ET SI C’ÉTAIT VOUS  ?

Et si c'était vous ? - David Noir

… Une route dégagée, voilà ce que beaucoup recherchent et parfois, croient voir se dessiner au loin dans la géographie de leur devenir. Mais pour beaucoup, l’horizon se révèle être une toile peinte et le périple, le mouvement cyclique d’un carrousel tournant sur lui même. C’est bien souvent ce que je ressens dans ces instants où la respiration suffocante, trop longtemps contenue, voudrait s’amplifier suivant ses réels besoins et n’opère une fois encore, qu’une nouvelle révolution refoulée, venant buter contre la surface perpétuellement uniforme d’un ciel de verre …

Pourquoi du croc se décarcasse

… Mettre de la vie dans une représentation de la vie ne revient pas à en livrer une copie imparfaite. Reproduire la vie au sens strict est l’affaire des gens qui enfantent. Nul besoin de représentation pour ça. On fabrique. C’est bien ; c’est fait ; ça marche … ou pas. Mais c’est une autre histoire …

LES CAMPS DE L’AMOR – « Il faut préserver la chair intacte »

LES CAMPS DE L'AMOR - David Noir_Musique : Christophe Imbs - Photo Karine Lhémon - Le Générateur
LES CAMPS DE L'AMOR - David Noir - Musique improvisée : Christophe Imbs - Photo : Karine Lhémon - LE GÉNÉRATEUR.

Il y a un système. Et dans ce système, un mélange de genres et d’espèces. Les uns comme les autres sont de simples collages. Les dents de l’un, le chromosome de l’autre ; les fonctions vitales des unes, l’appétit sexuel des autres. Personne ne sait d’où ça vient, ni quand ça se finira. Ce sont pourtant des questions usuelles. D’où ça vient ? Quand ça finira ? Elles ont chacune leur sens. Presque toutes les questions ont un sens, des sens, intégrés à ce système et qui font ce système. La seule question qui n’en revête aucun est : Qui suis-je ?

Il y a aussi des phrases qui ont un sens de très faible portée, mais qui flottent usuellement dans le langage comme : Je vous ai donné rendez-vous. Mais vous n’êtes pas venu.

Un simple bouton radio permet à toute heure d’être connecté et de percevoir tous ces mots, ces convenances, ces banalités du quotidien, mais aussi ces râles d’agonie, de cruauté, de joie ; ces grognements, ces chansons, ces souffrances ; toute une collection de sons. C’est une importante activité entre les êtres que de tourner ce bouton et de produire ou faire entendre ces sons - jamais de silence.

Ce n’est pas la seule. Des images passent aussi, mais nous ne savons pas pourquoi. Les images, on les reçoit. Depuis que nous existons, nous les recevons sans les solliciter, sans jamais réellement les vouloir. Des sons également, mais nous avons appris à en proférer à notre tour. Tandis que des images, non. Nous n’en produisons pas. Nous sommes l’image. Nous en sommes les pixels. Nous la formons. Sans nous, pas d’image. Mais toujours des sons.

Surtout, ne cherchez pas un seul sens ; j’ai horreur des œuvres thématiques.

Aveugles, nous ne pourrions qu’entendre et nous saurions qu’il en existe d’autres, semblables à nous, rien qu’en les entendant. Quand je vois, je ne sais pas que je suis moi-même dans l’image ; que je suis l’image … passive. L’image est dangereuse car elle est passive. L’image de soi est un rêve passif ; le son, une résonance du réel, une information pratique, le relief de la pensée active. Les images de nos vies ne sont que des escroqueries, paraîtrait-il.

Pourtant, je me sens existant quand je me perçois au cœur de ce défilement iconographique si facile d’accès, technique et factice comme un montage de cinéma ; quand je peux me réduire à un dogme, au spectacle d’un divertissement, à une famille, à un univers social tout entier. Je voudrais bien lutter contre ça, mais SCRAP sans en rien dire, sans édicter un seul ordre - le fait-il seulement jamais ? - semble m’en dissuader par la caresse. Flatterie d’un collage d’images élogieuses. Pourtant, je sais bien, moi, que quand j’en suis là, résumé, déguisé sous l’apparence d’un dogme, d’un spectacle de divertissement, d’une appartenance à une famille, je suis une loque et non une personne. Spectateur béat de mon temps qui s’écoule, je suis une loque. Membre attitré d’un cercle familial, de confrères ou d’amis, je suis une loque. Je ne pense pas. Je ne suis pas.

Morceaux par morceaux, le groupe humain me démonte et me range dans ma boîte. Demain, il faudra tout reconstruire. Je suis ce beau château mis en pièces, propres et détachées, mais je suis aussi son contraire, un amalgame de jouets cassés. De ceci, SCRAP ne dit rien. C’est sans doute pourquoi mon amour est si faible, si peu désormais ou seulement sous la forme d’un sentiment instable. Son insipidité ne me gène pas véritablement, même si je sens que tout ce que j’éprouve pourrait se hisser plus haut, plus vite et moins mollement vers la surface. Je crois parfois l’atteindre. Il me semble que j’y suis déjà et à certains égards, j’y suis. Oui, je suis en profondeur et superficiel. Confusément, un repère m’indique que d’autres sentiments plus intenses existent encore quelque part, malgré l’uniformisation de rigueur et même, qu’ils pourraient perdurer toute une vie, comme la haine par exemple ou l’euphorique déni du réel.

Tenace. J’aime bien vivre ainsi. Sans savoir ce qui me tient en vie ni pour combien de temps encore.

Un jour, nous sommes allé dans ce bar où il y avait un hologramme de Marilyn qui répétait des extraits de chansons en boucle. Un ami m’a dit qu’elle buggait.

C’est à cause d’une ancienne machine, une sorte de juke-box visuel qui fonctionne encore avec des cd-rom, mais ça n’a pas d’importance. Ça donne même un certain cachet au virtuel, le bug, non ? Comme ça, on a moins l’impression qu’elle est véritablement morte. Comme souvent, c’est l’imperfection qui fait le style.

Quant à moi, je suis en passe de résoudre les conflits du désir, lui ai-je répondu. Il faut préserver la chair intacte ; ne rien vouloir modifier d’autrui. Passer à travers, oui, intact ; sans chuter, sans périr, sans souffler mot de son passage.

Marilyn a été un personnage public du genre féminin, je crois. On a même pu lire qu’elle fut une icône du genre féminin. Une sorte de symbole je crois.

Il existait bien sûr d’autres bars où les hologrammes fonctionnait mieux, où les lecteurs étaient plus récents. Mais nous aimions bien aller dans celui-ci. Nous en avions pris l’habitude. Le mode « rétro » nous allait bien.

Ailleurs, il y avait d’autres mots proférés, d’autres chansons, d’autres espaces mentaux qu’on pouvait sentir se dessiner entre les êtres. Ça fusait bien plus. C’était plus à la pointe de la technologie, mais nous nous comprenions mieux ici, dans ce cadre un peu passé de mode.

Ailleurs il y avait une chanson qui disait quelque chose comme il y a un truc qui flotte dans l’air. Je l’ai entendu une fois. Le début des paroles m’a marqué, mais je ne me souviens pas du reste.

Les rayures du CD, ça permettait de comprendre davantage ce que racontaient ces vieilles chansons au fond, même si nous ne pouvions jamais en entendre la suite. Finalement, ça en disait plus long que si nous avions eu l’intégralité des mots. C’était pour nous tous, encore une fois, un repère. On aurait pu dire aussi un repaire, mais je n’étais pas sûr alors que les expressions entendues phonétiquement puissent encore avoir plusieurs sens dans ces instants là.

De toutes façons, il était tard. La musique était devenue trop forte. Comme toujours à cette heure, on ne s’entendait plus.

LES CAMPS DE L'AMOR - Scrap II - (extrait du prologue) - Tous droits réservés - David Noir 2015 DNoir-LesCamps_Affiche_web5

Profession 2 fois : réalistement athée et mystiquement humain

David_Noir_Bouille_à_baise
David Noir - Les camps de l'Amor - Bouilles à baise
David Noir - Les camps de l'Amor - Bouilles à baise

À vous qui viendrez visiter « Les camps de l’Amor »

 

Bonjour, Bonsoir,

Je ne vais pas vous parler de ce que ça raconte, parce que j'espère bien sincèrement que ça ne racontera rien, rien de ce qui se raconte ; que ça se suffira à soi-même pour celles et ceux qui désireront le prendre ainsi.

Ordinairement, spectacle et public aiment à se raconter mutuellement des histoires. Des histoires, grandes ou petites, qui rassemblent ou qui divisent, qui enseignent, élèvent, font réfléchir, émeuvent ou défoulent. C'est possiblement très bien ; c'est possiblement ce que nous réclamons encore, mais en ce qui me concerne, et ça ne date pas d'une semaine, pas même de celle qui vient de s'écouler pour nous dans l'horreur et la consternation, je trouve ça inutile, voire néfaste de se raconter éternellement des histoires ; d'y perdre son temps, d'y complaire son esprit, de s'évader de sa prison en rêve. Les rêves de cet ordre sont, malheureusement pour moi, des petits égoïsmes de vacanciers et je n'ai rien à vendre de tel dans mes cartons. Idem pour la réclame. J'aimerais juste, ici, vous informer, mais ne pas faire de publicité. Juste dire que si vous avez envie d'être là, vous êtes les bienvenus/es. C'est une annonce, une invitation, rien de plus. Pour dire qu'il y a cet événement là et que l'on y sera, mon équipe et celle du Générateur. Maintenant, je ne veux pas vanter ce que nous y ferons, Christophe Imbs sur le plan musical et moi pour le reste, ni le rendre supposément alléchant.

Ça n'exclut pas de vous expliquer ma démarche.

Ce « spectacle vivant », appelons-le comme ça, comme les institutions culturelles nous réclament de le nommer, s'est trouvé étrangement - ou peut-être pas - raisonner en écho avec les drames qui se sont produits du 7 au 9 janvier et les manifestations et prises de parole, de position qui ont suivi et suivent encore. J'y ai découvert, me sautant au visage, le fond de ce qui fait mon engagement sur scène depuis 15 ans, le ressort, le siège éjectable qui me fait bondir hors du propos que je devrais avoir, celui d'un auteur - metteur en scène - interprète qui raconte, qui dit par voie de contes et de mystères entendus et merveilleux, "merveilleux" parce qu’il est convenu par avance entre spectateurs et acteurs que c'est ce qui doit advenir.

Pas plus que des gosses acculturés qui ne comprennent pas pourquoi ils devraient respecter par devoir une minute de silence imposée, dont la consciente et nécessaire évidence serait censée être portée par des émotions qu'ils ne ressentent pas, je ne suis capable aujourd'hui, de vivre sainement ma condition de spectateur quand cela m'arrive encore de l'être. La comparaison est inappropriée, dérisoire, mais pour l'heure, je la maintiens quand même. Je vis comme un pensum d'être contraint à m'asseoir religieusement dans le respect de ce qu'on débite plus ou moins talentueusement à mes oreilles. Le sentiment religieux : oui, quand je le veux et si je le veux. Vous voyez que malgré la comparaison, je ne suis pas vraiment du côté du prophète.

Non, j'ai besoin de vire ma foi dans la représentation, autrement. Comme nous tentons, moi et sûrement quelques autres de le proposer, je veux pouvoir tourner autour de ceux qui jouent, font semblant de jouer, chantent, bougent, pensent, lisent, sans obligatoirement que cela les perturbe ; je veux arpenter la scène comme une salle des pas perdus, comme on visite une galerie, un musée ou un zoo ; je veux goûter, plongé dans mes pensées, la prosopopée d'Hamlet, assis juste à côté de lui, les pieds pendant dans la fosse creusée pour Ophélie. C'est la ma place, au plus prêt du souffle qui engendre parole et mouvement. Bref je veux être libre de ne pas éteindre mon téléphone portable, pas plus qu'on ne le fait dans la vie désormais dans les lieux publics et pourquoi en serait-il autrement face à une scène que dans la vie ? Le théâtre n'est-il pas la vie ? N'est-ce pas à ce qui se produit de me captiver suffisamment pour créer ma stupeur ou susciter mon intérêt ? Ne suis-je pas assez grand pour m'octroyer tout seul des interdits de circonstances si je le juge nécessaire ? Mon métier d'homme est donc d'être à la fois humain le plus possible et athée le plus souvent. Je ne peux proposer que ça, des représentations de mon athéisme. Je fais des spectacles athées empreints d'un mysticisme tout ce qu'il y a d'ordinairement humain.

Je ne fais pas d'histoire car je n'ai rien à vous conter, ni à vous apprendre. Je ne le voudrais pas car je crois que la conviction qui était nécessaire à l'auteur il n'y a pas si longtemps, pour élaborer une œuvre, se situe désormais dans la droite ligne d'une prise de pouvoir obsolète, fleurant le totalitarisme et définitivement dangereuse. Sacrifier au goût de montrer n'est pas nécessairement avoir celui de convaincre. Je n'ai rien ni personne à convaincre. Je fais, je dis, je montre et voilà tout. Il n'y a rien a priori à en faire, si ce n'est y réagir, être là, en conserver ou en effacer le souvenir. C'est ainsi que pour moi se définit le beau.

J'aime en l’occurrence, l'emploi du verbe « assister ». Certes le public assiste à, mais il peut également assister tout court. Ce qui veut dire aider par sa présence, son action, son intérêt, son écoute. Même sans invitation ostensible à le faire, comme il m'est arrivé d'en mettre en place le dispositif, l'espace de temps et d'action que je propose se nourrit de la détente de chacun/e et de ce qui en découle librement. On peut ne rien faire, danser, boire un verre, parler, improviser, se mettre nu, s'embrasser, s'insurger … que sais je, à chacun/e de trouver sa place. Est-ce que ça me regarde ? Dès lors qu'elle n'est pas astreinte, la responsabilité du corps de chacun/e ne me revient pas. Seul m’intéresse que nous vivions ces instants le plus possible en parallèle, comme des destinées qui se lorgnent du coin de l'œil et parfois se croisent dans l'unique besoin de devoir prolonger leurs routes dans des directions personnelles. Comme au zoo, le spectacle est autant de votre côté que du mien.

Moi, je vis mes meilleurs moments intimes en public, c'est pourquoi je fais de la scène. J'en aime « l'écriture », c'est à dire les temps où arrivent les choses, les démultiplications d'espaces, les résonances fortuites et voulues, les collisions de matières. Tout ce qui contribue à donner le sentiment du relief à nos vies en trois dimensions (émotion, pensée, action) et dont nous oblitérons souvent, par un usage à la froide teneur d'une habitude morne, celle de ces dimensions qui donne la profondeur des liens. Ce n'est pas une nouveauté, nous sommes tous/toutes interdépendants/tes. Qu'est-ce donc - et j'en viens à mon « sujet », puisque, s'il n'a pas d'histoire à porter, il existe néanmoins en tant que sentiment d'être - que cet « Amour » fantoche dont on ne cesse de faire l'éloge et qui se trouve si réduit et emprisonné à l'échelle de chacun/e ? Si cette pseudo divinité n'avait pas une existence tout aussi douteuse et fumeuse que les autres, ne devrait-elle pas donner plus fréquemment des preuves de sa réalité aussi simplement que les vents soufflent et que l'eau nous tombe du ciel ? Mais non, ses miracles son trop rares et trop sujets à caution pour inciter à croire à sa tangibilité véritable. Freud, d'un côté, biologie et chimie de l'autre, ne nous ont-il pas appris combien ce sentiment dont nous nous honorons était aléatoire et trouvait son origine dans des transferts issus de l'histoire de chacun/e, dans des habitudes contractées par la filiation et la culpabilité du devoir, dans des fluctuations odoriférantes et hormonales, dans des illusions narcissiques, dans des jeux de pouvoir et de manque, sadiques et masochistes, dans des obsessions névrotiques et parfois même suicidaires ? Soi, soi, soi … l'amour comme toutes nos perceptions, ressentis, réflexions et actions ne parle invariablement que de soi. Et pourtant il existe parfois entre nous des attaches qui nous pénètrent les chairs à un tel degré, que nous ne pourrions vivre que douloureusement si elles venaient à être rompues. Cela peut tout autant se réduire à une terrible angoisse de l'inconfort, mais nous trouvons ça bien joli tout de même.

L'amour, que parfois nous glorifions à nos yeux sous la forme idéalisée du sacrifice absolu de notre personne au bénéfice d'une autre, a souvent peu de résistance à la peur et aux évolutions de circonstance. C'est la traîtrise alors, mais passons.

Donc pas d'histoire, non, car nous ne méritons pas d'y croire, mais seulement la beauté naturelle des créatures que nous laissons revenir parfois fébrilement à la surface, quand simplement elles s'expriment à travers nos joies mélancoliques et notre euphorique détresse. C'est là, quand l'homme brisé dans ses illusions, voit son orgueil abattu au plus bas, qu'il concède comme en un renouveau, un peu de place à la nature animale qu'il n'a de cesse de fuir. Ni belle, ni bonne. Parfois sublime, parfois pitoyable. Cruelle comme notre état de fait nous conduit à l'être, mais capable quelquefois, oh surprise, d'un jaillissement de tendresse immodérée, cette nature intime nous subjugue. Nous la repoussons à l'avenant pour son insoutenable excès de franchise qui nous incommode tant, dans la réserve où nous nous parquons. Pour ma part, il est trop tard pour que je sois encore un animal sauvage. Libre à chacun de le tenter. Même si j'ai le goût des arts, même si c'est pour moi là la seule foi possible, la seule voie admissible pour donner à notre ancestrale violence l'espace de s'exhaler, je voudrais ne jamais lui immoler ma nature humblement domestique, car c'est elle qui m'a fait être civilisé. De cela, je suis content. J'en tire le privilège de mon espace mental.

Ainsi j'aime l'amour des chiens, qui en dépit de leurs mâchoires puissantes s'épargnent - et nous épargnent - de redevenir des loups, quand bien même une incitation infime à l'instant du basculement possible viendrait les y contraindre. Pour leur confiance immodérée, leur absolue bonté, leur incomparable regard interloqué devant nos incohérences de comportement, je remercie la gent canine de croire encore dans les jeux et l'affection, certes non dépourvue d'intérêt, mais presque totalement privée de malice. En fait d'amour, à mes yeux, il n'y a que celui des chiens qui vaille comme un modèle de conduite. Être là, se taire, ne grogner que rarement, vivre dans l'attente impatiente des promenades, qu'elles soient celles de l'esprit ou du corps sensible ; ne rien miser sur la récompense hypothétique, honteusement calculatrice, d'un au-delà et tout vouloir tout de suite dès lors que l'occasion se présente. Mais s'il faut vraiment se défendre, mordre quitte à mutiler de toute sa rage une bonne fois et détaler, la peur au ventre, en quête d'un havre meilleur et de l'oubli des maltraitances. Les mauvais maîtres se le tiendront pour dit.

 

Lien vers Le Générateur
Page des Camps de l'Amor

Défense du masque Ulin

Défense du masque Ulin - David Noir
Défense du masque Ulin - Performance - David Noir - #frasq Galerie Nivet-Carzon - 31 mai 2014

Entendez la voix du monstre :

#frasq

Mesdames, Messieurs, suite à un mouvement de grève d’une certaine catégorie d’un genre personnel, nous ne sommes pas en mesure de vous présenter le programme prévu.

Veuillez nous excuser pour le gène occasionné.

 

Comme les enfants morts nés d’une poche trop serrée

Comme les chats sans regard sous un plastique noué

Comme le papier se gaufre

Comme l’éléphant se vautre

Dans tabou redouté

 

Je ne suis pas la monstruosité annoncée

Je suis un homme

Garçon

Je suis un être humain

 

Je ne fais pas trop de chichis, de manières de mon corps exquis,

De pas maint’nant, de je t’en prie

 

Tu vois là, à présent, je suis plus belle que toi.

Je me sens étranglement bien,

Voluptueusement pachydermique derrière la barri-crade de mes défenses empiriques

 

C’est le matin, j’ai froid

Débarrassé de l’urgence de saisir ta croupe, je m’auto suffis par essence

Plaie mobile, je saigne et pourtant je survis, vie, vie, vidéo

Je dois saisir mon appareil photo

Sculpter ce safari à mes oreilles frémissantes

Je m’imprime en 3 D la mélopée de mes cris de brousse

Je cherche désormais d’où suintent mes humeurs,

Tu vois, je pleure

Mais quelle horreur est-il ?

Sois gentil, dis-le moi car moi, je ne sens plus rien là

Plus rien pour me soulever le cœur

 

Comme le papier qui se gaufre

Comme l’éléphant qui se vautre

Dans tabou

J’aime le blazer désabusé qui épaule ma masculinité depuis l’orphelinat

 

Je suis homme

Je suis un être humain

Je suis virilité mais je manque de bras pour battre l’air autour de moi

J’ai ma queue comme chasse-mouches

 

Par mon appendice je m’accroche à vos bouches

Suprême collage génétique

Je trompe ainsi mon bon public

 

Ne reste donc pas bouche bée,

On n’admire pas les éléphants si on n’accepte pas les noirs

J’ croyais qu’ t’avais compris Babar

 

Salope !

Le mot salope est tempétueux.

Il excite, au rythme des passions phalliques,

 

Salope, celui et celle qui ne demande qu’à jouir 

Aime à jouir, ne cache pas son plaisir

À quatre pattes salope !

Ton fantasme va plus loin que ça

 

Au-delà des mots, salope !

Rêve d’une vulve endiablée,

Salope, étonnante beauté,

Pourquoi l’humilié fait vibrer ?

Mais qui baise-t-on au fond de ces contrées ?

 

La honte visse son trophée dans le mur de ma fébrilité

Chasse, accours, viens jusqu’à moi

Je ne connais pas ces gens qui courent, fêtards 

Je ne connais que leurs avatars

 

J’aime le blaser respectable qui m’épaule tout au long des couloirs où je retrouve les miens pour boire

 

Bien élevé, moi je vis comme un homme véritable

Les beaux mensonges sont bannis de ma vie raisonnable

Bobard hait la vieille dame aux genoux cagneux qui supplie : « Caresse mes cuisses déformées je t’en prie»

 

Eh les fentes manichéennes, il est trop tard pour m’aimer, vilaines,

Pour accueillir en noir et blanc le turgescent tourment de ma peine   

 

Remontée en substance de la semence de mon cerveau reptilien à hauteur de mon néocortex.

Retour primitif à mes vrais instincts qui eux seuls me veulent du bien.

Oui, en vérité je vous le dis, tout pouvoir est un abus

Tout effort de conviction, un viol avec pénétration.

 

Tu es prise au piège de mon foutre gluant, salope !

 

Ainsi les braconniers violents se sont soulagés dans ma chair jusqu’en dessous de ma peau épaisse

Dans la viande de ma viande, sous la rugueuse vigueur de mes fesses

 

Sans défense des barricades, je ne donne pas cher de la dépouille de nous autres dilettantes sexuels

J’urine à profusion sur vos simagrées de dévotion, de séduction

J’éventre le premier qui doute et même si j’en meurs empoisonné, je broute le textile des nations

 

Le voile me donne des vapeurs, laïques et obligatoires.

Tant pis, mon pied imposant, racorni te servira de porte parapluie.

 

Bientôt, nous irons nous coucher dans les cimetières d’en haut,

La connaissance est un fardeau

Il est temps de mourir idiot.

 

Les pénétrables sont aujourd’hui en élevage.

Les humains, qu’ils soient noirs, blancs, jaunes, élèvent le soumis comme les fourmis le font des pucerons.

Comme les fourmis le font des pucerons.    

 

Homme trop petit pour m’étreindre, je t’écris des mots simples pour qu’ils puissent entrer dans ta trogne.

 

Monstre heureux je ne suis pas comme toi car je me fous des choix qu’il faut faire pour mon bien.

Je fais avec mon handicap. Ç’eut pu être pire face aux chasseurs d’ivoire et d’ébène noir, qui débordent.

 

Humain, erreur du petit « a » jusqu’au grand « Z », tu t’es trompé de horde

Je te vois, jeune, filou, lointain, narcisse affamé de chair, lécher les bottes des puissants.

Je ne peux pas vouloir ta mort pourtant, mais ton espèce m’a m’oublié

Toi, tu me trahis, moi qui t’aimais, charmant.

 

Artifices et dégénérescences sociales résonnent dans ton coeur.

Tu pourris ma nature, adulte avide de vaincre et tu nuis à ceux de ma race.    

Être un homme, ce n’est pas toi et ta vie affairée.

Adulte, tu es enfant mal vieilli en panique à l’idée de te voir soupçonné d’un geste irresponsable.

 

Éducateur, gouvernant, décideur, dirigeant, mâle aux convictions fallacieuses, femelle en quête de reconnaissance douteuse,

Tu n’es qu’une bouse avec un costume autour.

 

Puisqu’on en est là ensemble, dans ce capharnaüm des horreurs, accepte cependant ma poigne dégénérée et couchons-nous de bonne heure.

 

Demain nous irons nous promener dans ton monde, faire le tour du propriétaire où t’es rien.

Que dis-tu de ce cadavre mutilé sur le bas côté du chemin ? De ce cadavre au sourire exquis ?

 

Pardon si je fais de la poésie, mais la mienne ne peut orner ta bibliothèque en teck.

Il y a cette haine qui ne peut cesser de se dire, venue de mon tréfonds millénaire

 

Mais tout ça, quelque part, tu n’y peux plus rien.

Car il faut bien manger, il faut bien jouir et aimer,

Il faut bien enfanter, il faut bien faire carrière,

Il faut bien faire passer pour des aptitudes ses connaissances légères.

Il faut bien adhérer aux lois du genre et de l’espèce.

Il faut bien obéir à tout ça.

Même si tout nous blesse

 

MLF hante encore ma nuque clairsemée, même si je ne crois guère pouvoir finir qu’empaillé par ces dames bien intentionnées

 

Aujourd’hui je vous invite toutes et tous à la ruine de mon biotope

Pour toujours et à jamais, bien solennellement devant vous, je marie la forêt

 

Retrait du masque. Visage affublé de prothèses.

 

Bonjour, bonjour les p’tits éléphants !

Alors comment ça va ce soir ?

 

Chanson

 

« Au printemps, au printemps, au printemps j’aurai 16 ans … »

Au Printemps - Marie Laforêt (1969) - Interprète : Marie Laforêt - Compositeurs : Pierre Cour / André Popp

 

Mesdames, Messieurs, suite à un mouvement de grève d’une certaine catégorie d’un genre très personnel, nous ne sommes pas en mesure de vous présenter le programme prévu.

Veuillez nous excuser pour le gène occasionné 

...

© David Noir 2014

masque ulin-public_2

... merci de votre curiosité ...

 

J’ai l’âme à nourrir

J'ai l'âme à nourrir - David Noir

SCRAP - Etape 1 : Le féminin dans tous ses états
Performance aux règles peu abondantes et non douloureuses
Du 5 au 7 mai 2014 au Générateur (Gentilly)

 

J’ai l’âme à nourrir

 

 Sur une musique de Francis Cabrel

 

On s' disait qu’ tout allait bien,

Et voilà qu’aujourd’hui

Moi je vois des gens biens

Qui habitent le midi

Qui craignent à frémir

Y sont prêts à détruire

Tout ce qui n’ leur plait pas

Y aura plus qu’à ouvrir

Des baraquements en bois

Et tout reconstruire

Et tout reconstruire

J’en vois qui délirent

Ils n’ont pourtant pas tous

Tracé des croix gammées

Sur le bas des burnous

Croisés dans l’escalier

À cinq ans, pour rire

Ils n’aiment pas la lavande

Au point de trouver belle

La marine marchande

De sable dans leurs prunelles

Bleues prêtes à dormir

Bleues prêtes à dormir

Y a des couleurs qui virent

Pas b’soin d’avoir connu la guerre

Pour pas soutenir un parti

Dont on connaît les thèses amères

Jusqu’en Asie

À Oradour aussi

On pouvait pas faire mieux

Je parle pas de Staline

Pour se choisir un dieu

Pas non plus de Poutine

Qui prête à pourrir

Ils ne sont plus allemands

Les gardiens de charniers

Y a même des musulmans

Qui s’y sont essayés

Pourquoi pas tes sbires

Pourquoi pas tes sbires

Choisis ton  av’nir

Que ce soit ta famille, ton salaire, ton quartier

Sers-toi de ton cerveau

T’as qu’à juste essayer

Tu vas pas mourir

Arrête de polluer

Ma tête toute la journée

Avec des mensonges

Qui sont bêtes à pleurer

J’ai l’âme à nourrir

J’ai l’âme à nourrir

Plus le temps de rire

Pas b’soin d’avoir connu la guerre

Pour pas soutenir un parti

Dont on connaît les thèses amères

Jusqu’en Asie

À Oradour aussi

On s' disait qu’ tout allait bien,

Et voilà qu’aujourd’hui

Moi je vois des gens biens

Qui habitent le midi

Qui craignent à frémir

Y sont prêts à détruire

Tout ce qui n’ leur plait pas

Y aura plus qu’à ouvrir

Des baraquements en bois

Et tout reconstruire,

- Attends-toi au pire -

Même le droit d’élire !

© David Noir 2014

 

SCRAP Diary – 02 / Particule d’existence

David Noir - Infimité
Infimité

Le sentiment de n’être rien, non pour soi ou ses proches, mais vis-à-vis de cette globalisation vulgaire qu’on nomme société, est, je le crois intimement, une perception largement répandue et pourtant peu exprimée par les individus. Ce n’est pas mon petit doigt qui me le dit car il assez peu expressif à mon endroit, mais plutôt une conviction profonde. Bien sûr, on connaît les syndicats de travailleurs, les mouvements de toutes sortes, les déclarations tapageuses des politiques …  je les considère tous à égalité comme du marketing ; de la publicité, plus ou moins bien brainstormée dans le but de faire valoir une identité de groupe. Mais pour moi, s’il y a bien quelque chose qui ne concerne pas le groupe, c’est l’identité.

Elle est affaire de personnes considérées au cas par cas, avec leur enfance, leur bagage, leur développement, leurs origines. Rien à voir avec une ethnie, un labeur ou un genre spécifique. L’identité, comme l’existence, nous est propre individuellement. Et cette individualité prend le pas sur toute autre étiquette plus englobante, car elle mourra seule, avec chacun et chacune d’entre nous.

Je me fiche donc pas mal, d’être bi, homme, artiste ou fils des mes aïeux. Je sais que tout cela peut contribuer à me définir, mais ça ne compte pas. La définition n’est pas l’identité. Je suis d’avantage une plante, un animal, un astéroïde ou une banquette de salon … Je suis tout ce que mon imagination peut faire de moi. De ce fait, je suis unique, bien plus que par mon code génétique.

Je ne suis pas ma vie, car elle n’est que misère par rapport à tout ce que j’imagine. Je ne peux vivre ni concrétiser tout ce qui se bouscule dans mon iconographie psychique. La pensée est sans limite, bien d’avantage que le raisonnement qui, lui, se heurte à la pauvre logique. C’est pourquoi je suis poète, comme on dit, parce que ma valeur est là, dans cet imbroglio de connexions synaptiques qui me font croire en mon état d’être. C’est pourquoi tout individu l’est également. Il lui suffit d’accorder sa valeur, son prix, sa croyance à cet univers sans borne qui rend l’esprit invulnérable. Et l’esprit, c’est la chair ; car même si la chair souffre, nous fait ressentir sa fragile consistance, c’est par l’imagination que nous l’aimons ou la haïssons ; que nous la désirons ou la trouvons repoussante. Elle n’est que le corps qui palpite, mais notre tête, elle, invente le monde là où le corps croit le ressentir. C’est pourquoi la sensation me semble infiniment pauvre au regard de la projection.

De nos jours, on ne vante souvent que la sensation, l’immédiateté des sens en éveil, le sport, la jouissance, le dépassement, le choc. Oui, c’est vrai, il n’y a que le choc qui vaille, car il est le fruit du heurt de nos limites physiques comme mentales, avec d’autres mondes réels. Mais ce choc ne l’est pleinement que s’il y a persistance de son impact, reliefs et cavités formés sous son coup. Et moi, j’oublie tellement de choses. J’oublie tout ce que mon imagination ne peut pas reproduire. Non qu’elle ne le puisse pas réellement, mais elle se refuse à retenir ce qui ne la modifie pas ou ne la confirme pas dans son essence. Je suis incapable de me souvenir des douleurs physiques que j’ai endurées ; sans doute n’étaient-elles pas suffisamment « marquantes » pour que j’en garde la trace. Pourtant, elles étaient bien brûlantes et même intolérables dans certaines circonstances. On dit alors que la douleur s’apaise. Moi, je dirais plus volontiers qu’elle s’absorbe dans la masse des évènements négligeables, jusqu’au jour où, l’un d’eux, plus saillant que les autres, déchire irrémédiablement la forme de mon esprit. On le nomme traumatisme alors. C’est le « bon » choc. Celui qui fait que rien ne sera plus pareil, en bien, comme en mal. Heureusement, du point de vue de l’imagination libre, bien et mal n’existent pas, ne se distinguent pas. Alors le heurt douloureux ou la passion dévorante, finalement, j’en fais mon affaire. Mon imagination les digère et les recrache en paysages. On peut se croire enfermé au sein de ces décors tant ils peuvent être réalistes. Ils ont même le pouvoir de faire oublier la forme de l’origine réelle du fantasme qui prend corps alors. C’est ça la poésie. C’est le processus qui mène à guérir du réel. C’est ce réel même remis en scène. C’est son empreinte en creux ; c’est un trompe-l’œil donnant l’illusion du volume par le jeu des profondeurs et de la lumière. Car il y a de la lumière dans nos têtes ; ça, chacun/e le sait. Il nous suffit de fermer les yeux pour la voir et même en ressentir la caresse. Oui, dans ma tête, comme je crois dans toutes les têtes, il y a un soleil et des planètes ; tout un système qui se tourne autour. Ça, je ne le rêve pas, je le vois, avec mes yeux d’en dedans. Telle est l’âme pour moi. Nul besoin de dieu pour qu’elle existe. Je suis l’âme et le corps et personne ne peut me détruire. Le jour où je disparaîtrai, ma conscience s’éteindra du même coup sans pouvoir me le dire. Je vis. J’existe plus que n’importe quoi au monde car le monde est dans mon regard et mes pupilles sont sous haute protection, bien à l’abri, à l’intérieur. Jamais elles ne pourront en sortir et c’est dans la prison de ma tête que je suis le mieux loti.

Pourquoi donc ne suis-je rien alors, dans cette globalisation vulgaire qu’on nomme société ? Pourquoi n’y ai-je accès à aucun poste, à aucune place qui me permettrait de mieux voir ce monde qui, soi-disant, m’entoure ? Parce que j’en suis une bribe, un morceau, un éclat. La parcelle ne peut voir le tout. J’en suis même la fraction essentielle sans laquelle ce monde, qui n’existe pas hors de mon regard, ne peut tenir.

Depuis que cette globalisation vulgaire qu’on nomme société s’est autoproclamée comme mètre étalon de nos perceptions existentielles, s’est érigée en socle de notre appartenance à l’univers, elle, l’entité sociale, qui est pourtant la dernière à exister réellement, s’échine à faire croire à l’individu qu’il vit en elle. C’est un mensonge gigantesque, une illusion comique et terrorisante bâtie de toutes pièces par sa propre volonté d’être suprême et au-dessus des hommes. Nous, peureux/ses que nous sommes, nous y croyons et lui donnons notre crédit. Dès lors il ne s’agit pas de lutter contre les fantômes et les ectoplasmes, si l’on choisit d’être. Il s’agit de l’effacer d’un coup, cette grosse baliverne qui nous réunirait toutes et tous dans un « paradis » artificiel qui se nommerait la vie. La vie existe-t-elle ? A-t-elle une identité discernable ? Non, il n’existe que des êtres vivants jusqu’à preuve du contraire. Alors la loi, pour les contenir dans leurs débordements qui sont pourtant leurs miracles, invente la forme sociale et donne en échange de leur silence, le groupe et la famille, comme récompenses à leur croyance dévote. La manœuvre, calquée sur le religieux ou l’inverse (qui de la foi ou de la loi, censées être antagonistes, a donc commencé la première cette mascarade ?) est, il faut le reconnaître, on ne peut plus habile, puisqu’elle vise et réussit, à persuader l’animal individu qu’il est partie prenante du grand ensemble en se définissant lui-même dans ces ersatz de société qu’il forme benoîtement à petite échelle.

Bien sûr, tous les jours, nous nous rencontrons et ce serait à chaque fois une expérience formidable, si la rencontre ne traînait derrière elle, comme un sac d’excréments lui pendant au derrière, la « fabuleuse aura » du groupe social. Quand nous rencontrerons-nous sereinement comme des individus hors du tout, sans peur de n’avoir plus d’assise ? Quand voudrons-nous nous regrouper, sans jugement de ce qui nous précède ? La peur de l’autre est le seul vrai ciment social et on peut dire qu’il est conçu pour résister à l’épreuve de la spontanéité naturelle.

J’admire les chiens, aliénés et méprisés, qui tirent vigoureusement sur leur laisse pour aller se renifler les fesses. Ceux qui, déjà tellement imprégnés de leurs maîtres, se défient mutuellement à distance, ont oubliés bourgeoisement à force de confort, combien ils pouvaient être errants et seuls. Il ne faut pas leur en vouloir, pas plus qu’aux espèces sauvages qui n’ont pour obsession que de défendre un territoire virtuel jusqu’à ce qu’un individu plus fort, vienne en redéfinir les frontières à son avantage. Ce sont peut-être les plus proches de nous, tant ils ignorent combien leur esprit suffirait à les sauver de l’angoisse dévorante du lendemain.

Alors oui, je me demande pourquoi dans ce monde fait pour nous, personne n’a de place ni de valeur pour lui-même. Pourquoi les êtres passent et sont considérés comme si remplaçables … sauf dans l’intimité de nos rêves, car c’est là que nous aimons le mieux.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres, je choisis donc de faire ma vie comme quantité négligeable et non comme partie prenante du grand tout. Un copeau de bois résiduel de la marionnette d’un autre ; de celles qui seront mises sur les étagères. Nu toujours et dénué de tout, je serai encore ma parcelle ; celle que je protège et chéris car elle tomba du grand arbre bruyamment débité en un instant unique. Rapidement, elle pris sa courbure et me voilà moi, poussière de bois parmi les petits monticules de sciure, limaille d’acier arrachée aux vastes plaques laminées. Je suis ma courbure et ma densité. Je suis la masse de mon discours et j’ai les propriétés de ma matière. Mais je suis également une curiosité physique égarée, car les poètes, comme chacun sait, dans le monde des réalités quotidiennes, n’ont pas de poids.

Liens en rapport avec l'article

SCRAP

Scène Vivante - "S'inventer une identité"

SCRAP

Scrap - Création 2014 -David Noir

«Sagacité accidentelle» et Beauté du Hasard

Les efforts de conception trouvent avantage à s’allier vertueusement aux aléas du vivant. Bien que la vanité humaine puisse en être blessée, il est commun de s’apercevoir que les fruits de la pensée volontariste ne surpassent pas forcément l’aléatoire survenant dans un contexte préparé à l’accueillir.

La Nature a horreur du vide. Les Hommes aussi. Toute cavité sera comblée.

Le projet SCRAP dessine des chemins de traverse entre cette vérité tendancieuse et le concept du "féminin" qui par delà les femmes, censées en être l'archétype, concerne toute forme de vie, d'organe ou d'organisation semblant ne pas se suffire à elle-même et destinée à se parfaire dans la complétude d'une autre. De même, la narration aurait besoin d'une histoire, la bouteille d'un bouchon et l'enfant de parents. Ce qui est peut-être vrai dans le monde qu'on dit réel, le serait sûrement moins dans celui du hasard des mélanges et des relations improbables. Un être évolué ne se définit pas uniquement par ses organes, non ?

Quand la magie du rationalisme n'opère plus, vient sans doute le temps de changer de modèle, pour ne plus jamais en avoir.

Voir la page consacrée à SCRAP

Scène Vivante

Scène Vivante - David Noir

Scène Vivante - David Noir - stages

Scène Vivante est une branche de David Noir Production consacrée à la pédagogie. Le site propose stages, cours et ateliers dans l'esprit et la philosophie qui animent les pages de ce blog.

Pourquoi stages, cours et ateliers ?

Pour exprimer et mettre en formes ce besoin, cet imbroglio de mouvements qui nous anime incessamment.

Les ateliers sont donc des espaces physiques et temporels destinés à favoriser l’expression de ces/ses besoins sur une scène ; c'est-à-dire en présence des autres, devant les autres ou plutôt au milieu d’eux.

Comporte-t-ils des aspects thérapeutiques ?

Probablement oui ; tant mieux si c’est le cas et finalement, peu importe. Le pansement de ses blessures et de ses douleurs ne nuit pas à la création artistique, alors pourquoi le rejetterait-on au nom d’une supposée « pureté » de l’acte.

Les autres : partenaires et public.

Pourquoi cette nécessité d’avoir des témoins de son existence autres que son conjoint, sa famille, ses amis ?

Parce que l’unique bonne option du spectaculaire n’est pas le mensonge, mais la démonstration de ce qu’on est et ressent. Et, comme évoqué plus haut, il est indéniable, toute notion de morale mise à part, que le rapport social « classique », contraint au mensonge ou du moins, au non-dit.

Le spectaculaire dont il est question ici, n’est pas le diable décrit par Guy Debord dans « La société du spectacle ». Il est même tout le contraire. Loin d’être généré au profit du dévoiement de la communication entre les humains et des jeux de pouvoir, il est un besoin vital, intrinsèque à l’humain ; immanent : celui de se représenter, soi et les choses et êtres qui nous entourent pour mieux appréhender le monde et les mondes, ainsi modélisés.

Comment fonctionnent les stages ?

Selon le principe d’une communauté d’esprits, d’individus non choisis, non triés. Ils sont ouverts à quiconque veut y venir. Pas de nécessité d’être « acteurs » donc, pour y évoluer et s’y mettre en scène. On y joue spontanément et parfois de façon plus préconçue, avec toutes sortes de matériaux, à commencer bien sûr par soi-même, dans toutes sortes de situations. Les temps d’entraînement sont longs et collectifs, de façon à permettre une bonne immersion progressive à tout/e nouveau/elle venu/e et assurer un échauffement de longue haleine à toutes et tous, avant d’aborder exercices et interprétations.

Ce que vous n’y trouverez pas :
  • Un spectacle au sens traditionnel du terme, dans lequel rôles et partitions sont définitivement attribués.
  • Une méthode linéaire visant à faire de vous un acteur ou une actrice « bankable » sur le marché du casting. Mais rien ne l’empêche.

J’écris tout ça mais sachez que je n’ai rien à transmettre de l’ordre de ce qui se consomme. Je ne sais que réagir à la présence de l’autre ; parfois à son absence aussi.

On n’enseigne bien que ce que l’on ignore et découvre en le faisant.

Le reste est amoncellement morbide de culture hors de ce temps présent, qui lui seul compte aux yeux des vivants.

Les gens baisent, dorment, mangent et meurent ; quoi de plus naturel !

Ils travaillent, produisent de la pensée, des sentiments, des matériaux et jouent également.

À quoi jouent-ils ?

À ce stade, il ne faut pas confondre ambition et prétention. Car si certains/es s’amusent à inventer et mettre en oeuvre des concepts et des formes, une bonne majorité se contente de simuler … l’aisance, le bien être, la liberté, le développement intellectuel, les capacités créatrices et de travail ... ce qui n’est pas « jouer », mais faire semblant.

Souvent confondues à dessein, ces deux notions ont pourtant entre elles une différence de taille, car « jouer à » n’est pas « jouer » tout court.

« Jouer » - dans un sens mature qui n’est pas celui des enfants, chez qui le jeu, comme chez le jeune animal, est destiné à socialiser et s’entraîner aux rapports de force et de désir - « Jouer » donc, pour un adulte, c’est produire et non, (se) raconter que l’on produit.

Mais produire quoi ?

Du sens et au mieux, son sens des choses et de la vie.

Autrement dit, sa vision du monde en paroles, mouvements, actions, sons, images, discours, échanges … l’énumération des outils à disposition de l’acte scénique est infinie et exponentielle.

Un axe fondamental : la nécessité d’être vrai pour produire de l’art qui en vaille la peine.

Être vrai ? Qu’est-ce donc ?

En premier lieu : mieux se connaître.

Ensuite, tâcher de trouver en soi le fil, qui une fois tendu comme une corde sensible, résonne des vibrations qui font notre élan vital pour nous-même et créent une image mentale de soi pour autrui..

Avant d’y parvenir, il faut le trouver intimement, le dépelotonner pour le défaire de ses nœuds, corps étrangers et entraves, puis finalement, le tendre afin qu’il sonne clairement et de manière aisément identifiable pour son hôte. La propre vérité de chacun/e est une onde. Il convient d’en déterminer et d’en isoler le « la ». Comme pour tout instrument, il faut enfin, s’accorder avant de jouer et connaître ses gammes. C’est à cela que l’aspect « training » d’un l’atelier sert.

Il est vrai, moins mathématiquement qu’en musique, mais néanmoins de manière efficiente, que l’individu scénique peut parvenir à force de travail et d’observation, à comprendre l’étendue de ses propres gammes et le registre de son chant.

Un des buts de ces stages est bien sûr de rendre clair à ses « acteurs », la nature  à la fois personnelle et générique, de leur propre outil.

« Personnelle » pour le développement de son identité, voire, de sa singularité ; « Générique » pour comprendre comment il est possible de s’accorder aux autres, avec les autres, sans y sacrifier son intégrité intellectuelle, émotionnelle et physique dont les éléments composent sa propre histoire.

Sa vérité n’étant chose valable que pour soi afin de ne pas être en guerre avec le monde entier dans la vie de tous les jours, il faut s’aliéner aux autres par l’échange. La diplomatie est une chose terrible pour l’ego car elle le contraint à la mise en réserve de sa vérité brute, au non dit et au mensonge par omission. « Ne me fait pas de mal et je ne t’en ferai pas » ; « Accepte-moi et je te considérerai ».

Jouer revient, pour un temps, à mettre de côté ce pacte tacite entre les humains, pour permettre à la part non socialisée de la personne de s’exprimer sous contrôle et dans un cadre qui le permet.

Par delà la douteuse compromission de la diplomatie quotidienne, il n’y a donc que le pardon, a priori et inconditionnel, qui n’engendre pas la guerre ou les effets pervers du commerce et du troc inhérent à la « vraie vie ». Mais une telle attitude ouverte engendre aussi fréquemment un effet collatéral dérangeant et possiblement nocif : la soumission à tous type d’autorités. Paradoxe de la non-violence, ce comportement n’est pas non plus compatible avec l’émergence de l’animal théâtral qui a aussi besoin pour se nourrir de l’énergie de nos haines et autres impulsions morbides. Besoin de tout ce qui fait l’humain, bon comme redoutable, exprimé, pourrait-on dire, in vitro.

De même l’amour, ce lien entre les êtres qui souffre d’être trop réfléchi pour bien être vécu, se doit de retrouver la « pureté » désintéressée qui propulse les états de coeur de l’enfance ; états qui dans les premières années de la vie, ne sont pas encore mus par un intérêt hypocritement exprimé. Les actes ne sont alors guidés que par les besoins. Aussi péremptoires, capricieux et parfois, cruels qu’ils nous paraissent en grandissant, ils vaudront toujours mieux que le calcul intéressé, forgé par la méfiance d’autrui et lié à nos existences par les peurs - en tous les cas, au moins sur un plateau.

Le plateau, la scène ou le simple espace de répétition est en effet, en définitive - il est bon de le garder en tête au cours du travail - le lieu du rapport social le moins dangereux du monde, où les enjeux sont virtuels et où il est le moins nécessaire d’avoir peur, une fois intégré que le regard de l’autre n’est pas une arme à feu.

Le seul amour qui vaille pour élever son art de jouer semble donc être un amour tout droit issu de l’enfance. Il est pur besoin et seul ce besoin est amour brut et originel. Ce n’est pas le cas  du désir, bien plus fluctuant et fugace, sur lequel il n’est pas sage d’étayer son expressivité. On trouve donc aussi fatalement, des choses déplaisantes dans le fatras de ce qui nous constitue et qu’il nous faut chercher à dire. La scène ne doit pas se faire plus vertueuse que la vie.

David Noir - Stages- Scène Vivante

Voir les stages, cours et ateliers proposés actuellement