Défense du masque Ulin

Défense du masque Ulin - David Noir
Défense du masque Ulin - Performance - David Noir - #frasq Galerie Nivet-Carzon - 31 mai 2014

Entendez la voix du monstre :

#frasq

Mesdames, Messieurs, suite à un mouvement de grève d’une certaine catégorie d’un genre personnel, nous ne sommes pas en mesure de vous présenter le programme prévu.

Veuillez nous excuser pour le gène occasionné.

 

Comme les enfants morts nés d’une poche trop serrée

Comme les chats sans regard sous un plastique noué

Comme le papier se gaufre

Comme l’éléphant se vautre

Dans tabou redouté

 

Je ne suis pas la monstruosité annoncée

Je suis un homme

Garçon

Je suis un être humain

 

Je ne fais pas trop de chichis, de manières de mon corps exquis,

De pas maint’nant, de je t’en prie

 

Tu vois là, à présent, je suis plus belle que toi.

Je me sens étranglement bien,

Voluptueusement pachydermique derrière la barri-crade de mes défenses empiriques

 

C’est le matin, j’ai froid

Débarrassé de l’urgence de saisir ta croupe, je m’auto suffis par essence

Plaie mobile, je saigne et pourtant je survis, vie, vie, vidéo

Je dois saisir mon appareil photo

Sculpter ce safari à mes oreilles frémissantes

Je m’imprime en 3 D la mélopée de mes cris de brousse

Je cherche désormais d’où suintent mes humeurs,

Tu vois, je pleure

Mais quelle horreur est-il ?

Sois gentil, dis-le moi car moi, je ne sens plus rien là

Plus rien pour me soulever le cœur

 

Comme le papier qui se gaufre

Comme l’éléphant qui se vautre

Dans tabou

J’aime le blazer désabusé qui épaule ma masculinité depuis l’orphelinat

 

Je suis homme

Je suis un être humain

Je suis virilité mais je manque de bras pour battre l’air autour de moi

J’ai ma queue comme chasse-mouches

 

Par mon appendice je m’accroche à vos bouches

Suprême collage génétique

Je trompe ainsi mon bon public

 

Ne reste donc pas bouche bée,

On n’admire pas les éléphants si on n’accepte pas les noirs

J’ croyais qu’ t’avais compris Babar

 

Salope !

Le mot salope est tempétueux.

Il excite, au rythme des passions phalliques,

 

Salope, celui et celle qui ne demande qu’à jouir 

Aime à jouir, ne cache pas son plaisir

À quatre pattes salope !

Ton fantasme va plus loin que ça

 

Au-delà des mots, salope !

Rêve d’une vulve endiablée,

Salope, étonnante beauté,

Pourquoi l’humilié fait vibrer ?

Mais qui baise-t-on au fond de ces contrées ?

 

La honte visse son trophée dans le mur de ma fébrilité

Chasse, accours, viens jusqu’à moi

Je ne connais pas ces gens qui courent, fêtards 

Je ne connais que leurs avatars

 

J’aime le blaser respectable qui m’épaule tout au long des couloirs où je retrouve les miens pour boire

 

Bien élevé, moi je vis comme un homme véritable

Les beaux mensonges sont bannis de ma vie raisonnable

Bobard hait la vieille dame aux genoux cagneux qui supplie : « Caresse mes cuisses déformées je t’en prie»

 

Eh les fentes manichéennes, il est trop tard pour m’aimer, vilaines,

Pour accueillir en noir et blanc le turgescent tourment de ma peine   

 

Remontée en substance de la semence de mon cerveau reptilien à hauteur de mon néocortex.

Retour primitif à mes vrais instincts qui eux seuls me veulent du bien.

Oui, en vérité je vous le dis, tout pouvoir est un abus

Tout effort de conviction, un viol avec pénétration.

 

Tu es prise au piège de mon foutre gluant, salope !

 

Ainsi les braconniers violents se sont soulagés dans ma chair jusqu’en dessous de ma peau épaisse

Dans la viande de ma viande, sous la rugueuse vigueur de mes fesses

 

Sans défense des barricades, je ne donne pas cher de la dépouille de nous autres dilettantes sexuels

J’urine à profusion sur vos simagrées de dévotion, de séduction

J’éventre le premier qui doute et même si j’en meurs empoisonné, je broute le textile des nations

 

Le voile me donne des vapeurs, laïques et obligatoires.

Tant pis, mon pied imposant, racorni te servira de porte parapluie.

 

Bientôt, nous irons nous coucher dans les cimetières d’en haut,

La connaissance est un fardeau

Il est temps de mourir idiot.

 

Les pénétrables sont aujourd’hui en élevage.

Les humains, qu’ils soient noirs, blancs, jaunes, élèvent le soumis comme les fourmis le font des pucerons.

Comme les fourmis le font des pucerons.    

 

Homme trop petit pour m’étreindre, je t’écris des mots simples pour qu’ils puissent entrer dans ta trogne.

 

Monstre heureux je ne suis pas comme toi car je me fous des choix qu’il faut faire pour mon bien.

Je fais avec mon handicap. Ç’eut pu être pire face aux chasseurs d’ivoire et d’ébène noir, qui débordent.

 

Humain, erreur du petit « a » jusqu’au grand « Z », tu t’es trompé de horde

Je te vois, jeune, filou, lointain, narcisse affamé de chair, lécher les bottes des puissants.

Je ne peux pas vouloir ta mort pourtant, mais ton espèce m’a m’oublié

Toi, tu me trahis, moi qui t’aimais, charmant.

 

Artifices et dégénérescences sociales résonnent dans ton coeur.

Tu pourris ma nature, adulte avide de vaincre et tu nuis à ceux de ma race.    

Être un homme, ce n’est pas toi et ta vie affairée.

Adulte, tu es enfant mal vieilli en panique à l’idée de te voir soupçonné d’un geste irresponsable.

 

Éducateur, gouvernant, décideur, dirigeant, mâle aux convictions fallacieuses, femelle en quête de reconnaissance douteuse,

Tu n’es qu’une bouse avec un costume autour.

 

Puisqu’on en est là ensemble, dans ce capharnaüm des horreurs, accepte cependant ma poigne dégénérée et couchons-nous de bonne heure.

 

Demain nous irons nous promener dans ton monde, faire le tour du propriétaire où t’es rien.

Que dis-tu de ce cadavre mutilé sur le bas côté du chemin ? De ce cadavre au sourire exquis ?

 

Pardon si je fais de la poésie, mais la mienne ne peut orner ta bibliothèque en teck.

Il y a cette haine qui ne peut cesser de se dire, venue de mon tréfonds millénaire

 

Mais tout ça, quelque part, tu n’y peux plus rien.

Car il faut bien manger, il faut bien jouir et aimer,

Il faut bien enfanter, il faut bien faire carrière,

Il faut bien faire passer pour des aptitudes ses connaissances légères.

Il faut bien adhérer aux lois du genre et de l’espèce.

Il faut bien obéir à tout ça.

Même si tout nous blesse

 

MLF hante encore ma nuque clairsemée, même si je ne crois guère pouvoir finir qu’empaillé par ces dames bien intentionnées

 

Aujourd’hui je vous invite toutes et tous à la ruine de mon biotope

Pour toujours et à jamais, bien solennellement devant vous, je marie la forêt

 

Retrait du masque. Visage affublé de prothèses.

 

Bonjour, bonjour les p’tits éléphants !

Alors comment ça va ce soir ?

 

Chanson

 

« Au printemps, au printemps, au printemps j’aurai 16 ans … »

Au Printemps - Marie Laforêt (1969) - Interprète : Marie Laforêt - Compositeurs : Pierre Cour / André Popp

 

Mesdames, Messieurs, suite à un mouvement de grève d’une certaine catégorie d’un genre très personnel, nous ne sommes pas en mesure de vous présenter le programme prévu.

Veuillez nous excuser pour le gène occasionné 

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© David Noir 2014

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... merci de votre curiosité ...

 

Défense du masque Ulin – Performance le 31mai 2014 – 19h – #frasq à la Galerie Nivet-Carzon

DÉFENSE du MASQUE ULIN
Performance solitaire / action visuelle et sonore.

David Noir-#frasq-Défense du masque Ulin
Fils de la jungle et de Kipling, éléphanteau, trompe écourtée, trompé de mensonges sorciers, quitte libre sa savane, devient garçon douillet. Monde hostile m’a civilisé et fait de moi pantin de bois bandé. Là y poussa mon nez. « Eh les filles pas encore nées ! Je vous attendais, vous savez ? Eh les fentes manucurées, MLF hante ma nuque, c’est la curée ! » Mon bobard hait la vieille dame qui n’a cure de mes ongles rongés. Barrissement humain, plainte hululée.

Plus d'infos pour y assister et découvrir les autres propositions de la semaine #frasq à la galerie Nivet-Carzon

Journal des Parques J-17

Deux ans de vacances – série adaptée du roman de Jules Verne, réalisée par Gilles Grangier et Sergiu Nicolaescu (1974)
Deux ans de vacances – série adaptée du roman de Jules Verne, réalisée par Gilles Grangier et Sergiu Nicolaescu (1974)
PARQUES – MODE D’EMPLOI – partie 5

3 phases pour le premier groupe de dates 

  • 24 avril : LA FOIRE AUX CONSCIENCES

J’ai indiqué sur le site:

Orientation des improvisations, choix des textes résolutions, résultats, ni réussites ni échecs, prendre une voie, ne rien regretter

Bon, on a bien chanté, baisé, bu, rigolé. On s’est bien démasqué. Bof ! Tu t’en vas ? Et la constance alors ? Demain tu seras qui quand tu me croiseras dans la vraie vie ? 

Dérive des continents

L’apparence existe, je l’ai rencontrée. À toute heure, en tous lieux, à toutes époques de ma vie. Ami/es, amant/es, partenaires, connaissances, famille... l’apparence est un masque fin et translucide qui se glisse entre la peau et l’âme afin de brouiller les pistes identitaires et désorienter les radars des interlocuteurs/trices de passage. Une vraie microchirurgie opérée avec soin et habileté dont le résultat est proprement bluffant. Là, nous sommes dans les hautes sphères de la mascarade, loin des grossiers liftings. Ce n’est plus l’épiderme qui est retendu, c’est un bouclier invisible qui déploie ses ailettes en un parapluie convexe et hermétique à toute velléité de communication trop intrusive. Indétectable de prime abord, c’est l’arme défensive absolue qui protège une personnalité d’être trop disséquée, mise en cause, découverte, soupçonnée de malversations affectives ou même simplement, touchée au cœur.

Je ne lui connais aucune parade efficace. C’est s’époumoner en vain que de hurler à la vérité, que de se répandre en supplications pour que s’ouvre, ne serait-ce qu’une minuscule entrée, à la sincérité de l’autre. Pas de faille. Quand il se met en ordre de marche, le mécanisme du déni d’amour est imparable. Sa surface est dure alors comme le roc. On a beau s’être cru aimé, au moins apprécié pour ce qu’on était ; avoir été persuadé de se sentir en phase, en accord sur des points de vue, tout ce qui a fait le lien supposé est balayé par la clôture sans retour en arrière possible, des parois du masque de l’apparence. Le verrouillage est instantané et l’on comprend alors qu'il a été programmé de longue date. L’accès au corps, le toucher, l’échange profond, la proximité des vues, la complicité de cœur … tout l’arsenal de la relation est déclaré non grata à l’instant même. Anéanti, désespéré, on se perd alors en conjectures sans parvenir à saisir l’extrémité du fil qui, si l’on tirait dessus, déclencherait le retour à l’instant d’avant appelé à grands cris. Le processus s’avère tellement rôdé que la colère, peut-être légitime, ou l’expression émotionnelle de l’événement qui expliquerait ou donnerait les clefs d’un tel revirement, n’y ont pas leur place. Tout se fait en « douceur ». Le moment de panique une fois vécu, on s’aperçoit, penaud et désarmé que la lutte est perdue, qu’il faut ravaler à jamais son espoir de toute réconciliation de fond. Une cause logique à cette rupture malheureuse : on s’était trompé sur toute la ligne depuis le commencement.

Bien sûr, on est fautif. De telles choses ne se produisent pas d’elles-mêmes, sans raison. Ego flatté, espérances auto-nourries, erreurs manifestes d’aiguillage, auto-persuasion impardonnable, on n’avait qu’à être vigilant ; qu’à ne pas désirer croire à ce point à l’inconditionnalité de l’amitié, de l’amour, des affects quels qu’ils soient, sur la simple supposition d’une sympathie mutuelle. C’est que l’on avait omis de pleinement considérer une condition s’avérant souvent fatale à tous liens : le contexte. Rares sont les échanges qui résistent à ce facteur décisif, contre vents et marées. Le contexte contient le code génétique de la rencontre ; il peut être mortel de l’oublier. Game over.

Sentant le sentiment d’injustice et la rage enfantine de la désespérance monter, on nous rabrouera gentiment, dans un geste de chaleur, au mieux, paternaliste, au pire, condescendant. On nous remémorera qu’il ne fallait pas tant s’emballer ; qu’il faut prendre en compte la nature mobile des sentiments qui est à l’œuvre dans la séduction d’un moment et qu’après tout, la vie n’est que le fruit de ces moments successifs. Aucune argumentation, la plus sincère soit-elle, ne résiste à l’invocation de la fragmentation temporelle. Cette petite divinité de poche, bien pratique, permet de dire tout et son contraire, assure de pouvoir revenir sur son engagement sans ecchymose. L’apparence est là, huilant sa mécanique en sourdine, prête à s’incarner en remplacement du visage avenant dont on portait l’image en son cœur.

Malheur au coupable naïf qui dépose avec insouciance le petit paquet de sa confiance en autrui dans le même panier que celui qui contient son avenir. Personne n’est l’avenir de personne, contrairement à ce que quelque poète connard et suffisant a pu dire pour faire mousser l’égocentrisme de ses vers. Le seul devenir d’un individu tient tout entier dans la garde de son épée et la poigne qu’il développe pour la tenir. Il ne s’agit pas pour autant de renier la force de la vison, la pertinence des projets qui guident le cheminement de chacun/e. Il est juste utile de se souvenir que leur croisement avec ceux des autres n’est que fortuit et éphémère. Et si leur communauté itinérante progresse joyeusement quelque temps, la prudence réclame de prendre régulièrement de la hauteur pour mieux anticiper les bifurcations qui s’annoncent à venir. Les routes droites et méticuleusement goudronnées n’existent pas dans la nature et pas davantage dans la nature humaine. Il n’y a pas d’autoroutes tracées d’un trait franc et limpide, reliant les cœurs des hommes. Sommes-nous tous/toutes fourbes pour autant ? Au risque d’écorcher une certaine idée du sacré, je crois qu’il faut répondre « oui ». La peur, l’arrangement avec sa propre conscience, sa morale flexible, ses accès d’aigreur font de l’être humain un animal sans constance, imprévisible et dangereux du fait de cette imprévisibilité même. Le mensonge a sa fonction et son utilité pour s’épargner l’usure qu’engendreraient des luttes trop quotidiennes, surgissant au détour de chaque propos honnête qui se trouve confronté à un autre. Trop fatiguant, trop exigeant ; sans doute ne peut-on nous en demander tant à nous-mêmes, en plus de la préoccupation de sa survie matérielle. Les traîtres n’en existent-ils pas pour autant ?

La justice prend bien souvent des années pour juger des criminels de guerre dont le sort serait bien vite expédié si on les laissait à la vindicte populaire. Des années pour comprendre le fameux contexte dans lequel les événements sont advenus. On voudrait rassurer l’espèce sur elle-même en mettant à jour des raisons autres qu’innées, que seraient la faiblesse, l’inconséquence, la haine gratuite et la violence bestiale. Au fond, la justice du monde aimerait tellement n’avoir à faire qu’à des innocents. Mais n’est gratuit que ce que l’on décide un jour de ne plus contrôler. On lâche les chiens de sa propre vengeance. En amour comme dans les faits divers ou les grands conflits de ce monde, on ne peut en vouloir aux traîtres, aux assassins de se venger, car il y a toujours en nous, quelque part, quelque chose qui subsiste des déceptions fondatrices de l’enfance ou plus tard, de la vie s’accomplissant de travers. Les procès, de ce fait, excitent, comme le sang ameute les requins. Nous tous et toutes sentons venir de loin, la fébrilité froide ou hystérique de ceux/celles qui ont « craqué » et laissé libre cours à leurs démons internes. Lors, l’apparence n’est plus. Le masque éclate. On veut voir ce qu’il y a derrière. On redoute d’y découvrir le banal visage d’une femme ou d’un homme du commun. On craint naturellement de trop s’y reconnaître. Alors c’est tant mieux si le monstre se plait dans son rôle, s’il continue à agiter sa marionnette fantoche revendiquant tous les vices. Ouf ! Tant mieux, tous étaient regroupés là. Un bon coup de filet dans la nasse aux horreurs. On n’y croit guère car l’on sait toutes et tous, que ni la haine, ni la violence ne s’attrapent comme un virus. Pardonner pour autant ? Non. Les crimes sont trop atroces pour qu’il soit supportable de les effacer d’un revers magnanime. Qu’en serait-il du devenir de la morale si l’on se mettait à dire : « Vous avez violé, massacré, trahi ;  tant pis. Ce que vous avez commis est affreux, irréparable. Oui, c’est bien l’irréparable que vous avez perpétré et de ce fait même, nous n’y pouvons plus rien. Excusez-vous. Repentez-vous du tréfonds de votre être. Rentrez chez vous. Ne recommencez pas » ?

Les victimes, le corps social, toutes et tous crieraient vengeance. Que justice soit faite ! signifie Que la vengeance s’applique ! La punition ne crée pas la prise de conscience et la volonté de faire prendre conscience est en soi une erreur tactique. Il existe certes, des facteurs biochimiques, des maladies mentales - pour le dire vite - qui favorisent comme on dit, sans toujours en entendre la profondeur du sens de l’expression,  le passage à l’acte.

Ce sont des cas extrêmes et la violence des rapports n’a pas besoin d’en appeler à ces exemples terrifiants pour montrer qu’elle existe. Profondeur car ce simple article « le » mis à la place d’un « un » devant passage à l’acte, cette dénomination fatidique proférée par le langage courant, nous enseigne que l’acte est tout prêt, chez tout un chacun/e, à potentiellement exister. Il ne s’agit pas de le remettre en cause. C’est un œuf que la civilisation a appris à ne pas laisser éclore, à ne pas laisser venir à terme et que s’en libère sa créature hideuse, méconnaissable à nous-mêmes qui l’abritons. Oui, l’acte, la mise à mort,  la dégradation plus bas que terre, on le sait, s’opèrent quotidiennement. Le secret de sa composition moléculaire est indéniablement pour moi, à peine caché dans la texture de cette fine seconde peau qui compose notre maquillage de jour. L’apparence, hypocrisie banale qui s’applique à même le corps le matin, fait pénétrer son petit sérum dans nos fibres, prêtes à se gonfler d’un coup au moindre signe d’une agression légère. Car si le masque sait se rendre hermétique à toute tentative de pénétration extérieure, il offre une porosité extrême à son revers. À l’aide d’une simple pichenette, inflexion, vexation, micro douleur narcissique, nous activons l’interrupteur et la cybernétique humaine est prête à prendre le relais des mouvements du cœur, de la tendresse naturelle, de l’intelligence émotionnelle. Les traîtres sont en ordre de bataille et Métropolis est lancé. La journée va être belle. Peut-être même qu’on va rencontrer quelqu’un ! Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui tu protèges le mieux ?

Je ne m’attends pas, dans cette Foire aux consciences, à ce que les Parques remettent, ne serait-ce que pour quelques heures passées ensemble, le tissage sans accrocs de nos vies à plus tard. Rien ne rompra le cours du déroulement des fuseaux selon la norme de nos rapports policés. Le spectacle, aux ambitions les plus profondes soit-il, ne peut être rien d’autre qu’une distraction. Mais se distraire a sa valeur, car, bien mis en condition, il est possible que nous échappions, par omission de vigilance, à la défiance apeurée que nous inspire au fond le reflet dans la glace sans tain de nos semblables. Il ne s’agira pas de singer l’enfant ou de croire facticement à une naïveté stupide, qui sont autant d’impasse où se fourvoient les mauvais acteurs. Bien jouer n’est pas faire semblant de façon plus ou moins crédible. C’est au sens de la partie d’échec avec soi-même qu’il faut d’abord l’entendre, avant d’aborder la rencontre et l’affrontement pour rire, qu’il se révèle avoir les apparences de la sincérité ou de la théâtralité du grand guignol.

La partie ne sera à coup sûr, ni gagnée, ni perdue car nous reprendrons nos vies à sa suite et n’en reproduirons pas l’enjeu. Mais il est possible que naisse, sans que nous y prêtions tout à fait garde, une humeur s’évaporant de l’ensemble. Allers et venues des visiteurs/teuses n’auront de cesse de faire évoluer température et forme. Si nous parvenons sans volontarisme outrancier, à maintenir échafaudé le ciel de cette atmosphère nouvelle au-dessus de nos têtes et la laisser descendre jusqu’à y baigner tout à fait, se créera possiblement un aquarium d’espèces différentes, dont la prédation ne sera plus l’unique fer de lance. Dans ces abysses, je souhaite que l’obscurité progressivement se fasse afin que, devenus aveugles à nos atavismes de toutes natures, nous puissions nous mouvoir par le battement de nageoires soudainement apparues. Que ne s’efface alors surtout pas l’individu, sous peine de nous réduire d’un bloc à un banc de maquereaux. Dans le grand ventre de la baleine Générateur, nous verrons bien alors, peu à peu accoutumé/es à évoluer à la lumière d’autres lueurs, si nos destinées de Pinocchio sont aptes à autre chose que de rechercher leurs vieux parents avec leur bagage de valeurs, échoués sur un morceau d’épave. Pardon, mais qu’ils y restent seuls encore un peu. J’ai mieux à faire pour cesser de mentir à ma vie, que de porter assistance à mes éternels souvenirs, ancrés comme des rafiots dans les abîmes de ma chair.

L’estomac du grand cétacé se visite à son aise, une fois débarrassé de ses a priori, vêtements trop lourds pour ne pas entraver la marche. Grandir encore ? Non, merci ; ça je l’ai déjà fait. La pleine intelligence, celle qui noue en une même pelote de synapses, corps, sensitivité, esprits et comportements, requiert un stade qui n’est plus affaire de croissance, mais de désincarnation de ce que l'on pense être « soi-même ». Quitter son poste de garde ne doit pas se confondre avec un voyage astral auquel je ne crois guère. Simplement autant que difficultueusement, l’objectif proposé invite à oublier un temps l’importance qu’on s’accorde, en ayant bien soin de ne rien abandonner de sa personne au vestiaire. Ni reniement, ni oubli débridé du réel, c’est aux antipodes de tels concepts qu’il faudrait se situer pour entreprendre une plongée sans accident de parcours. L’invisible se fait jour, mais nos corps ne doivent pas s’effacer derrière cette entité nouvelle. À quoi bon, en ce cas, tant d’efforts à calmer le rythme  de nos inspirations d’air. Des branchies ? Pourquoi pas si la mutation se révèle si profondément organique. C’est jour de fête et les forains n’auront pas encore alors, remballé leur attirail. Sympathique attribut de la scène : en quelques coup de palmes, un océan existe. À nous de faire qu’il ne se pollue pas, à peine apparu, de mièvreries de surface.

Je n’ai jeté, depuis toutes ces années, dans les flots saumâtres affluant dans ma rade, les morceaux putréfiés de la dépouille pantelante de ma propre histoire, que pour qu’ils nous servent un jour dans cette performance, de radeaux. Si le dégoût ne vous saisit pas de haut-le-cœur à leur contact, agrippez-vous-y pour rejoindre le large. Je ne peux vous promettre d’y croiser, baladé au gré des errances, un bois flotté, dont la forme étrange et poétique à nos yeux comme sont celles des nuages, vous concerne. Aux plus téméraires d’aller voir.

À travers l’exécution de cette symphonie chaotique à dizaines de mains, je crois juste qu’il est possible de réécrire et faire entendre durant ces heures, une morale un peu différente, pour clore à notre idée, finalement, les contes, de fait.

Journal des Parques J-20

David Noir - Les parents Couille
Les parents Couille - Microfilm (Définitives Créatures - David Noir)
Les parents Couille - Microfilm (Définitives Créatures - David Noir)

(Cet article fait suite au préambule écrit dans le post précédent)

Je n’ai cherché, tant qu’il était en vie, qu’à décevoir mon père, pourtant bien résolu, au moins dans mes plus jeunes années, à me placer bien haut au panthéon de ses admirations. J’entrepris cette éprouvante démarche, partiellement anti-productive à mon endroit, afin de ne pas être pris dans la nasse de son exigence surfaite, infondée et injuste, car émanant d’un homme incapable d’y répondre lui-même, la preuve ayant été faite de ses propres échecs. Cet élan ne m’a néanmoins pas porté à le fuir, ni à atteindre des sommets loin des siens et de natures plus proches de mon tempérament, car malheureusement, son caractère souvent ludique, son humour enfantin quand il n’était pas potache, sa tendresse souvent exprimée et la déception triste qu’il avait de lui-même et qu’à certains moments il me laissait parfaitement entrevoir, m’attachaient naïvement à lui. J’ai donc dépensé une part importante de mon capital de vie à résister, plus que combattre, à l’affection que je portais à un homme que j’aurais voulu rejeter tant il me désappointait, d’étonnements abasourdis en découvertes dépitées, par la faiblesse de sa réelle nature. Il fut un lion de papier, un magicien d’Oz gesticulant de pathétiques ombres chinoises; finalement, simplement un représentant de l’art de la prestidigitation qu’il pratiqua assidûment dans sa jeunesse : pour tout dire un illusionniste de la vie. Combien de prétendus adultes sont vainement comme lui et rejouent à longueur de temps le scénario de cette mascarade ?

Lui-même s’illusionna sans doute beaucoup sa vie durant, encouragé en cela par sa famille bourgeoise, dont la vanité à se sentir dépositaire d’un grand nom de la peinture ne l’aida pas. Le pauvre aurait de toute évidence, été plus heureux et plus fortuné en devenant acteur ou accessoiriste de théâtre, ce pourquoi il avait des qualités certaines, plutôt que de viser des hauteurs que, peut-être, son propre ego ne désirait même pas. Imbécillité éternellement cruelle de ces familles, de quelques classes sociales qu’elles soient, qui ne sont qu’usines à détruire les talents et les espérances des plus jeunes, en leur y substituant les aspirations des vieux. Même quand cela se passe bien en apparence et que les fils, mais également les filles, à partir d’autres valeurs qu’on leur inculque tout aussi savamment, brandissent avec fierté le flambeau qu’ils et elles ont repris des mains de leurs parents, je ne peux m’empêcher de ressentir un haut le cœur et un soupçon d’angoisse.

Ma quête, au bout de laquelle il semble qu’il ne peut y avoir de victoire tant une vie humaine semble trop courte pour échapper à un soi-même préconçu par d’autres, me pousse envers et contre tout à vouloir néanmoins m’inventer un libre arbitre. La génération spontanée était un concept qui revenait fréquemment dans les discussions avec mon père et s’il n’était qu’un clown, parfois triste autant qu’effrayant comme ils le sont tous, il était fort sensible et très loin d’être idiot. Maints têtes à têtes m’offrirent l’occasion de comprendre qu’à mots couverts, il cherchait à me faire ressentir lui aussi le drame de sa vie d’être resté attaché à un père qui, derrière le masque d’une affection charmante, ne pris jamais soin de lui faire comprendre clairement qu’il ne vivrait pas à sa place et qu’il lui fallait songer à regarder ailleurs que dans son giron pour devenir l’homme qu’il aurait souhaité être. Mais n’était-ce pas là un exemple parmi tant d’autres, de la vie ratée de bien des enfants des deux sexes dont l’existence entière consiste à dépérir lentement d’un attachement aveugle, sans jamais parvenir à rompre le lien avec le parent aimé qui, curieusement distrait par les fantômes de sa propre idylle dépressive, n’y prendra étrangement jamais garde ? Dans sa philosophie très personnelle, je crois qu’il se plaisait à considérer que la vie n’était pas assez importante pour ne pas prendre plaisir à bien la gâcher. Ainsi ne se souciait-il en réalité nullement de la mienne en tant que receleuse d’un avenir potentiel. Rien à foutre autrement dit, mais tout prêt à en deviser des heures durant ; l’élaboration intellectuelle s’avérait tellement plus rigolote que la construction fastidieuse d’un échafaudage propre à améliorer mes chances de réussir ma vie.

Adulte, toi qui n’est pas parvenu à être un homme ; adulte, toi qui singe la femme entreprenante dont tu n’as pas la fibre, je vais t’écrire des mots simples puisque la poésie de mon monde a du mal à arriver dans ta trogne. Aujourd’hui je ne suis plus un enfant au sens où tu l’entends dans ton monde de merde et pourtant, je ne suis pas comme toi, sois en sûr/e. Une confidence, vois-tu, je n’ai pas choisi d’écrire. C’est un autre adulte comme toi qui s’est servi de mon cerveau alors en formation, pour y injecter son propre désir d’être. Pour orienter mon choix d’existence. Seulement moi, je me fous des choix, surtout quand on veut me faire croire qu’ils ont été généreusement, mais fermement orientés pour mon bien ; je n’ai pas ta haute conscience des responsabilités pour mon prochain. Vois-tu, je ne m’occupe que de mes fesses, mais m’en occupe ouvertement. Alors aujourd’hui je fais avec ce handicap pour t’en toucher deux mots si tu viens à me lire ; celui d’écrire. Ç’aurait pu tout aussi bien être celui de faire du commerce ou d’être pompier. Peu m’importe puisqu’au bout du compte, ça n’aurait pas été le mien. Dans aucun cas, ça ne pouvait être le mien. Parce que je n’en ai pas. Parce que je n’en veux pas. D’aucuns de ceux qui servent ton monde, tel que tu veux qu’il soit.

Adulte, ton monde est une erreur de A à Z. Tu t’es trompé et te tromperas toujours. Ce faisant tu nous entraînes, nous, tous et toutes ; celles et ceux qui n’en veulent pas. Il y pourrait y avoir une position intermédiaire, un consensus entre nos deux objectifs, mais tu fais en sorte de ne nous laisser aucune carte en main qui puisse être une monnaie d’échange sérieuse pour que se croisent nos points de vue et ce, dés le plus jeune âge. Tu mets dans la besogne, toute l’attention dont tu es capable ; dont on t’a chargé. Tu aimes tellement reproduire. La copie, c’est ton rayon.

Alors vois-tu, pour moi, aujourd’hui c’est trop tard. Je te hais par essence, c’est ainsi ; même quand je te vois, tout jeune, à 20 ans - c’est là où tout commence - à 30 ans, solliciter les puissants et lorgner sur les basques de leur entourage. Il faut dire qu’ils te la rendent bien, cette confiance implicite de votre milieu maffieux. Oui, ce que tu penses, ce que tu crois de bon ou de mauvais, ce que tu bâtis, même d’admirable ; rien dans ton comportement infect, ne trouve grâce à mes yeux. C’est un peu triste au fond, mais c’est ainsi. Je sacrifierais volontiers ton école, tes préceptes et même ta bonne volonté à vouloir me comprendre. Je ne souhaite que la mort de ton espèce. Pourquoi ? Parce que tu fais profession de négliger la mienne ; parce que tu éduques ; parce que tu me trahis. Moi, stupidement naïf, arriéré, en arrière ; moi, qui, à chacune de nos rencontres, t’aime, toujours innocent. Toujours, toujours, sous toutes tes formes, j’en oublie régulièrement ton goût pour le pouvoir, pour la domination, pour le choix des bonnes places et de la transmission - selon tes jolis termes - qui t’assure d’apposer ton sceau sur le petit monde social que tu favorises et chéris. Vous tous, adultes êtes les criminels gentiment pédophiles, qui n’ont de cesse de marquer la virginité d’une chair neuve, sous le poids lourd de vos presse, pour y imprimer vos édits. Vous violentez avec amour pour préserver la sauvagerie d’elle-même. Oh combien c’est touchant, ces millions de Dr Moreau qui nous caressent et nous enseignent, qui nous endoctrinent pour l’amélioration de l’espèce : « Ne pas marcher à quatre pattes, telle est la loi ! » ; « Telle est la loi ! », répétons-nous, pauvres animaux bêlants, bramant. Ah si Pinocchio, pouvait rester un âne !

Oh bien sûr je ne suis pas le premier, ni le plus talentueux à te faire ce procès. Je tenterai cependant tout au long de ma vie d’être au moins un peu efficace à te la mener dure.

Adulte, sais-tu que tu n’existes pas à l’état de nature, ni toi, ni ton monde factice ? Tu es un artifice, un jouet, à des lieues de l’individu mature que tu ambitionnes d’être. Loin d’être un sage, tu es ridicule boursouflure trop épanouie d’elle-même, cancer de ton enfance, métastase sociale, dégénérescence religieuse autant que laïque, morale et politique.

Tu me comprends toujours ou dois-je faire plus simple ? Tu veux régner sur le chaos, imposer des lois salutaires. Pour qui ? Pour moi, pour nous qui nous fichons bien d’avoir du pouvoir plus loin que la mesure de nos bras ? As-tu bien vu ton monde avant de me jeter ton regard de mépris ?

Adulte, tu es un triste enfant mal vieilli, salement dégrossi, qui panique à l’idée de se voir soupçonné d’un geste irresponsable. Là, le mot est lâché. Adulte, tu crées ce monde plus injuste encore qu’il ne l’est par nature, pour déverser plus à l’aise ton hypocrisie en public et pleurer sur les malheurs de tes semblables. Adulte, qui te veux - oh combien sérieusement - père, mère, gouvernant, décideur, dirigeant … responsable ; adulte, tu n’es qu’une merde, avec un costume autour ; un air de, recouvert d’un chapeau pour, au passage du monde, pouvoir saluer bien bas.

Mais puisqu’on en est là ensemble, dans ce capharnaüm des horreurs, prends ma main, je te la prête. Allons nous promener dans ton monde, faire le tour du propriétaire que tu as voulu être.

Que dis-tu de ce cadavre mutilé sur le bas côté du chemin, de cet enfant violé, à la conscience élargi autant que le cul par tes pareils ? Pardon, j’ai encore commis un semblant de poésie et je sais combien tu y es allergique. À moins bien sûr qu’elle n’orne ta bibliothèque ; qu’elle soit ordonnée, reliée en un recueil plus compréhensible à tes yeux.

Adulte, cher petit, tu ne te souviens de rien ? Tu as tout oublié de quand tu étais moins borné, moins amer ? De quand tu ne comprenais rien et n’en avais que faire ? Quand tu ignorais pouvoir construire ta vie. Quand tu ne l’avais pas même envisagé. Quand tu n’en savais même pas le prix.

Adulte, mon ami, regarde encore un peu par là où je pointe mon doigt, une toute petite ultime fois. Tu vois, il n’y a pas que la guerre et la violence odieuse. Il y a aussi, là, toutes petites, ces minuscules façons d’être, tous les jours de ta vie. Il y a cette haine qui ne peut s’exprimer, venue de ton tréfonds et que tu ne peux t’empêcher de vomir sur tes gosses. Il y a cette petite tape d’humiliation sans conséquence, infligée à ton suppléant au passage, pour qu’il courbe la tête. Il y a cette vaste vanité secrète, que tes admirateurs prendront pour le talent de te voir un jour honoré, adoubé par tes pairs. Mais ça, tu n’y es pour rien car il faut bien manger ; il faut bien enfanter ; il faut bien faire carrière ; il faut bien faire mousser ses petites aptitudes ; il faut bien faire passer pour sérieuses ses connaissances légères et ses avis profonds. Il faut bien obéir à tout ça. Il faut bien obéir, crois-moi.

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Les Innocents - David Noir - Cie La vie est courte - Photo Karine Lhémon

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Jouer n’est pas faire semblant. Jouer sur une scène, c’est s’amuser à faire « pour de vrai ». Dans le cas contraire, zéro intérêt. Le plateau est un endroit protégé, une petite cellule douillette où l’on peut, où l’on doit, se permettre tout ce qu’il est impossible de faire dans un autre contexte. Prendre ce micro-risque vis-à-vis de soi-même et des autres, c’est la moindre des choses. S’exprimer en en creusant un peu la nécessité, c’est la moindre des choses. Tout comme notre planète nous le rappelle tectoniquement douloureusement, il y a un certain nombre de plaques à côté desquelles il ne faut pas tomber. Il n’y a pas d’inaptitude à interroger le génie humain qui est en soi, à stimuler la poésie exigeante que notre espèce a l’aptitude de s’inventer. Il n’y a que de la complaisance vis-à-vis de l’esprit convenu qui menace chacun(e) et le refus de conscience. Sur un plateau, nous ne sommes pas là pour sauver nos fesses car c’est l’endroit exposé, le moins dangereux au monde, tout au moins dans un pays qui fait mine de tolérer les libertés individuelles. Et si justement, nous ne sommes pas là pour les sauver, c'est encore davantage pour les montrer que nous pratiquons la scène. C’est une audace minimum bien loin de la lutte armée. Mais c’est un des spectacles qui recèle encore la nature du beau, quel que soit le corps qui s’exhibe, pour peu qu’il y ait une certaine nécessaire honnêteté à vouloir parler ainsi, nu et sans affect, à ses pareils. Le corps nu en dit encore beaucoup sur notre distance à la barbarie. Sa monstration est l’élégance de l’esprit qu’il transporte. Même dans les cas les plus « ordinaires » ou disons, les moins travaillés, comme l’exhibition sexuelle amateure, la nudité incarne l’humanité brute et par là même, la subtilité de son essence première. C’est ce qui nous constitue avant toute chose ; c’est le socle de la pensée dont nous sommes si fiers. « L’intime est politique » disaient les féministes. Je pousserais plus loin en disant que l’intime et donc le corps et son cortège d’expressions de l’intime, fait le lien entre nos aptitudes au jeu, à l’intelligence, la modestie, l’humour et la compréhension de tous les concepts d’existence. Jouer de nos corps tend à nous rendre moins fous et névrosés, par un affrontement à des pudeurs tout aussi politiques. Jouer nu constitue une action individuelle à faible portée pour la paix. Mais ce sont toutes les micros aventures mises dans la balances qui peuvent encore quelque chose à l’équilibre en mauvaise posture de notre monde inconséquemment dirigé.