eléphant_pétrifié

À chacun son chemin. Le mien est celui de la brisure poétique et de la confusion volontaire - des arts, des genres, des sens, des sexes, des lieux de l’esprit et du corps et bien sûr, des sentiments. Que m’importe que vous ayez mes œuvres chez vous si j’oublie qu’elles sont importantes pour moi. La réponse est dans le corps ; le chemin est vers le corps. De l’amour à plus soif ; le plus gros des réseaux. L’ignorance, la peur, les denrées les plus répandues chez les hommes et les femmes ; du coup, on appelle ça la norme. La norme - les individus qui s’en revendiquent par éradication d’une singularité affichée qui leur serait propre - résulte du peu d’ambition personnelle à explorer l’humain. Nous même, soi-même ; tout autre que le pouvoir d’une image mentale prétendument commune. Pour éclater le pouvoir jusque dans sa structure osseuse, il suffit de témoigner par millions de nos singularités spécifiques à visage découvert. Un outing de la pensée. Mais le voulons-nous ? Qui le veut ? Le rôle d’un état, qu’est-ce donc : encaisser et protéger. Nous payons pour qu’une entité à tête flexible, mouvante et remplaçable crée, favorise une image générique du normal ; de ce qui doit arriver, de ce qui doit se faire et dans quelles limites. Ce qui parait souhaitable pour permettre bien être et développement de soi - interdiction du meurtre, assurance d’un toit protecteur et d’une nutrition équilibrée – et au-delà, infrastructures sociales et culturelles au sens large. Le minimum n’est souvent qu’en partie fourni. L’essentiel manque à beaucoup, passe encore, soyons philosophes. Ce qui ne peut se tolérer en revanche, c’est le diktat raisonneur, la morale paternaliste et en toute extrémité, le jugement artistique. Que répondre à l’état culture qui s’arroge le pouvoir pédagogique d’amener en une progression savamment calculée, le bourrin consommateur à sa part d’art singulier ? Tout simplement que lui, Etat, n’a rien à faire en ces lieux. Que le pouvoir des arts appartient à ceux qui le font, ce qui finalement pourrait revenir à tout un chacun s’il s’en donnait la peine. Sous prétexte de représentativité, la direction des lieux culturels s’est confondue pour le directeur ou la directrice de structure, avec le choix de sa propre décoration d’intérieur en terme de programmation. Pourtant, on ne leur demande pas d’aimer, mais de distribuer un ticket pour le paradis confortable des lieux d’exploitation nationale à qui en fait la demande. C’est comme bouffer. Tout le monde peut y avoir droit au nom du pot mis en commun par le prélèvement de la dîme. Du moins, ça devrait être ainsi. Au Privé d’orienter ses choix, à l’Etat de faire du « tout venant ». Ca n’irait pas plus mal. On viendrait montrer son spectacle, ses tableaux ou autres créations, simplement parce qu’elles existent. Et dieu sait qu’il y aurait des merdes. Mais des merdes à portée de main, des merdes libres et sans entraves, juste permises de s’exposer par la réservation d’un jour, d’une date ou d’une série de dates sur un planning administratif de réservations. Simplement pour brouiller les cartes, simplement pour que chacun y mette sont grain de sel, simplement pour retirer du pouvoir à qui n’a pas de raison d’en avoir. Pas de business, de l’exposition. Pas pire qu’autre chose. Peut-être une petite cotisation ; une participation modeste, juste pour dire, comme on dédommage un logiciel libre sur internet. Pour le reste, les théâtres seraient comme des hôtels, ce qu’ils ont vocation à être, des lieux de repos, où l’on souffle un peu. Des lieux d’hébergements momentanés pour se couper du monde courant. Et des hôtels, il y en a des pourris et des luxueux. Certains que la plus part d’entre nous ne pourront jamais se payer. Mais des pourris, pas trop chers, il y en aura toujours avec des chambres de libres. Un hôtel, ça ne dépend pas d’une tutelle qui ignore le désir du client en question, au profit de celui du tôlier ou de la couleur du papier peint de la cage d’escalier. Car le rôle de telles structures c’est de maintenir, d’encourager le désir. Mais de ce côté-là, bernique. Pour avoir du désir, il faut du sexe quelque part. Mais de sexualité, les tutelles s’enorgueillissent d’en être dépourvues. Tous les choix se disent justifiés, raisonnés et surtout pas impulsifs et humides comme une excitation. Experts, mais en quoi exactement? Haut spécialistes du camouflage de bandaison et du mouillage spontané, l’expert et l’experte sont les fibres textiles d’un slip menteur, absorbant les volumes et les humeurs ; une gaine moulant rigidement les déformations des corps en un unique carcan. Oui, les commissions d’experts sont des slips d’antan, tue l’amour et anti moule sexe. L’incarnation du sérieux en guise de paravent pour préserver sa place. Des champignons voraces qui ont inventés le service aux auteurs, des mycoses du flux subventionné qui prolifèrent à son contact. L’institution est la plus part du temps une maladie virale à de rares exceptions près où certains humains se trouvent là par hasard. Quelques Langlois, quelques fous, quelques crados. Mais pour les fonctionnaires bien mis et au fait des arts, entre aussi dans la composition, les fameux « coups de cœur » à défaut de coup de cul. Il serait malhabile et naïf de se déclarer totalement impartial. Savoir montrer sa légère faille qui fait de soi un humain est la nouvelle botte secrète à la mode depuis la fin du gaullisme. Les hommes et les femmes ont changé, n’est-ce pas ? Mais sous ces impeccables exemples de droiture et d’humanités si abordables, on découvre parfois d’imposants castrats bien repus, d’immenses eunuques à la moue boudeuse insatisfaite à force de faire bombance. Reste à se faire invité à leur table. Heureusement quand on n’a pas grand-chose à dire en terme de création, il reste du temps pour s’ouvrir des portes. On appelle ça creuser son sillon, en art y compris, quand on n’est pas capable de variété. Enfin nous y voilà ; le panier garni, le palais gâté, le palais …

Créer ses richesses

orange rouge_scenevivante.com

Orange rouge - David Noir

J'ai mis l'image d'une demi-orange sur cette page - c'est une demi orange que j'ai scannée - une demi orange obtenue à partir d'une orange entière que j'ai achetée ; peut-être avec l'argent de mes assédics - comment savoir ?
L'argent dissout sa provenance quand il se mêle à d'autre argent venu d'autres sources -d'après la loi sur la propriété intellectuelle, je suis l'auteur de l'image de cette demi orange - elle m'appartient -quiconque n'a le droit de s'en servir que si je l'y autorise - c'est ça être un auteur aux yeux de la loi - j'ai créé l'image d'une demi orange et suis devenu auteur - je suis devenu propriétaire de cette image - j'ai créé une richesse - je la possède - je peux la vendre ou la prêter - le fait que chacun puisse faire une image identique, qui s'en inspire est sujet à débat - personne n'a le droit de plagier cette image de façon trop évidente sans en citer la source d'inspiration et son auteur -cette image est spontanément protégée de part son existence même - je peux la déposer à l'INPI comme le logo de ma marque - je peux attaquer quiconque outrepasse ces règles - je suis devenu propriétaire au moment même où je suis devenu créateur - de quoi se plaint - on?
Capital et oeuvre de l'esprit sont pour jamais soudés ; la richesse est à portée de main.
Y a plus qu'à. Le marché de l'art est un marché juteux, on le savait déjà.