Juste savoir qu’existent les poissons

Cousteau_David Noir

Cousteau_David Noir

Oh les banalités ; oh les conneries ; oh ; j’en ai marre, mais qu’est-ce que j’en ai marre ; ça pue ; ça pue ; ta connerie d’expression au poste qui va tout droit dans ta connerie de micro que tu tiens à bout de main. Ta gueule une bonne fois, putain ; ta gueule ; ta gueule ; ta gueule. Comédien, écrivain, artiste, politique, sociologue, psychanalyste, ouvrier, syndicaliste, pauvres et riches, mais fermez vos gueules et qu’on ne vous entende plus. On. Moi. Le monde du silence. Cousteau sans son chapeau et le son baissé. Juste les poissons. Même pas la télévision justement. Rien que les poissons ; et qu’on ne soit pas là pour les voir. Que personne ne relaie ce que l’on sait déjà. Même ce que l’on ne sait pas. On ne peut rien, rien apprendre de cette façon ; de cette façon, toujours la même, de parler, de transmettre, d’exprimer. Ne savent-ils pas que tout est contenu dans l’intention, le style, la manière ? Merde, faut-il leur apprendre à ces gens de média et d’écriture, qu’il ne faut pas ; qu’il est immoral ; qu’il est dangereux et barbare de les faire, ces césures malhabiles en fin de phrase, juste pour respirer ou enchaîner sur un autre sujet, alors qu’ils parlent de morts ; de centaines de morts ; parfois de milliers de morts et ainsi, tous les jours. Un faux suspend, une inflexion qu’il ou elle ne pense pas ; c’est le journal télévisé ; c’est la radio. Apprendre à jouer proprement, bon Dieu puisque c’est du spectacle ou bien … Oui, juste savoir qu’existent les poissons. Que vive une culture sourde et morne ; invisible sous la vase des mers. Inconnue ; riche ? Peu importe ; il suffit qu’elle ait existé. Qu’est-ce que tu dirais de ça hein ?

Fabriquer son site, c’est heureusement aussi une façon de raconter.

Simulacres et attitudes sociales : les mauvais spectacles nuisent à l’humain.

Les Innocents - David Noir - Cie La vie est courte - Photo Karine Lhémon

Les Innocents - David Noir - Cie La vie est courte - Photo Karine Lhémon

Jouer n’est pas faire semblant. Jouer sur une scène, c’est s’amuser à faire « pour de vrai ». Dans le cas contraire, zéro intérêt. Le plateau est un endroit protégé, une petite cellule douillette où l’on peut, où l’on doit, se permettre tout ce qu’il est impossible de faire dans un autre contexte. Prendre ce micro-risque vis-à-vis de soi-même et des autres, c’est la moindre des choses. S’exprimer en en creusant un peu la nécessité, c’est la moindre des choses. Tout comme notre planète nous le rappelle tectoniquement douloureusement, il y a un certain nombre de plaques à côté desquelles il ne faut pas tomber. Il n’y a pas d’inaptitude à interroger le génie humain qui est en soi, à stimuler la poésie exigeante que notre espèce a l’aptitude de s’inventer. Il n’y a que de la complaisance vis-à-vis de l’esprit convenu qui menace chacun(e) et le refus de conscience. Sur un plateau, nous ne sommes pas là pour sauver nos fesses car c’est l’endroit exposé, le moins dangereux au monde, tout au moins dans un pays qui fait mine de tolérer les libertés individuelles. Et si justement, nous ne sommes pas là pour les sauver, c'est encore davantage pour les montrer que nous pratiquons la scène. C’est une audace minimum bien loin de la lutte armée. Mais c’est un des spectacles qui recèle encore la nature du beau, quel que soit le corps qui s’exhibe, pour peu qu’il y ait une certaine nécessaire honnêteté à vouloir parler ainsi, nu et sans affect, à ses pareils. Le corps nu en dit encore beaucoup sur notre distance à la barbarie. Sa monstration est l’élégance de l’esprit qu’il transporte. Même dans les cas les plus « ordinaires » ou disons, les moins travaillés, comme l’exhibition sexuelle amateure, la nudité incarne l’humanité brute et par là même, la subtilité de son essence première. C’est ce qui nous constitue avant toute chose ; c’est le socle de la pensée dont nous sommes si fiers. « L’intime est politique » disaient les féministes. Je pousserais plus loin en disant que l’intime et donc le corps et son cortège d’expressions de l’intime, fait le lien entre nos aptitudes au jeu, à l’intelligence, la modestie, l’humour et la compréhension de tous les concepts d’existence. Jouer de nos corps tend à nous rendre moins fous et névrosés, par un affrontement à des pudeurs tout aussi politiques. Jouer nu constitue une action individuelle à faible portée pour la paix. Mais ce sont toutes les micros aventures mises dans la balances qui peuvent encore quelque chose à l’équilibre en mauvaise posture de notre monde inconséquemment dirigé.