Simulacres et attitudes sociales : les mauvais spectacles nuisent à l’humain.

Les Innocents - David Noir - Cie La vie est courte - Photo Karine Lhémon

Les Innocents - David Noir - Cie La vie est courte - Photo Karine Lhémon

Jouer n’est pas faire semblant. Jouer sur une scène, c’est s’amuser à faire « pour de vrai ». Dans le cas contraire, zéro intérêt. Le plateau est un endroit protégé, une petite cellule douillette où l’on peut, où l’on doit, se permettre tout ce qu’il est impossible de faire dans un autre contexte. Prendre ce micro-risque vis-à-vis de soi-même et des autres, c’est la moindre des choses. S’exprimer en en creusant un peu la nécessité, c’est la moindre des choses. Tout comme notre planète nous le rappelle tectoniquement douloureusement, il y a un certain nombre de plaques à côté desquelles il ne faut pas tomber. Il n’y a pas d’inaptitude à interroger le génie humain qui est en soi, à stimuler la poésie exigeante que notre espèce a l’aptitude de s’inventer. Il n’y a que de la complaisance vis-à-vis de l’esprit convenu qui menace chacun(e) et le refus de conscience. Sur un plateau, nous ne sommes pas là pour sauver nos fesses car c’est l’endroit exposé, le moins dangereux au monde, tout au moins dans un pays qui fait mine de tolérer les libertés individuelles. Et si justement, nous ne sommes pas là pour les sauver, c'est encore davantage pour les montrer que nous pratiquons la scène. C’est une audace minimum bien loin de la lutte armée. Mais c’est un des spectacles qui recèle encore la nature du beau, quel que soit le corps qui s’exhibe, pour peu qu’il y ait une certaine nécessaire honnêteté à vouloir parler ainsi, nu et sans affect, à ses pareils. Le corps nu en dit encore beaucoup sur notre distance à la barbarie. Sa monstration est l’élégance de l’esprit qu’il transporte. Même dans les cas les plus « ordinaires » ou disons, les moins travaillés, comme l’exhibition sexuelle amateure, la nudité incarne l’humanité brute et par là même, la subtilité de son essence première. C’est ce qui nous constitue avant toute chose ; c’est le socle de la pensée dont nous sommes si fiers. « L’intime est politique » disaient les féministes. Je pousserais plus loin en disant que l’intime et donc le corps et son cortège d’expressions de l’intime, fait le lien entre nos aptitudes au jeu, à l’intelligence, la modestie, l’humour et la compréhension de tous les concepts d’existence. Jouer de nos corps tend à nous rendre moins fous et névrosés, par un affrontement à des pudeurs tout aussi politiques. Jouer nu constitue une action individuelle à faible portée pour la paix. Mais ce sont toutes les micros aventures mises dans la balances qui peuvent encore quelque chose à l’équilibre en mauvaise posture de notre monde inconséquemment dirigé.

Grave et insidieux: suite « Outrage au drapeau »… C’est parti !

photo coup de coeur concours Fnac Nice

photo coup de coeur concours Fnac Nice

« Trois adolescentes en garde à vue pour avoir brûlé des drapeaux français
Elles ont 16 et 17 ans, et avaient fugué du foyer où elles étaient placées : trois jeunes filles sont en garde à vue depuis hier soir, après avoir été interpellées à Chevilly-Larue, dans la banlieue parisienne. Elles venaient de brûler et de jeter à la poubelle deux drapeaux français, pris sur le monument aux morts de la commune.
L’outrage au drapeau est désormais passible d’une amende de 1.500 euros, selon un décret du ministère de la Justice paru en juillet 2010 au Journal officiel. »

Source : http://www.france-info.com/le-fil-actu.html#Trois-adolescentes-en-garde-a-vue-pour-avoir-brule-des-drapeaux

Au milieu des événements tragiques du Japon et des massacres en Libye, cette information risque de passer relativement inaperçue. Elle n’en est pas moins à mon sens, un indicateur extrêmement grave de l’orientation de la politique française actuelle vis-à-vis de la liberté d’expression. Je suis pour ma part très inquiet que de tels signes avant coureurs d’une perte notoire des libertés démocratiques, s’il était besoin d’en avoir de nouveaux, ne soulèvent pas davantage de réaction au sein de l’opinion et des médias, hormis sur quelques sites comme rue89. Cette condamnation fait suite au décret de juillet 2010 paru consécutivement au mini scandale d’un concours photo sur le thème du « Politiquement incorrect » organisé par la Fnac de Nice en mars 2010, où la photo « coup de cœur du jury » représentait un homme se torchant avec le drapeau français (article RMC ici). Madame Alliot-Marie en tête, dont on a pu apprécier récemment la droiture, avait aussitôt fait le nécessaire pour que soit inscrit dans la loi l’interdiction et la condamnation de tout acte, y compris de l’ordre de la représentation, qui pourrait constituer un outrage au drapeau tricolore.

Quelques soient la motivation, artistique, idéologique, ou d’apparence puérile, de ces actes désormais inscrits comme étant répréhensibles, il est particulièrement grave de légitimer leur condamnation d’un point de vue éthique plutôt que simplement au titre d’une dégradation de biens publiques, quand il s’agit, par exemple, d’un drapeau prélevé sur un bâtiment national.
Bien au-delà de la liberté d’expression, il est fondamental de s’apercevoir que l’intouchabilité de symboles nationaux constitue une porte immensément ouverte à la négation de l’individu.

Décréter officiellement qu’un symbole, quel qu’il soit, est sacré, revient à empêcher toute critique iconographique forte d’un régime ou d’une institution. Et l’on sait bien quel impact peut avoir l’image. C’est avoir la volonté ferme d’éradiquer le « choc » des consciences comme moyen d’interpeller ses concitoyens et de provoquer la réflexion. C’est enfin entériner la notion du « bien » comme inaltérablement liée aux instances, ainsi rendues saintes et indiscutables.
Bien que la responsabilité de la France dans la déportation des juifs ait été officiellement reconnue par le conseil d’état en 2009, nous nous ne reconnaissons pas aisément comme héritiers d’un pays criminel ayant sciemment collaboré avec le nazisme. Il y eut pourtant bien dans notre histoire récente, ce triste exemple pour entacher notre immaculé drapeau.
Loin d’insulter les résistants ou le pays lui-même, les actes de dégradations, a fortiori artistiques, de nos symboles, constituent des discours qui peuvent être essentiels pour maintenir vivant le débat et la saine incertitude sur la très discutable permanence de l’esprit de justice dans une nation. Nous ne sommes pas les « bons », nés à jamais de l’esprit révolutionnaire de 1789 et de la déclaration des droits de l’homme. Encore faudrait-il qu'en soit respectés les préceptes au quotidien par nos plus hautes instances.

« Article 11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

En l’occurrence, il n’y a pas d’abus à faire des photos et y montrer ses vues, pas plus que de griller un morceau de tissus bleu blanc rouge pour peu qu’on l’achète à ses frais. L’abus est bien au contraire, ailleurs, du côté d’un pouvoir moralisateur et politique qui s’arroge le droit de dicter à chacun et chacune d’entre nous ce que doit exprimer notre pensée pour qu’elle soit jugée digne d’être humaine.

« PRÉAMBULE DE LA CONSTITUTION DU 27 OCTOBRE 1946
…Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. »

… et non l’inverse. Il n’est dit nulle part que nous devons être et devenir les esclaves de nos symboles et de ce qu’ils représentent.

Voilà en substance, pourquoi je considère du haut de mon anonymat de petit français, que nous sommes en train d’être enchaînés par nos dirigeants, par des décisions d’autant plus conséquentes qu’elles s’appuient sur des événements risquant aisément de passer pour anecdotiques dans un contexte mondial aussi lourd.

Je sollicite vivement par là même, les réactions d’intellectuels autrement plus en vue que moi, pour éveiller les esprits sur la portée profonde de telles mesures une fois formatées et inscrites textuellement dans nos lois.

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