Journal des Parques J-50

altéré go - david noir

altéré go - david noirComme annoncé, j’entame ce journal. Je l’espère sans tabou.

Mal dormi. L’insupportable Rapport aux autres m’agite et me taraude. C’est bien le sujet. Depuis des années: seul ou accompagné ? Se défendre des rapports doux comme des aigres ; comment ? Encore hier, on veut tout me faire revoir à la baisse en me faisant croire que c’est mon offre qui est indécente ; qu’on me propose une compétence qui vaudrait tellement plus.  On creuse un peu et rien ; du vent ; où sont le cœur et le talent vantés ?

Chaque échange ou conversation qui engage mon intérêt m’encule à sec ; me baise la gueule malgré des efforts considérables et une agitation fébrile pour me défendre. La fébrilité, évidemment c’est là que le bas blesse. Elle est là mon indécence. L’indignation est à la mode. Indigné, je ne le suis que très banalement par la misère. C’est trop énorme. Il faudrait être indigné par la vie elle-même, par l’injustice de la mort et de la souffrance. Non, moi, indigné, je le suis surtout par l’abus quotidien; le petit mensonge qu’on fait aux autres et à soi-même pour mettre son petit cul à l’abri; privilégier ses vues mais sans ouvertement risquer le conflit et revendiquer ses intérêts. C’est légitime de défendre ses intérêts. Ce qui est une ordurerie c’est de se vanter « généreusement » du contraire.  Alors, à mon tour je me demande comment faire le poids et défendre mes intérêts vis-à-vis des gens les mieux intentionnés.

La posture du metteur en scène m’a finalement un beau jour, dégoûté. Heureusement j’ai réussi plus ou moins à m’en défaire avec les années; à métamorphoser mon désir et mon statut; à les laisser encore plus faire; prendre la main; à laisser la place vide et m’en aller rêver ailleurs pendant qu’ils croient que je suis là. Tant que j’allais dans le sens du poil de chacun tout allait au mieux. J’en  demandais si peu et en apportais tant que c’en était grotesque. Et on était ravi de me laisser penser que j’étais chef. Et eux/elles avaient l’impression de donner, alors qu’ils/elles n’étaient tenus à aucun effort autre que de s’amuser ; même pas celui de la mémorisation d’un texte ; ce dont je me foutais et n’ai jamais exigé. Libres,  vite, nus et texte en main ; on y allait. Y avait qu’à. Mode d’emploi et petits gâteaux étaient servis sur un plateau. Mon ex partenaire m’a dit un jour dans un mouvement de connerie auto-suffisante, étant actrice elle-même, que je n’aimais pas les acteurs. Qu’elle aille se faire foutre ; je n’ai jamais rien aimé d’autre chez un individu que son potentiel à jouer. Ça ne veut pas dire que j’aime son imbuvable narcissisme. Tout le reste m’indiffère, ne me concerne pas ; m’emmerde. C’en est même tellement le seul aspect supportable de ces putains de rapports humains, que je l’annonce au public à coup de grande pancartes : venez ; faites vous acteurs ! Soyez mes camarades de jeu puisque les autres, les vrais, les joueurs professionnels, tout le gentil staff des professionnels du spectacle sont tellement conditionnels ! Ca sera toujours ainsi ; à leurs conditions.

Mr Hyde s’empare de moi. Comme d’hab, la surcharge de travail est telle que j’en vomirais. Ma haine est une bombe atomique. J’en épargne tout le monde et surtout les plus cons et les moins méritant/es. J’en blesse mon amie la plus chère, Any, qui par sa bienveillance et son amour indéfectible se prend mes vomissures plein la face et mes hurlements de bête dans les oreilles alors que je roule seul en voiture. Pardon.

Le reste du monde veut me faire croire incessamment qu’il me fait une faveur ; que je demande tellement trop ; qu’il m’octroie tellement plus. Fuck you ! A la prochaine.