SCRAP Diary – 01 / Et volent les poissons …

SCRAP-DAVID NOIR-01
SCRAP-DAVID NOIR-01
David Noir - Collage SCRAP 1

Au cours d’une vie, on ne compte plus les moments où l’on n’est pas soi-même. Même tout seul, on peut avoir le sentiment de n’être pas en phase avec son être profond. On ne s’écoute pas. C’est plus tabou encore que de rêver violer des jeunes filles ou de fantasmer sur les corps des enfants. On ne se rêve pas. On a trop peur que ce soit un crime. Heureusement qu’il y a le masque pour aider à être. Mais on ne le respecte pas toujours. On n’ose pas lui donner son relief, en révéler la forme. Les acteurs de ce fait, sont bien souvent d’un ennui mortel. Ils ont tout entre les mains mais n’en font rien ou presque. Ils jouent juste proprement leur rôle. Ils s’infligent le devoir de servir, les pauvres. Quelle misère d’être un clown refroidi ; une viande froide en exposition dans la vitrine du mauvais traiteur.

Je sais combien c’est dur, mais il faut penser moins et ambitionner plus quand on s’octroie cette liberté. Elle ne se prend pas à demi. Ah oui ! Pauvre Jacques ! Ses demoiselles de roquefort ne sentent plus la rose, tant on en fait un fromage, par exemple. Une œuvre d’art, une fantaisie enchanteresse et puis vient soudain une étagère où poser l’œuvre et c’est fini.

Le culte de la beauté est une nuisance et la culture, une usine de conserves.

Comme si le but d’un artiste était d’étoffer la Fnac. Télérameur, sois maudit ! Elle pue, ton adoration des reliques.

Heureusement qu’une fois de temps en temps, quand on trouve l’énergie de passer à l’attaque, on arrive à arracher des lambeaux aux œuvres comme le ferait un brochet ou un piranha ; à tout passer au pilon, à tout réduire en molécules de création. Et alors là, c’est reparti. La poudre du père Limpinpin se réactive.

Le « pinpin », d’après le Wiky, désignait au 17 ème siècle, un homme crédule. Va pour l’andouille émerveillée face à l’illusion. J’en suis. Mais au diable, le/la collectionneur/neuse de beaux instants. Laisse-les donc échapper trou du cul ! Tu ne vois pas qu’ils dépérissent comme des oiseaux en cages tes précieux souvenirs ? Ouvre ta tronche et fais qu’ils rejoignent la matière. Dans le fantasme, tout est bon !

Colle-toi-z-y au lieu d’en avoir peur ; au lieu de vouloir être « quelqu’un » par tout ce que tu accumules. C’est parfois bien de mettre de côté, mais arrive le moment où il faut tout ressortir de ses placards ; tout foutre en l’air, en bas, en haut ; tout jeter en l’air pour que ça vole. Que ça s’agglutine et profite au renouvellement sanguin du monde, comme des sels minéraux et non comme des archives de la nécrose. La culture ne doit pas être l’adoration ou pire encore, le commerce vaticanesque des objets du culte, car tous les cultes sont mortifères ; tu le sais ça, voyons !

On l’a oublié ; ça paraît loin cette stupide insouciance, mais un jour, on se retrouvera, tout le monde ensemble ; on passera en force les guichets des banques et on fera voler les registres pour le plaisir de leur donner du travail. Il paraît qu’on en manque, hein chéri ? Ça ne serait pas méchant, n’est-ce pas, puisque tout est sur ordinateur ? Ce ne serait pas comme violer leurs maris et tuer leurs femmes, non ? Je ne sais pas. J’ai pas la notion du bon ordre des choses, mais toi, tu peux me le dire peut-être ?

On puise sa vie dans ce qu’on a vécu, pas de ce qui embarrasse le grenier ou décore sa tanière. Il en va de même pour les gens. Soi-même n’est pas une construction en dur.

Régénération - phase 1. Le collage gêne. Il faut savoir se mettre à la déchetterie pour bien renaître de ses Sandres. Non pas Didier et sa l'ayatollah Khomeini France aise. Plutôt le poisson carnassier et ses dents acérées de loup. « À mord, à mord je t’aime tant ». Déchiquette, tu digéreras mieux. Colle hic néfertitique et gros minet ! Il faut bien s’ingurgiter les chats pitres de l’Histoire, même si certains nous restent en travers de la gorge, pour que Chie dans la colle aboie. Couché !

Arrête, arrête voyons. Et volent les poissons carnassiers … brrr !

Les Parques – préparatifs. Introduction au journal de bord.

David Noir - Photo Karine Lhémon
David Noir - Photo Karine Lhémon
Photo Karine Lhémon

Je prends quelques minutes pour rédiger ce post.

En écrivant ces mots, j’ai l’impression d’être un prisonnier ou un clandestin profitant d’une baisse de la vigilance de ses gardiens pour communiquer avec l’extérieur un court instant. En réalité, c’est un peu ça, même si je ne m’en plains pas. Comment le pourrais-je ? C’est à la fois mon choix et ma drogue que de créer. Mais comme pour toute addiction, est-ce réellement un choix que d’y avoir plongé ?

Les préparatifs des « Parques » occupent mon temps depuis l’été et le dévorent tout entier depuis deux mois. Mon cerveau leur est complètement soumis et mes forces physiques, aliénées. Pour l’instant, je ne me débrouille pas trop mal et arrive à tenir mon cap. Entendez par là que je parviens, outre les « fabrications » nécessaires, à repousser au loin des envies de réalisations qui me dépasseraient trop dans ce contexte, mais par lesquelles je me serais laissé tenter auparavant, mettant alors grandement en danger mon embarcation et parfois, comme c’est arrivé par le passé, ma santé même. J’essaierai d’exposer ça en détail à l’occasion, car les comportements fous qu’impose l’exigence, méritent d’être décrits, ne serait-ce que pour ce qu’ils apportent fatalement de découvertes importantes pour son propre développement. Je me suis néanmoins réservé mon lot de tâches quotidiennes pour parvenir à la profondeur du projet et mon emploi du temps, plein comme un œuf, ne m’autorise pas à un pas de côté sous peine de faire une chute vertigineuse. Ayant un peu rôdé autour de ces cavités et le long de ces chemins escarpés depuis une vingtaine d’années que je pourrais presque considérer comme un repérage, j’emprunte mes sentiers de création en sachant qu’ils côtoient l’abîme. Pour l’heure, j’arrive à contenir l’urgence, mais ne peux risquer de m’adonner à de longs exposés littéraires comme il m’arrive de le faire pour dire ma pensée au plus juste. Désireux tout de même d’avoir la latitude d’une expression parallèle à ce qui m’occupe au quotidien, ne serait-ce que pour en distancer un peu l’objet, je songe à tenir un journal de bord durant les minuscules deux mois qui me séparent de l’évènement au Générateur. Ceci en sera donc l’introduction.

J’en profite au passage pour signaler que j’ai créé une page facebook dédiée à David Noir Productions sur laquelle je mettrai en ligne des extraits et images de mon travail que vous ne trouverez pas sur le site. Si vous l’aimez, n’hésitez pas à « liker » la page, ça ne pourra que favoriser son évolution. J’ai également naturellement créé un événement avec Le Générateur, lié à cette page pour annoncer « Les Parques d’attraction ». Je remercie vivement dors et déjà les personnes qui y sont inscrites, avec une pensée particulièrement chaleureuse pour celles et ceux qui suivent ateliers et cours avec moi, car c’est infiniment touchant et gratifiant dans ma position, d’avoir un retour si spontané de nos échanges dans le travail.

C’est tout pour aujourd’hui.

À bientôt donc, pour « Le journal des Parques », que je compte démarrer le 1er mars.

Juste savoir qu’existent les poissons

Cousteau_David Noir

Cousteau_David Noir

Oh les banalités ; oh les conneries ; oh ; j’en ai marre, mais qu’est-ce que j’en ai marre ; ça pue ; ça pue ; ta connerie d’expression au poste qui va tout droit dans ta connerie de micro que tu tiens à bout de main. Ta gueule une bonne fois, putain ; ta gueule ; ta gueule ; ta gueule. Comédien, écrivain, artiste, politique, sociologue, psychanalyste, ouvrier, syndicaliste, pauvres et riches, mais fermez vos gueules et qu’on ne vous entende plus. On. Moi. Le monde du silence. Cousteau sans son chapeau et le son baissé. Juste les poissons. Même pas la télévision justement. Rien que les poissons ; et qu’on ne soit pas là pour les voir. Que personne ne relaie ce que l’on sait déjà. Même ce que l’on ne sait pas. On ne peut rien, rien apprendre de cette façon ; de cette façon, toujours la même, de parler, de transmettre, d’exprimer. Ne savent-ils pas que tout est contenu dans l’intention, le style, la manière ? Merde, faut-il leur apprendre à ces gens de média et d’écriture, qu’il ne faut pas ; qu’il est immoral ; qu’il est dangereux et barbare de les faire, ces césures malhabiles en fin de phrase, juste pour respirer ou enchaîner sur un autre sujet, alors qu’ils parlent de morts ; de centaines de morts ; parfois de milliers de morts et ainsi, tous les jours. Un faux suspend, une inflexion qu’il ou elle ne pense pas ; c’est le journal télévisé ; c’est la radio. Apprendre à jouer proprement, bon Dieu puisque c’est du spectacle ou bien … Oui, juste savoir qu’existent les poissons. Que vive une culture sourde et morne ; invisible sous la vase des mers. Inconnue ; riche ? Peu importe ; il suffit qu’elle ait existé. Qu’est-ce que tu dirais de ça hein ?

Fabriquer son site, c’est heureusement aussi une façon de raconter.