… comment veux-tu, comment veux-tu que je t’ …

David Noir - Définitives Créatures - dvd
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Définitives Créatures

Le gouvernement face au mariage homo:  quand il avance, il recule …

Prologue

Je n’écris jamais ce que je pense par plaisir, mais uniquement lorsque je m’y sens poussé. Par quoi ? Je ne sais pas ; une pulsion imbécile ; la nécessité de me faire « entendre » par l’illusoire oreille d’un/e internaute de passage qui se cherche ou ne sait pas occuper mieux son temps.

Mes autres lecteurs et lectrices, je les connais ; ce sont des proches, des ami/es. Ils/elles me font l’amitié de me lire, mais n’en ont pas besoin pour savoir qui je suis. C’est un peu le cercle vicieux de l’affection, mais je les en remercie car ça donne un peu de sens à une vie qui en cherche.

En bref je réagis, aussi ridiculement que beaucoup d’entre nous aujourd’hui, sans me donner réellement les moyens d’influer conséquemment sur les choses. Juste parce que la pression de ce qui est pour moi la bêtise médiatique environnante devient trop forte. Je blogue, quoi.

Contrairement à beaucoup de blogueur/euses, je me refrène souvent pour ne pas trop utiliser cette soupape, car sa mise en œuvre, l’écriture, me réclame toujours une implication disproportionnée par rapport au soulagement que je voudrais en obtenir.

Car au fond, j’écris au lieu de tuer ; et ce depuis que j’ai choisis d’utiliser ce « don » obligatoire comme arme plutôt que de n’en rien faire, ce qui eut été pourtant mieux pour moi. Mais bon, je préfère être armé même si ça n’a pas l’efficacité radicale d’un bon fusil à pompe dont je ne saurais d’ailleurs pas me servir. Je le déplore. J’ai souvent hésité à apprendre, mais l’approche des clubs de tirs me fait plutôt horreur. Je frémis déjà de dégoût devant les vitrines des armureries. Pourtant l’envie est là, bien ancrée en mon estomac et me taraude depuis ma jeunesse ; depuis que je suis devenu conscient. Conscient mais pas spontanément courageux. Sale cadeau que la conscience car elle commande d’avoir un vrai courage à mettre en œuvre pour chaque acte exécuté en marge du chemin commun et communautaire. Eh oui, cela coûte de s’apercevoir de ce que l’on fait. Je ne parle pas des conséquences. À l’échelle de mes micros actes, il y en a bien peu. Il y en aurait, c’est sûr, au moins pour ma vie quotidienne, si je haussais le ton, si je montais sur un podium, si j’agitais le bocal, si je rendais volontairement ma pensée plus concise et simpliste pour en faire du slogan.

Si j’ai renoncé à cette optique de la petite pilule politique facilement ingurgitable, c’est que sans doute, ces fameux/euses lecteurs/lectrices que vous êtes, ce rapport à l’individu là, m’intéressent plus que les foules excitées. Je crois même avoir compris que si je faisais de la scène par ailleurs, c’était en quelque sorte pour « calmer les foules ». Les foules bien sûr, je ne les rencontre pas, mais disons le public. Je cherche à générer une certaine paix chez celles et ceux qui, pour beaucoup, sont venus étancher leur soif d’enthousiasme ; à calmer leur enfance primaire pour aller jouer ailleurs. « Ça calme » comme on dit. Pourtant c’est cette même énergie enfantine que j’utilise pour leur lancer des seaux d’eau froide. (C’est là un aspect technique de ma psychologie scénique que je développerais une autre fois.)

Car c’est le goût du sang en bouche qu’un certain public en mal d’euphorie vient souvent réclamer au nom de sa jouissance. Il veut être excité, s’il ne l’est déjà en arrivant ; et par delà, comblé d’extase. J’ai souvent entendu dire ou dit moi-même il fut un temps où j’étais encore spectateur, « c’est faible » ou « ça manque de … » au lieu de simplement exprimer « ça ne me correspond pas ». Ce goût, partagé par les femmes comme par les hommes, même si les plus hétéros parmi ces derniers affichent moins librement leur hystérie, est tout simplement l’attente du phallus, le désir d’être rempli, l’appel à une pénétration brutale qui vous empale, vous cloue sur place et vous transcende … Bref la culture des spectateurs/trices occidentaux les poussent à vouloir être retournés dans tous les sens, à se sentir pris par tous les trous et secoués comme dans une attraction de la foire du trône, ce dernier étant ici bien nommé. À leur insu et suivant des valeurs que les plus féministes ou gauchos renieraient, ils/elles veulent atteindre l’acmé orgasmique sous une forme phallique ; jouir de leur posture et en avoir pour leur argent (particulièrement quand ils n’ont rien payé ; mais c’est ici l’un des plus beaux syndromes de la lâcheté humaine : « plus je paie cher, moins je la ramène » ou « plus les artifices du cadre m’en impose, plus je le vénère », qui mériterait à lui seul un long billet) ; s’être bien fait baiser et en ressortir chamboulés, échevelés, en sueur et la tête sous le bras pour enfin pouvoir crier « au génie » (traduction courante et bien connue des dîners parisiens de : « j’ai rencontré Dieu (avant Toi) ; tu rates une révélation si tu n’y vas pas à ton tour (sur Mon conseil) », preuve que l’ego se satisfait bien par le cul.

Devant cette supposée et soi-disant légitime attente, mon unique réponse de créateur, gentille mais ferme, pourrait être : « Tu sais, ton narcissisme débile d’individu qui oublie sa condition de misère et par là même la misère du monde, me débecquette. Mets toi bien dans la tête que j’en ai rien à foutre de te faire jouir. C’est même pour ça que tu viens ; pour qu’un mec comme moi te rappelle que tu n’es rien ; que tu ne mérites rien ; que personne, aucune entité ne te dois rien quand bien même tu lui aurais abandonné ta chemise et ce, malgré le sentiment qui te conduirait à considérer qu’une fois lavé, pomponné ; l’aisance de ton compte en banque bien vérifié ; une fois sorti/e dans la rue, prêt/e à affronter les intrigues bidons du théâtre social, tu pourras trouver refuge dans une communauté de vues qui te protégera et te permettra de te sentir à ta place, au chaud parmi les tiens. Non, il n’y a aucune place fiable et réservée pour toi ; c’est ainsi et en le disant, je te sauve du paradis magique des imbéciles heureux où tu traînais encore. Non, il n’y a aucune famille, ni modèle social solidaire, ni vraies communautés humanistes. Au fil du temps, les individus s’égrènent, se dissocient et préfèrent bâtir leur petit nid plutôt que de pleinement adhérer à un collectif.

Eh oui, abandonner sa fraîcheur est un job qui s’apprend.

Certain/es diront que je n’y m’y prendrais pas mieux si je voulais ne pas être suivi. Ils/elles auraient raison. Je ne le veux pas. Je ne souhaite pas être un objet de culte aussi riquiqui que soit mon église. Tout ce à quoi j’aspire serait de vivre dans la quiétude d’un monde amical où chacun/e serait libre et autonome et qui pour autant ne trahirait pas, ne médirait pas, ne nuirait pas, n’assassinerait pas pour le plaisir de combler sa frustration d’être contrarié par la vie, simplement parce que les autres, différemment, existent.

Fin du prologue

J’en viens ici au fait, à la pulsion qui sous-tend mes mots depuis le début de cette page et qui, à mes yeux, nécessitait ce long préambule en guise d’introduction à mon positionnement.

Ou : « comment une soif absolue de paix, d’apaisement et de calme peut, si elle se voit trop irritée, se muer en un appétit mortifère de détestation ».

Cette pulsion vitale, qui pourtant tombe sous le coup de la loi en terme « d’incitation » fortement réprouvée par le masque social, c’est la Haine :

Une haine pure et brillante comme un éclat de verre au soleil. Une haine enfantine comme elles le sont toutes quand l’amoncellement des déceptions et de l’effondrement des rêves est devenu trop palpable.

Ma propre haine, pure, saine et simple face à celle, plus ou moins affichée, des opposants et détracteurs du mariage pour toutes et tous.

Mon envie rêvée, fantasmée (si j’en ai encore le droit dans cette société qui nie aveuglément notre fond bestial) de tuer, éradiquer, exécuter sommairement en dansant tel Zarathoustra, quiconque s’octroie le droit de s’opposer au bien être de ceux et celles qui y voient là une consécration, une reconnaissance de leur lutte à exister selon leur envie.

Je ne vais pas débattre. D’autres l’auront fait ou le feront ; sûrement des milliers d’autres oralement ou par écrit.

Je ne vais pas débattre parce que quand on croit qu’un principe est bon, il ne faut pas débattre.

Parce qu’il n’y a aucun débat à avoir sur l’égalité et l’universalité des droits à s’unir avec qui bon nous semble et d’y gagner la même considération sociale qu’une pseudo norme jalouse de ses avantages.

Parce que personne n’a à définir pour d’autres ce que devrait être le modèle parental idéal, surtout quand il est nourrit d’une si évidente haine « raciale » à l’égard des autres sexualités que la supposée « dominante » (invérifiable pourtant dans les pratiques réelles et la tête de chacun/e).

Parce qu’il serait temps que l’hégémonie hétérosexuelle s’écroule et c’est d’ailleurs bien là le sujet.

Parce que j’en veux absolument à ce gouvernement que j’ai contribué à élire de reculer en permettant ou favorisant « flasquement » le débat sur ce sujet, par fausse ou véritable mollesse, sentiment démocrate bidon, manque de réelle envie combative, manque de ces fameuses couilles mises en cause et évoquées plus haut dans mon prologue, mais qui pourtant dans ce contexte seraient bien à leur place.

Filles, bandez vos clitoris ; garçons, brandissez vos triques, la guerre sainte anti-dogme est déclarée ; il va y avoir de la tête dure et du cul mou à embrocher.  !

L’art et le spectacle, c’est la poésie et l’onirisme. La politique, c’est les engagements et les agissements. Ne pas confondre.

L’artiste peut et doit philosopher, mais l’individu de pouvoir n’est que le bras armé d’un peuple qui lui a confié ces armes. Il n’a pas le droit de pinailler devant les évolutions massives et viscérales auxquelles il a prétendu s’engager. S’il le fait, il nous castre de ce pouvoir dont il n’est que dépositaire.

C’est donc une méthode indigne que de s’appuyer sur des espoirs aussi essentiels pour gagner des voix et de tempérer ensuite l’enthousiasme légitime ainsi suscité, par une modération toute « parentale » et le risque d’un débat qui n’a aucunement lieu d’être.

Ce gouvernement se comporte ici avec une fantaisie irresponsable de saltimbanque qui ne lui appartient pas, en ne se résolvant pas à tenir plus fermement sa parole. L’enjeu est très important pour une réelle évolution des mœurs et des comportements ; pour aller vers l’éradication d’un des racismes les plus universellement répandus qu’est l’homophobie et qui, quelque part, sous-tend tous les autres dans une logique associant « infériorité », « sous-humanité » et « féminité ».

Une fois annoncée, une telle loi, ça doit passer. Il faut que ça passe et puis c’est tout.

Mitterrand n’a pas tergiversé pour faire abolir la peine de mort comme il l’avait promis ; six mois après son élection, la loi était promulguée.

C’est d’une égale importance, car il en va évidemment bien plus ici que de l’union formelle de deux personnes. Par son inscription en tant que loi, c’est la reconnaissance et la mise sur un pied d’égalité officiel de l’homosexualité avec l’hétérosexualité et par là-même, de la bisexualité.

On ne procrastine pas sur des sujets aussi fondamentaux quand on est élus de gauche.

Et Dieu sait (décidément encore lui !), si je n’en ai personnellement rien à battre du mariage quel qu’il soit. Ce n’est pas dans mes projets et j’ai particulièrement en horreur les couples qui cocoonent. Mais les choses prennent aujourd’hui une autre tournure. Celle d’un affrontement, pour ne pas dire d’une guerre larvée.

Ah évidemment si j’en avais les capacités sans tourner de l’oeil et si j’étais pleinement convaincu de l’efficacité des résultats, je ne m’en priverais pas d’une bonne guerre.

Quitte à ce qu’elle commence petite, comme une guérilla de quartier. Tu penses, depuis le temps que j’en rêve – et je ne suis pas le seul, c’est sûr, d’expéditions punitives façon Klu Klux Klan contre des homophobes clairement identifiés ; histoire d’inverser la tendance fort bien tolérée par les états ma foi, des casseurs de pédés qui sévissent à toutes époques et relativement impunément. Qui n’a pas souhaité, si il ou elle est un tant soi peu concerné/e, que la terreur se retourne contre celles et ceux qui l’ont générée et que pour une fois, ils et elles soient forcés de brimer leur bêtise et de réfléchir à deux fois avant de l’exprimer ?

Seulement voilà, s’il est sûr que le premier coup donné me ferait grandement plaisir, l’idée d’un déchaînement de violence ne me séduit pas. Une fois les chaires meurtries et dégoûtantes de sang, une fois les os brisés et le corps mutilé pour le restant de ses jours qu’a-t-on gagné, à supposer que la rage nous ait donné la force de l’emporter ?

Retourner la tendance ? Pour un temps oui.

Éradiquer l’homophobie latente et la bêtise envieuse ? Non.

Seule l’inscription dans la loi, associée au mixage social officiellement reconnu permettent l’entérinement d’une évolution des mœurs et des mentalités amenant la population, tout comme le public d’une création, à reconnaître par une habitude instaurée, que tout, définitivement TOUT ce qui existe dans la nature EST NORMAL et qu’il n’y a pas de hiérarchie des genres.

Que les droitistes, religieux, négationnistes de tous bords, de la nature humaine et de la diversité des genres et des cultures, arrêtent de nous faire chier avec leur fantasme du péché et du Monstre. C’est à eux de se soigner à coup de bonnes psychanalyses adéquates, voilà tout.

Figurez-vous que mon romantisme aimerait bien, histoire de m’échapper un peu de ce monde plus dur que l’iridium, mais les monstres malheureusement … ça n’existe pas.

En fait de monstres et de démons, sur la terre comme aux cieux, il n’y a que des sales cons.