Sang voix

Le désir n’a pas d’objet, qu’il se veuille obscure ou limpide ; il a un but, comme toutes les impulsions primaires. Satisfaction du soulagement de la douleur, apaisement de la soif, satiété de la faim, relâchement du sexe, évanouissement de la gêne physique par expulsion des excréments, urines, surplus de fluides organiques. Écrire n’en demande pas davantage …

Retour d’Erosphère

retour d'Eros
libertin (du latin libertinus, « esclave qui vient d’être libéré », « affranchi »

Bien qu'ayant vécu un triolisme amoureux fondateur et quelques autres passions menées activement de front, je ne suis pas un libertin. Pourquoi ? Parce que, très vite, les relations aux autres m’envahissent mentalement et mon travail en est perturbé. C’est paradoxal puisque justement l’esprit et la pratique libertine doivent, j’imagine, pouvoir répondre à ce besoin de solitude émaillée de rencontres. Mais ce n’est pas si simple dans les faits puisque je ne suis pas capable de ne pas m’intéresser aux personnes avec lesquelles j’ai des relations sexuelles. Quel type d’intérêt ? Affectif, certainement ; érotique, fréquemment ; intellectuel, toujours ; poétique absolument et là est mon affaire, puisque c’est la qualité poétique des rapports qui empoisonne ou enrichie mon imaginaire. Ce n’est donc pas une mince affaire que d’élargir incessamment le champs de ses relations tout en préservant, non pas son indépendance, car seul l’argent me parait en donner réellement et je ne sais pas être riche, mais tout au moins un espace récurent et suffisamment vaste pour penser seul.

Non que je rejette l’échange (je parle ici de façon large, au-delà des sexualités) , mais il doit dans mon cas, toujours être suivi d’une période assez longue pour digérer le rapport en question, de quelque nature qu’il soit. Je fonctionne de même, tant avec les groupes qu’avec les individus. Je me trouve donc perpétuellement en surnutrition. Un être reptilien de ma nature se doit donc de surveiller sa surcharge pondérale affective et psychique au moyen de régimes adéquats. Pas d’ascèse préconisée dans mon cas, mais une alternance et une diversité nutritive vitale. Je digère comme un boa mais consomme comme un ours, de manière omnivore, c'est-à-dire que je peux ingérer à peu près tout et n’importe quoi. Néanmoins, tous les aliments ne sustentent pas de la même manière et possèdent une valeur calorique et nutritive bien différente selon les cas.

La fidélité ne s’exprime donc pas pour moi au quotidien, mais sur un long terme intercalé de pauses de durées variables. Elle se démultiplie à travers autant de liens que je nourris d’intérêts. Cela s’appelle un petit monde à soi ou un environnement social selon que l’on y privilégie une élaboration créatrice ou une consommation de l’échange en terme de finalité.

J’ai eu l’occasion, via le festival Erosphère dans lequel j’étais invité comme intervenant, de côtoyer brièvement quelques libertins/es revendiquées comme tel/les ou simplement intéressé/es par le sujet.

Il y eut deux stages auxquels j’avais donné, puisqu’il fallait bien les nommer, un titre commun sous l’intitulé « Outrance du désir ». Ce qui m’intéressait en la circonstance, était de proposer comme postulat qu’il s’était produit depuis quelques années (sans doute concomitantes au développement d’Internet), un déplacement du libertinage vers la sphère « grand public ». Je ne crois pas d’ailleurs qu’il s’agisse en soi d’une propagation des pratiques libertines qui existent certainement depuis que les lois religieuses ont bâti les fondements essentiels de nos sociétés (morale, éducation, sacralisation de la famille). Je pense d’avantage que la médiatisation du sexe, la démocratisation des objets (toys), images, témoignages et discours sur les pratiques des hommes et des femmes, a propulsé cet aspect du désir humain comme un état de fait sur le devant de la scène. Bien sûr, pour que cela marche, il fallait qu’il existe une population et un public sensible, sensibilisé, voire expert en pratiques libertines ou plus simplement, en « amour libre » comme on le disait plus volontiers dans les décennies 60/70 et en fait, depuis les mouvements anarchistes de la fin du 19ème siècle.

Ce postulat simple et aisément constatable dans les médias et le commerce polluant les murs et dévorant les vitrines de la vie citadine, supposait naturellement qu’il y eu un avant cette exhibition florissante et un après. Mon propos se situait dans l’avant tout en s’adressant à un public de l’après et était borné en amont par l’immense barrière de corail que semble constituer l’œuvre de Sade que je me suis mis en quête de découvrir actuellement progressivement dans son entier.

Le dispositif était simple comme j’aime à le pratiquer dans certains ateliers sur d’autres thématiques : un vaste espace scénique offert en l’occurrence par la grande salle de Micadanses qui recevait le festival, quelques musiques dont le choix me revenait, un panel de quelques textes du dit Marquis, un certains nombres d’images sur papier et sans rapport apparent si ce n’est par la mise en jeu du corps présent dans toutes les représentations humaines, un éclairage légèrement mobile, coloré mais tamisé et 4 micros sur pieds à disposition, destinés à recueillir la parole de participants volontaires selon le flux de leur inspiration. Mise à part une brève introduction, les consignes et indications se devaient d’être réduites au minimum et le mot d’ordre serait : improviser collectivement en immersion totale durant les 3h qui nous étaient octroyés, sans autres limites aux actes que la violence non consentie, l’authenticité des désirs et le périmètre élargi au plus vaste, des imaginaires en présence. Les matériaux à disposition outre les sons, l’espace, les textes et la lumière étaient les corps, sous leur jour le plus charnel, le toucher, le rapport, le commentaire et l’adresse par la parole et le regard. Autrement dit, soi face aux autres dans le contexte d’un tiers, moi en cette occasion. Sans doute la mise en scène la plus simple, si ce n’est la plus originelle que puisse offrir le théâtre. Car c’est bien dans le cadre de la scène que je me situais, étant ici convié pour mes compétences en la matière, associées à mon intérêt pour le corps sexuel et ses représentations pornographiques, mais surtout pour la parole et la qualité du temps qui en découle. Quel cerveau pour quelle sexualité ? Quelle humanité pour quelles relations ?

Le premier atelier fut à mon sens et à celui d’un certain nombre de participants/es qui en témoignèrent, une grande réussite. J’en fus le premier surpris, ne m’attendant pas à voir ma proposition, d’entrée de jeu, si bien comprise et vécue par un nombre important de joueurs/euses.

La nudité des corps s’imposa rapidement, sans heurt ni résistance, même si volontairement rien dans mon propos ne l’avait exprimé comme un prérequis indispensable, ce qu’elle me semblait être néanmoins de toute évidence. Mais j’avais opté pour la mise en place d’une expérience la plus libre possible, basée sur la confiance dans les groupes ainsi spontanément constitués et ne souhaitais border ce grand bain physique et mental que du plus infime cordon de sécurité afin que l’inattendu puisse naturellement y advenir.

Il m’est difficile de décrire l’émotion et la joie que je ressentais 3 heures durant à voir évoluer, s'enlacer et danser, à scruter et écouter ce groupe humain sachant instantanément en ces instants, allier désirs puissants, volonté créatrice et intelligence.

Les groupes se formaient puis se diluaient pour se recomposer différemment sous l’influence érotique des corps échauffés. Les tableaux se succédaient avec une harmonie puissante sans que je n’ai que très peu nécessité d’intervenir, car pour l’heure, il ne s’agissait surtout pas pour moi de foncer dans l’écueil dirigiste de la mise en scène que d’ailleurs certainement peu d’entre eux /elles auraient suivi, n’étant pas implicitement des acteurs/trices. Les actes sexuels concrets qui parfois s’épanouissaient un temps donné, exprimaient tour à tour une merveilleuse puissance ou une enivrante douceur. Que dire de plus si ce n’est que j’ai pu assister maintes fois à la profondeur de l’Être fusionnant avec l’appétit de la chair et que ce fut à mes yeux, d’une sublime beauté dans cet environnement que l’éclairage, librement et tout aussi intelligemment mené par les régisseurs/euses présents ce jour-ci comme le suivant, englobait d’une matière suave et maîtrisée.

Les interventions vocales firent tout autant leur chemin dans la masse sonore que je proposais, pareilles à des serpents sinuant dans les marais. Une improvisation en particulier fut tenue longuement par un homme à la voix posée, fixant du regard les scènes, égrenant une pensée sourde, presque sombre, avec une acuité et une profondeur tellement englobante qu’elle sembla organiser naturellement les tableaux en un système d’horlogerie dont personne n’aurait pu mettre à jour la mécanique vivante sans déchirer violemment l’équilibre de l’ensemble.

S’ouvrait ainsi devant moi et j’espère pour quelques autres, le portail d’accès à un érotisme fulgurant et splendide à l’endroit même où j’aspirais qu’il s’implante ; c'est-à-dire aux antipodes de la consommation « fun » et de la jubilation superficielle, avatar d’un plaisir clef en main trop en vogue pour ne pas bailler d’ennui devant la bêtise consumériste qu’il véhicule.

Il en fut naturellement tout autrement du deuxième jour, car il est bien rare que les miracles se succèdent quand bien même les ingrédients seraient-ils tous d’une aussi grande valeur.

Je n’ai pour ma part, personne à incriminer en particulier pour stigmatiser cet échec, car il est fatalement inclus dans un tel plan, que le groupe, s’il parvient à fédérer ses ardeurs, est en mesure de retourner toutes les situations dans le sens d’un sauvetage potentiel. Encore eut-il fallu qu’il le ressente et que certains de ses membres décident d’opter pour la vitalité plutôt que de glisser vers le versant morbide. Quand à moi, les deux pôles m’intéressaient pour la démonstration que je désirais en faire, même si j’aurais eu à coup sûr, plus de jouissance à regarder à nouveau fleurir une débauche d’écoute mutuelle et se dérouler sous mes yeux un concours d’intime concentration de peaux et de neurones.

Ce ne fut pas pour autant dénué d’intérêt et quelques moments tout à fait appréciables selon moi et constituant le pendant obligatoire de la thématique abordée, furent finalement atteints. Une fois que la dernière bouée de sauvetage fut lâchée et que le plateau se retrouva semblable à un de ces terrifiant désert où l’on n’ose s’aventurer, une infinie tristesse se mit à planer comme un drame suspendu au dessus de la salle et des corps affaissés. Je laissais la musique poursuivre et souligner encore d’avantage les contours de ces rives désormais privées de relief. Je ne sais où se situaient les regards encore présents derrière moi dans la pénombre du gradin, mais fermant un instant les yeux, je me dis qu’il y avais de quoi bander d’un tel naufrage, tant l’homme apparaissait ici, tel qu’il pouvait être, méritant autant sa destruction que sa venue au monde. En cet instant, la mort présentement incarnée me parut aussi belle que la mariée de la veille.

Il était temps que Sade, incompris précédemment, ignoré par le groupe comme il le fut sans doute de son vivant, intervint à nouveau pour éclairer de sa lueur sinistre et cruellement lucide, l’espace environnant que nous nous étions octroyé.

Tout avait commencé par un flambeau de résistances et de superficialité conquérantes que j’avais ressenti d’emblée. Loin du propos soulevé, quelques membres tapageurs avaient illusoirement tenté de le tordre du côté de l’euphorie insouciante et infantile, sous la protection de laquelle plaisir aurait dû rimer avec loisir. Malheureusement la légèreté n’étant pas dans mes gènes, c’était sans compter sur l’attachement viscéral que je pouvais avoir à mes croyances, traduites ici en terme de dérive et d’outrance autour d’Eros et incompatibles avec la simple excitation d’un amusement charnel. Après quelques temps d’un bisounourssage love love que sans méchanceté, je ne situe pas dans mes cordes, j’attendais que le poids lourd de l’introspection sensibilise les esprits et fassent frémir la chair. Le « tout est permis », s’il était bien assumé, devait satisfaire des tenants du désir forcené. Il y en eut quelques uns qui au fil des heures firent naître quelques pépites tout aussi rutilantes que la veille tant en terme de textes que d’actes puissants ou de postures. Une très belle union entre un homme et une femme allongés au sol, accapara quelques temps le plateau d’une fort belle manière. Quelques esprits plein d’éveil au milieu d’observateurs/trices las ou circonspects, surent à plusieurs reprises, métamorphoser l’ambiance par leur intelligence de la situation et leur instinct. Comme je l’ai dit, il n’entrait pas dans mon propos de diriger le jeu. Ce qui était devait être, en l’état, car c’est en tant que un miroir des hommes que se révèle pour moi le sujet d’une performance et il appartient à chacun/e, tout comme dans la vie, d’user de sa liberté pour influer le cours des choses. Quels meilleurs acteurs/trices que des libertins proclamés auraient pu en décider dans un contexte tout entier dévolu à leurs fantaisies ?

Je ne tire de leçon de ces deux expériences que la persuasion renouvelée du pouvoir de l’exhibition comme affirmation de soi pour peu que l’on souhaite la mettre en œuvre. Loin des acteurs poussifs du théâtre en matière de corps, les amateurs/trices de sexualité libre ont en main le potentiel d’un spectacle fort et puissant.

Il leur appartient à mon sens d’en avoir une conscience affûtée pour échapper à une mièvrerie parfois présente dans laquelle ils ne prétendent a priori pourtant pas être et forcer la convention insipide des sociétés laïques, tout autant que l’obscur refoulement des pulsions par le religieux, à se mirer dans le portrait dressé et attractif d’une humanité consciente, pleine de charme, d’inventivité et d’esprit d’aventure.

Il y a en nous toutes et tous, à chaque génération à mon sens, le ferment d’une révolution par le sexe, maintes fois réprimée, plusieurs fois avortée, banalement détournée, mais encore possiblement éclairante pour, comme nous l’évoquions plus tard en d’autres termes avec certains/es des membres, qu’une tendresse des cerveaux les uns pour les autres, annihile les frustrations abjectes et leurs conséquences sordides et élève le niveau de conscience de tout un pan de notre humanité. C’est ce qui, certainement pour ma part, me semble le plus souhaitable encore aujourd’hui, mais qui requiert autant d’exigence dans la jouissance que de lucidité dans les idées pour vaincre le modèle coercitif du couple et des familles où l’amour n’est dans bien des cas, qu’un symbole simpliste et blanc sur un fanion de tissus rose.

Urgence, oui.  De jouir de l’entre-soi ou d’amplifier les libertés ? À chacun son choix, si nous l’avons toujours.

Défense du masque Ulin

Défense du masque Ulin - David Noir
Défense du masque Ulin - Performance - David Noir - #frasq Galerie Nivet-Carzon - 31 mai 2014

Entendez la voix du monstre :

#frasq

Mesdames, Messieurs, suite à un mouvement de grève d’une certaine catégorie d’un genre personnel, nous ne sommes pas en mesure de vous présenter le programme prévu.

Veuillez nous excuser pour le gène occasionné.

 

Comme les enfants morts nés d’une poche trop serrée

Comme les chats sans regard sous un plastique noué

Comme le papier se gaufre

Comme l’éléphant se vautre

Dans tabou redouté

 

Je ne suis pas la monstruosité annoncée

Je suis un homme

Garçon

Je suis un être humain

 

Je ne fais pas trop de chichis, de manières de mon corps exquis,

De pas maint’nant, de je t’en prie

 

Tu vois là, à présent, je suis plus belle que toi.

Je me sens étranglement bien,

Voluptueusement pachydermique derrière la barri-crade de mes défenses empiriques

 

C’est le matin, j’ai froid

Débarrassé de l’urgence de saisir ta croupe, je m’auto suffis par essence

Plaie mobile, je saigne et pourtant je survis, vie, vie, vidéo

Je dois saisir mon appareil photo

Sculpter ce safari à mes oreilles frémissantes

Je m’imprime en 3 D la mélopée de mes cris de brousse

Je cherche désormais d’où suintent mes humeurs,

Tu vois, je pleure

Mais quelle horreur est-il ?

Sois gentil, dis-le moi car moi, je ne sens plus rien là

Plus rien pour me soulever le cœur

 

Comme le papier qui se gaufre

Comme l’éléphant qui se vautre

Dans tabou

J’aime le blazer désabusé qui épaule ma masculinité depuis l’orphelinat

 

Je suis homme

Je suis un être humain

Je suis virilité mais je manque de bras pour battre l’air autour de moi

J’ai ma queue comme chasse-mouches

 

Par mon appendice je m’accroche à vos bouches

Suprême collage génétique

Je trompe ainsi mon bon public

 

Ne reste donc pas bouche bée,

On n’admire pas les éléphants si on n’accepte pas les noirs

J’ croyais qu’ t’avais compris Babar

 

Salope !

Le mot salope est tempétueux.

Il excite, au rythme des passions phalliques,

 

Salope, celui et celle qui ne demande qu’à jouir 

Aime à jouir, ne cache pas son plaisir

À quatre pattes salope !

Ton fantasme va plus loin que ça

 

Au-delà des mots, salope !

Rêve d’une vulve endiablée,

Salope, étonnante beauté,

Pourquoi l’humilié fait vibrer ?

Mais qui baise-t-on au fond de ces contrées ?

 

La honte visse son trophée dans le mur de ma fébrilité

Chasse, accours, viens jusqu’à moi

Je ne connais pas ces gens qui courent, fêtards 

Je ne connais que leurs avatars

 

J’aime le blaser respectable qui m’épaule tout au long des couloirs où je retrouve les miens pour boire

 

Bien élevé, moi je vis comme un homme véritable

Les beaux mensonges sont bannis de ma vie raisonnable

Bobard hait la vieille dame aux genoux cagneux qui supplie : « Caresse mes cuisses déformées je t’en prie»

 

Eh les fentes manichéennes, il est trop tard pour m’aimer, vilaines,

Pour accueillir en noir et blanc le turgescent tourment de ma peine   

 

Remontée en substance de la semence de mon cerveau reptilien à hauteur de mon néocortex.

Retour primitif à mes vrais instincts qui eux seuls me veulent du bien.

Oui, en vérité je vous le dis, tout pouvoir est un abus

Tout effort de conviction, un viol avec pénétration.

 

Tu es prise au piège de mon foutre gluant, salope !

 

Ainsi les braconniers violents se sont soulagés dans ma chair jusqu’en dessous de ma peau épaisse

Dans la viande de ma viande, sous la rugueuse vigueur de mes fesses

 

Sans défense des barricades, je ne donne pas cher de la dépouille de nous autres dilettantes sexuels

J’urine à profusion sur vos simagrées de dévotion, de séduction

J’éventre le premier qui doute et même si j’en meurs empoisonné, je broute le textile des nations

 

Le voile me donne des vapeurs, laïques et obligatoires.

Tant pis, mon pied imposant, racorni te servira de porte parapluie.

 

Bientôt, nous irons nous coucher dans les cimetières d’en haut,

La connaissance est un fardeau

Il est temps de mourir idiot.

 

Les pénétrables sont aujourd’hui en élevage.

Les humains, qu’ils soient noirs, blancs, jaunes, élèvent le soumis comme les fourmis le font des pucerons.

Comme les fourmis le font des pucerons.    

 

Homme trop petit pour m’étreindre, je t’écris des mots simples pour qu’ils puissent entrer dans ta trogne.

 

Monstre heureux je ne suis pas comme toi car je me fous des choix qu’il faut faire pour mon bien.

Je fais avec mon handicap. Ç’eut pu être pire face aux chasseurs d’ivoire et d’ébène noir, qui débordent.

 

Humain, erreur du petit « a » jusqu’au grand « Z », tu t’es trompé de horde

Je te vois, jeune, filou, lointain, narcisse affamé de chair, lécher les bottes des puissants.

Je ne peux pas vouloir ta mort pourtant, mais ton espèce m’a m’oublié

Toi, tu me trahis, moi qui t’aimais, charmant.

 

Artifices et dégénérescences sociales résonnent dans ton coeur.

Tu pourris ma nature, adulte avide de vaincre et tu nuis à ceux de ma race.    

Être un homme, ce n’est pas toi et ta vie affairée.

Adulte, tu es enfant mal vieilli en panique à l’idée de te voir soupçonné d’un geste irresponsable.

 

Éducateur, gouvernant, décideur, dirigeant, mâle aux convictions fallacieuses, femelle en quête de reconnaissance douteuse,

Tu n’es qu’une bouse avec un costume autour.

 

Puisqu’on en est là ensemble, dans ce capharnaüm des horreurs, accepte cependant ma poigne dégénérée et couchons-nous de bonne heure.

 

Demain nous irons nous promener dans ton monde, faire le tour du propriétaire où t’es rien.

Que dis-tu de ce cadavre mutilé sur le bas côté du chemin ? De ce cadavre au sourire exquis ?

 

Pardon si je fais de la poésie, mais la mienne ne peut orner ta bibliothèque en teck.

Il y a cette haine qui ne peut cesser de se dire, venue de mon tréfonds millénaire

 

Mais tout ça, quelque part, tu n’y peux plus rien.

Car il faut bien manger, il faut bien jouir et aimer,

Il faut bien enfanter, il faut bien faire carrière,

Il faut bien faire passer pour des aptitudes ses connaissances légères.

Il faut bien adhérer aux lois du genre et de l’espèce.

Il faut bien obéir à tout ça.

Même si tout nous blesse

 

MLF hante encore ma nuque clairsemée, même si je ne crois guère pouvoir finir qu’empaillé par ces dames bien intentionnées

 

Aujourd’hui je vous invite toutes et tous à la ruine de mon biotope

Pour toujours et à jamais, bien solennellement devant vous, je marie la forêt

 

Retrait du masque. Visage affublé de prothèses.

 

Bonjour, bonjour les p’tits éléphants !

Alors comment ça va ce soir ?

 

Chanson

 

« Au printemps, au printemps, au printemps j’aurai 16 ans … »

Au Printemps - Marie Laforêt (1969) - Interprète : Marie Laforêt - Compositeurs : Pierre Cour / André Popp

 

Mesdames, Messieurs, suite à un mouvement de grève d’une certaine catégorie d’un genre très personnel, nous ne sommes pas en mesure de vous présenter le programme prévu.

Veuillez nous excuser pour le gène occasionné 

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© David Noir 2014

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... merci de votre curiosité ...

 

Journal des Parques J-8

sexesMON CON BAT

L’évocation d’un « féminin » palpitant à l’intérieur même de ma verge d’homme, associée à l’idée de lutte pour parvenir à en être un selon mes critères, m’est apparue judicieusement exacte pour parler de mon identité masculine telle que je veux la dépeindre et la revendiquer. Fatalement, la similarité sonore du titre de ce post avec la traduction phonétique française du manifeste d’Adolphe Hitler n’échappe à personne, d’autant qu’elle a évidemment aussi contribué à susciter ce choix. Ce facteur provocant est bien sûr aussi susceptible de générer un intérêt à mauvais escient que d’inhiber un attrait que justifierait pourtant le contenu. Cette réflexion en particulier m’a donc, dans un second temps, retenu de l’utiliser. Pas uniquement par un principe éthique dont il est inutile de m’enfler à peu de frais ici, tant il serait banal de m’en réclamer, mais surtout parce que rien dans ma prose, loin s’en faut, ne va spécialement dans le sens de la doctrine nazie et qu’il y aurait des risques à y être primairement associé par un réflexe simpliste. Est arrivé finalement le troisième et ultime moment où j’ai décidé de braver le « danger » et d’assumer les à côtés de cet intitulé avec humour. Un portrait moins flatteur me pousserait à dire aussi : avec d’avantage d’honnêteté. Car si j’espère que ma prose diverge de celle, nauséeuse, d’un assassin de masse, il serait faux, tout objectif de déclencher une guerre mondiale mis à part, de ne pas vouloir me réclamer d’une forme de proximité pouvant se justifier pleinement entre nos modestes talents de littérateurs. En effet, il est indéniable que mon propos, lui aussi, s’exprime fréquemment sous forme de manifeste, qu’il est sous-tendu en profondeur par une « idéologie » artistique et affective et qu’il prétend contenir également en germe un plan stratégique d’existence, à défaut d’en proposer un axe purement offensif.

Aussi, bien que ce choix puisse prêter à controverse, vais-je le défendre tout en le modérant par cette introduction, afin qu’il ne nuise pas trop à mon véritable sujet de fond, qui lui, est déjà bien suffisamment objet de débats médiocrement menés, quand il n’est pas tout simplement parfaitement ignoré. Ayant, en bon soldat, plusieurs fois changé mon fusil d’épaule, je suis donc prêt à me lancer dans la mêlée, ou plutôt, à tenter d’en créer l’ancrage, tant elle me semble inexistante dans le paysage culturel de ce pays. Ces quelques lignes pourront sembler à beaucoup un apport incongru, voire sans objet, au débat social et esthétique. C’est justement cette invisibilité du Masculin et du Féminin en tant qu’identités particulières à force d’être trop visibles, l’un en tant que symbole de la puissance belliqueuse mâle, l’autre, par un surcroît de valorisation des appâts qu’il présente, en tant que synonyme unilatéral de l’érotisme, que je perçois quotidiennement et souhaite à nouveau dénoncer. Je tenterai d’y parvenir par un sincère appel à la raison, en invitant les plus réticent/es à décrypter plus simplement et avec moins de crispation, encore une fois, les beautés crues de notre pornographie pour ce qu’elles sont: d’émouvantes représentations de nos natures mâles et femelles. Pour moi, garçon, ces images ont les qualités, pour beaucoup d’être belles et pour toutes, de relater simplement le réel. Il faut passer bien sûr, pour s’en apercevoir, la fascination déroutante de l’excitation. Au-delà de générer et soulager les tensions sexuelles, elles peuvent nous ouvrir les portes vers d’autres vérités premières. C’est, paradoxalement, une fois la jouissance passée, qu’il faut y prendre garde.

Le portrait des sexes n’est pas difficile à faire. Aisément lisibles et variés dans leurs formes et leurs attraits, ils reflètent pour moi, la simplicité abordable des individus. Aussi curieux, voire choquant que cela puisse sembler à certains/es, ils sont à mes yeux, les visages de notre enfance. Même vieillissant, la peau devenue parfois plus flasque ou tombante, ils conservent une bonhomie, une fermeté rebondie qui leur confère un aspect « souriant ». C’est sans doute parce qu’ils sont capables de nous troubler et de nous exciter qu’ils oblitèrent la personne qui les possède au profit de la possession qu’ils nous inspirent d’en avoir. En ce sens, les sexes sont nos amis davantage que les gens, dont la tête exprime en premier lieu la promptitude à juger et dénigrer.

Les sexes sont sympathiques et partageurs. Il y a pour moi un cheminement hiérarchique de l’accès spontané aux corps qui va du sexe à la tête en passant par les pieds et les mains. Les pieds souvent malmenés, quand ils ne sont pas affreusement négligés ; couramment cachés dans les sociétés occidentales comme des substituts honteux d’ordre sexuel, premiers paliers d’accès à nos intimités avant le grand déballage ; soupçonnés d’être malodorants quand bien souvent, ce sont l’absence de traitement et l’enfermement constant qui les poussent à ces états extrêmes, sont un indicateur efficace de la nature intellectuelle et génitale des êtres humains. Il y a des pieds « naïfs », comme des pieds « nerveux », des « racés » comme des « vulgaires », des « sanguins » comme des « diaphanes », des « bêtes » comme des « futés », dans les deux sexes. Je sais, avec un faible pourcentage d’erreur, si je peux trouver une entente sexuelle et à quel degré, en regardant la forme et l’expression des pieds de quelqu’un. Relativement primitifs au regard de nos mains, ils sont le dernier avant-poste avant la voie royale menant aux parties génitales. Je suis aussi informé par eux, en dehors des liens qu’ils entretiennent avec mon désir sexuel, de la personnalité plus profonde de chaque être et particulièrement de son degré de maturité, parfois camouflé sous les masques faciaux dont nous usons avec virtuosité. Tout comme le sexe, le pied est brut et ne ment pas. Nous n’avons que peu de possibilité de leur donner une identité autre que celle révélée par leur nature. La pauvreté de leurs relativement faibles moyens d’expression fait leur richesse. Tout ce qui est « menti » par le visage est révélé par les pieds, dans le bon comme dans le mauvais sens. Complexes et prétentions de leur porteur/se sont mis à jour par leur observation. Pareillement aux sexes, nous ne pouvons que très peu les contrôler. Quoi qu’on fasse, à moins de les emprisonner ou de les effacer, ce qui constitue une base de nos rapports sociaux quotidiens, ils parlent sans qu’on y puisse rien faire, de leur langage primitif et dépourvu de duplicité. Ce sont les retardés mentaux de notre corps et ils y jouent le même rôle essentiel que les handicapés du même ordre, nous rappelant par leur seule existence, combien nous prétendons être ce que nous ne sommes pas. Fantasmes de gros ou de petits zizis, tout est là et on a tort de voir exclusivement du sexe dans ces quêtes courantes de l’esprit, quand il s’agit de rêves associés à l’idée de personnalités déterminées que l’on a soif d’être ou que l’on voudrait trouver dans un alter ego. Ou alors … c’est que le sexe ne se résume pas à ce qu’on dit qu’il est, ni par sa fonction, ni par le désir qu’il nous inspire. J’y crois profondément et c’est un sujet puissant, insondable et positivement explosif, qu’il me faudra plus de temps et de latitude d’esprit que je n’en ai actuellement pour m’y atteler en écrivant les pages de ce blog. J’y reviendrai assurément.

Notre corps est, tout le monde l’aura remarqué, incroyablement divisé de façon binaire. Il y a bien sûr la symétrie duale de nos membres et de nombre de nos organes apparents et internes ; cette symétrie est organisée longitudinalement suivant l’axe vertical de notre corps. Elle reflète le monde du visible, de nos pieds aux deux hémisphères de notre cerveau. Mais il existe, non une symétrie cette fois, mais au moins, "Une" frontière, si ce n’est "La" frontière nette, perceptible de l’extérieur et naturellement transposée aux organes, dont la jonction des deux parties qu’elle sépare fait de nous ce que nous sommes. C’est elle qui révèle le mieux notre double nature, matériellement invisible. Cet axe est celui des abscisses, qui signifie étymologiquement « scindée » et nous traverse horizontalement au niveau du nombril. Comme en géométrie mathématique, il est donc orthogonal à l’axe que j’évoquais plus haut. Selon un processus d’association qui m’est cher, comment ne pas s’émouvoir de la récurrence des lettres X et Y pour désigner à la fois les coordonnées physiques de tout objet ou espace, y compris nous-même et le choix qui a été fait pour élaborer le système de détermination sexuelle avec lequel la génétique fonctionne, séparant les êtres humains selon leurs chromosomes en xx et xy. La poésie est certes encore trop éloignée de la science dure pour influencer celle-ci par ses rapprochements imagés, mais rien ne coûte de se demander si, dans son intrinsèque recherche de cohérence, l’esprit humain n’a pas fait la relation entre une verticalité phallique caractérisée par le Y qui lui est dévolu et une horizontalité plane, ouvrant sur un horizon étal, apanage du X féminin. Si nous suivons cette logique, notre physionomie s’inscrit donc elle aussi, dans les dimensions déterminées par un axe des « ordonnées », dont le sens étymologique vient du latin du latin "ordinare" : mettre en rang (Wikitionary), qui ne cache pas sa rigueur martiale, et un axe des « abscisses », ligne dont nous sommes virtuellement traversés. Pour donner du volume à cette représentation à deux dimensions, il nous faudrait faire appel à l’axe des « Z », auquel je ne connais pas de nom autre que celui-là. La profondeur ne serait-elle pas identifiable ? Contentons-nous des deux premiers et intéressons-nous plus spécialement à cette coupure horizontale qui m’interpelle plus particulièrement.

Au-dessus : tête, mains, réflexion, conception, réalisation, langage. Au-dessous : sexe, pieds, fesses, désir « primitif », reproduction, jouissance, marche, course, fuite, défécation. Au milieu, ombilic, naissance, lien ombilical, origine. Et les seins alors, me direz-vous ? Il est vrai que, bien qu’appartenant chez l’homme comme chez la femme à la famille des zones particulièrement sensuellement sensibles, je leur vois un statut privilégié qui les attache néanmoins à la partie « mentale » de notre géographie physique ou du moins, tout à fait sociale. Symboles de l’allaitement ou de la force virile, ils appartiennent à la poitrine, donc au torse, constitutif des étages élevés du corps, et de ce fait, bénéficient d’un traitement de faveur. Même s’ils demeurent d’évidentes zones érogènes que l’on a plaisir à embrasser et manipuler, tout comme la bouche ou le lobe de l’oreille, nous pouvons les considérer comme « assimilés », au sens de l’intégration des populations minoritaires, car ils ne posent pas de réels problème d’obscénité socialement parlant. Évidemment, tout dépend du traitement qu’on leurs réserve en terme d’images. Aussi les raccorderais-je plus volontiers, comme ils le sont par nature, à cette zone de transit d’un monde à l’autre que constitue le tronc et qui, à mes yeux, du fait de son caractère « familial » (seins : maternité, nombril : naissance, pectoraux : défense virile du foyer), se trouve assez éloigné d’un caractère trop ostensiblement animal. Les fonctions naturelles du poitrail (étant également le siège de la respiration, mais surtout du cœur et de ses symboles) font des seins, des organes « diplomates », qui ont su faire leur place au soleil, tant au figuré qu’en pratique au « sein » de nos cultures. Cette vaste et majestueuse plaine, relativement neutre et à découvert, que représente le torse n’empêche de toute manière pas, que nous pouvons être lu/es comme une feuille de papier dépliée dont les deux faces mises en contact au préalable ne présentent rien de comparable à la symétrie parfaite observée dans la hauteur. L’X se révèle de ce fait, être l’anti Y par excellence ; la négation d’un test de Rorschach que l’on aurait voulu tenter par un pli dans ce sens inhabituel. Là, aucun fondu subtil faisant apparaître des créatures fantastiques hybrides ou connues, aucune illusion d’optique créée par le dédoublement d’une même forme. Rien ne colle. L’image obtenue est hétéroclite et ne donne pas de déesses bicéphales, ni d’Homme de Vitruve quadrimembre, dessiné par Léonard de Vinci. Voûtes plantaires incrustées dans la face ou en aigrette au sommet de la tête, selon qu’on fait le pliage au niveau du ventre ou à la jointure naturelle de nos jambes : on n’y verra rien de plus palpitant ni évocateur que quelqu’un se pliant en deux, remontant naturellement les membres inférieurs joints vers le haut du corps. Contrairement au pliage procédé dans l’autre sens, impossible à réaliser autrement que sur le papier, cette posture nous est banale, même si elle apparaît plus parfaitement exécutée par un/e contorsionniste de métier. L’animalité physique habite donc, de fait, la partie inférieure de notre corps. C’est sans doute normal pour beaucoup ; ça reste une particularité incroyable pour moi. Comme si l’évolution et les progrès de notre intellect, allaient et venaient timidement de nos mains à la tête et de la tête à nos mains, sans pénétrer plus avant les régions désertées du corps animal. Le dialogue se poursuit en privé depuis des millénaires, sans que sexes, pieds, jambes, ni anus ne soient réellement conviés à la table des négociations. Tout se décide en apparence dans ce petit entre soi. Nous savons bien pourtant, combien la douleur de n’importe qu’elle partie de nous-même ou l’appétit sexuel peuvent nous tarauder. Qu’à cela ne tienne, tant que c’est « tolérable », nous leur intimons l’ordre de parler plus bas, en sourdine ; au pire, d’aller voir dans l’inconscient si on y est. Ainsi en tous les cas, en avons-nous décidé d’autorité pour ce qui est de l’expression publique de nos parties génitales, jugées trop ânonnantes pour passer en classe supérieure.

Je vais tenter une ultime fois, dans ce dernier développement, de leur redonner droit de cité aux oreilles de toutes et tous ; ce que je fais personnellement, désormais ordinairement, depuis des années que j’ai pris conscience de la disparité injustifiée de mes échanges avec mon propre corps.

En vérité, notre part « inférieure » mérite une écoute plus juste qu’une simple réponse physique aux exigences que ses membres et organes font entendre. J’entends par là une écoute sociétale sérieuse qui finisse par nous y faire réagir un peu moins imbécilement ; ce qui, j’en suis sûr, changerait la face du monde et de ses horreurs quotidiennes. On ne pourra pas me rétorquer que baiser ou chier bénéficie de la même considération, ni des mêmes qualités et diversités de lieux dévolus à leur agrément, que manger, entendre ou voir. Les réprouvés processus ne font pas partie intégrante de la Culture, si ce n’est en discours techniques, sentimentaux, plus rarement sociologiques. Ne pouvant nier leur importance vitale, la société entend leurs revendications comme celles de parents pauvres, lointains cousins de nos intelligences ; bien obligée de se conformer à leurs besoins, mais souvent de façon trop hystériquement exceptionnelle pour l’un ou grincheusement expéditive pour l’autre. Le film de Dick Turner, La grosse commission, auquel j’ai eu le plaisir de participer, est un des rares exemple à ma connaissance, de dissertation cinématographique sur le fait qu’on ne se retourne pas volontiers sur nos selles une fois produites, hors la motivation anxieuse d’y détecter une maladie supposée. C’est pourtant le contraire qui est dicté par la nature. L’interprétation des images et des odeurs est donc, elle aussi, évidemment fruit de nos éducations. Autant peut-on dire objectivement qu’il existe des odeurs fortes et des plus faibles senteurs, autant penser qu’il nous est naturel de les apprécier ou de les fuir avec dégoût est purement faux et culturel ; les mondes de la faune et des nourrissons que nous avons été sont là pour nous le prouver.

Mais la volonté d’éduquer dare-dare,

- et non de civiliser ; on associe de façon trop simpliste, raffinement et morale bourgeoise ou traditionaliste chez la plupart des peuples. Rien de rationnel n’empêche de rêver une culture dont les valeurs de fond seraient basées sur le respect attentif de nos instincts premiers. Aimer sainement les acteurs de ses pulsions n’est pas antagoniste avec le développement d’un cerveau performant et peut-être même, supérieur au nôtre, gâché qu’il est, à temps quasi plein, à être utilisé comme chien de garde de nos débordements. Pas très glorieux pour la puissance de calcul et de création d’un pareil organe -

... est si prégnante, que le vite fait, mal fait inspiré de la panique qu’inspirent les pulsions - et encore d’avantage à propos de l’enfant - pousse les éducateurs à penser que chaque âge mérite son étape de croissance indispensable, adéquate et conforme à ce que lui demande l’insertion sociale. On peut trouver cela pratique si le but est de normaliser les populations. On peut également penser qu’une souplesse plus adaptée aux véritables individualités donnerait autre chose. Sans faire de sondage, il est facile dès à présent de constater qu’il y a encore beaucoup trop de déviances, violences irrationnelles, comportements insensés qui courent les rues et les familles, malgré le cadre restreint donné aux usages, pour clamer être certain de la qualité des performances de l’attention portée au développement.

L’apartheid entre corps social et corps animal est encore trop banalement la norme, pour qu’il en soit autrement. Les sexes, chattes et queues, sont toujours pétris de l’innocence de leur faible culture - et c’est mieux que cela reste ainsi, si par un malheur désolant, la culture du sexe devait équivaloir à une simple et réductrice connaissance pratique des actes ou servir de supports, en tant que potiche de salon, à la psychanalyse, comme c’est le cas actuellement.

À mon sens, il y a mieux à leur faire faire que cette figuration intelligente à laquelle nous les avons abonnés. Cerveaux animaux, moteurs de la reproduction et par extension de celle-ci, du désir de nous unir, les sexes nous offrent leurs visages anonymes, dépourvus d’yeux comme des larves primitives mus dans la vie, par une poignée de fonctions seulement. Je les vois tels des tamagotchi bien vivants, sur lesquels il faut veiller sous peine de les voir s’étioler en de misérables organes fonctionnels que l’on sort et rentre par obligation contraignante, comme un chien que l’on n’aime pas. Les sexes se décryptent comme des galets roulés par l’océan, des runes mystérieuses dont les pictogrammes symboliques sont faits de veinures et de replis. Leurs photos, leur contact qui n’implique pas d’en avoir le désir de consommation, composent l’infinie collection de petits bibelots de chair et de mémoire qui me rendent l’humanité sympathique. Derrière chacun d’eux se cache une personne, propriétaire et maître incontesté, à qui bénéficie toute stimulation de leur caractère hautement excitable. Petits esclaves dociles et fidèles, ils font de leur mieux pour afficher un avatar avenant de celui/celle qui les porte, à distance des traits du visage, qui, bien plus que le dessin des formes d’un nez et de deux yeux, reflètent l’expression mentale de la personne. Photos de l’un et de l’autre devraient figurer sur nos CV et papiers d’identité, pour rendre fidèlement qui nous sommes.

Comme la voix entendue à la radio, le sexe vu en premier avant le visage - comme cela peut être le cas dans les rencontres par annonces sur Internet - nous fait découvrir l’étendue de la possible supercherie qui s’immisce, une fois le tableau complété par la tête, entre la frimousse joviale ou intrigante du sexe et la gravité refermée ou la fausse pudeur de l’âme. De joyeux/se, détendu/e et excité/e qu’on était, on découvre avec surprise et parfois angoisse, la bannière sérieuse et impressionnante du visage qui flotte au sommet de ce corps, dont la chair sans a priori nous avait attiré/es. Sans doute les lèvres dodues plaisantes à pincer comme des joues d’enfant malicieux, les glands à bout rond et rouge comme de bonnes pommes cirées, les testicules affectueux roulant dans la paume des mains n’ont-ils pas d’autre âme que celle qu’on prête aux animaux de compagnie et c’est bien ainsi. Si vous savez les aimer autrement que comme de purs organes fonctionnels, uniquement égoïstement pour le plaisir qu’ils délivrent, mais aussi pour le charme de leur être propre, telles les braves bêtes qu’ils m’évoquent, toutes entières tendues vers vous et vos moindres agissements, les sexes, mieux que leur maîtres et maîtresses, sont des compagnons fidèles et peu exigeants qui ne réclament finalement que caresses et hygiène. Ils sont certainement une des meilleures parts de nous-mêmes et la société le leur rend bien mal en se refusant à hisser au rang de poèmes vivants leur expressivité naïve au sens où on l’entend pour les Arts premiers. Y voir plus que des pourvoyeurs de jouissance ou de miction est leur rendre grâce. Ils le méritent pour toutes les fois où ils rendent supportable par leur disponibilité indéfectible, l’ignominie de leurs hôtes et hôtesses, qui feraient mieux de s’inspirer des comportements qu’ils nous dictent avec une fraîcheur enfantine, plutôt que de les brider ouvertement pour mieux les exploiter en secret. Les parts d’une enfance animale qui nous composent sont inaltérables, mais réclament, pour que nos têtes pensantes, siamoises de naissance de nos organes génitaux, vivent mieux en leur compagnie, de leur faire publiquement la place réelle qu’elles occupent dans nos cœurs. C’est, entre autre, cette tendresse naturelle, inspiratrice et objective, que je propose de mettre en œuvre ; à propos de laquelle je désire faire réfléchir et agir.

Journal des Parques J-16

Les animaux décousus-David Noir

Les animaux décousus-David NoirLes animaux décousus-David NoirLes animaux décousus-David Noir

Extrait d'une métamorphose du film Les Animaux Décousus (David Noir 1992) intégrant la séquence filmée au cinéma de St Michel
Cinema Paradiso

La seule et unique fois où je suis allé dans un cinéma porno, c’était en 1991, pour les besoins de la vidéo de long métrage que je réalisais alors et dont j’ai déjà indiqué dans ces pages combien sa création fut décisive et à la source de tout ce que je mis sur pied depuis, notamment au théâtre. Le film s’intitulait « Les animaux décousus » et procédait d’une exploration intime, tournée principalement seul, sur la base de mon propre corps comme matériau visuel, en particulier mon sexe, puisque sa présence en tant qu’entité perçue comme partiellement indépendante de ma volonté en était le sujet. Je fis appel à quelques ami/es pour un certain nombre de plans, mais la majorité des images mettaient en scène davantage de lieux et d’objets en plus de moi-même, que de personnes. Pas de dialogue ; seulement quelques phrases échangées, filmées sur minitel et des titres insérés, comme j’ai pris depuis l’habitude de le faire de plus en plus abondamment dans mes spectacles, considérant ces « cartons » à la façon du cinéma muet ou des placards publicitaires, comme une écriture en soi.

Les scènes de « sexe » que j’envisageais me semblaient trop compliquées à entreprendre, n’ayant pas d’argent pour embaucher des professionnel/les et ne connaissant personne prêt à s’y prêter gracieusement. J’eus quand même, vivant entre autre, une histoire avec un garçon, comédien de mon ex-troupe, l’opportunité d’utiliser quelques plans de notre relation avec son accord, mais ces seules séquences, relativement softs et uniquement homosexuelles, ne suffisaient pas à mon projet. L’aventure ayant également comme pivot ma solitude, je ne me voyais pas creuser ce filon plus avant et n’avais que peu d’occasion d’exploiter davantage mon relativement pauvre quotidien en matière de sexualité. Je tentais une fois, par le biais d’une petite annonce dans un journal gratuit, d’employer les services d’un genre de modèle x amatrice, mais je dois dire que sa présence dans ma chambre organisée en mini studio et son hygiène douteuse, ne m’encouragèrent pas à la solliciter plus que pour une séance de déhanchements lascifs maladroitement exécutés. Devant la maigreur de ces situations, j’optais pour l’emprunt de quelques images à l’industrie du genre, Internet n’existant pas encore. Une ou deux K7 vidéos, quelques coupures de journaux érotiques et une visite dans une cabine automatique d’un sex-shop compléteraient l’autofilmage de mes masturbations, auxquelles j’adjoignais des accessoires du commerce ou de ma fabrication pour simuler les vagins ou autres organes manquants. Au-delà de la nécessité de collecter des plans, la curiosité m’imposait de plus en plus de me rendre dans une de ces salles mystérieuses, à la réputation sulfureuse, dont tout le monde faisait régulièrement mention dans des plaisanteries salaces ou pour condamner sans appel cette cinématographie dégoûtante. Il n’existait déjà plus guère de ces lieux dans Paris, dont l’exploitation peinait à survivre à l’explosion du VHS. Je choisis une salle du quartier latin, encore ouverte alors au nez et à la barbe des passants, pour sa situation délibérément provocante en plein sur le boulevard St Michel.

J’emportais avec moi un caméscope Hi8, préparé au préalable en caméra cachée dans un sac de cuir, dont la fermeture Éclair à demi-ouverte laissait passer l’objectif. Ce serait assurément peu pratique pour cadrer, mais je ne pris pas le temps d’élaborer davantage mon matériel, me disant que j’improviserai sur place, sentant bien de toute manière, que mon émotion serait sûrement trop forte pour que je conserve une maîtrise froide de mes gestes. Si le résultat était raté, j’y retournerai, voilà tout. Ce serait donc une première séance de repérage.

Quand je parle de « mon émotion », je ne veux pas parler d’une excitation d’ordre sexuel. Avant même de partir en expédition, je sentais bien alors, que ce qui m’envahissait peu à peu et rendait mes mouvements fébriles, n’avait rien à voir avec le désir. J’étais fortement ému d’une rencontre que je me préparais à faire avec un monde que d’instinct, je respectais infiniment. De la même façon que j’ai pu l’évoquer à propos de ma considération pour les filles plus tôt dans ma jeunesse, la pornographie, la vraie, celle dont les acteurs, au sens large, faisaient le choix de la transgression, au risque d’essuyer le mépris de leurs détracteurs, sans doute envieux de leur liberté, m’inspirait un immense respect. Outre mon intérêt pour les corps et la représentation des désirs « primaires » en action, l’argument politique, implicitement défendu par le secteur porno face à une société hypocrite et moralisatrice, toujours à l’âge du puritanisme inculqué par la chrétienté, forçait mon admiration. Seulement, je ne m’y connaissais guère en iconographie de ce style et ma culture cinéphilique n’allait pas plus loin que L’empire des sens, film fantastique par ailleurs, mais s’il appuyait son scénario sur quelques scènes ouvertement sexuelles, ne pouvait y être totalement « réduit ». Les « auteurs », aussi talentueux que soit un Nagisa Ōshima, ne peuvent facilement se départir de leur fascination pour une certaine vision de l’art et sont presque toujours obligé d’y sacrifier, pour ne pas perdre totalement le contact avec la rampe qui leur sert de guide pour les aveugles qu’ils demeurent devant le réel. Il est d’usage de trouver essentiellement en cela une qualité supérieure. Je dois dire que, m’intéressant à la question, j’y reconnais plutôt un handicap. Si l’art sublime le réel, c’est aussi parce qu’il est incapable de se résoudre à le retranscrire sans une déformation esthétique. On chante ses prouesses à juste titre comme étant propres à exprimer le fleuron de la sensibilité humaine ; je ne peux, tout en partageant ce sentiment - culture et éducation obligent - m’empêcher d’en ressentir les limites et de soupçonner l’élan artistique de jaillir souvent pour de mauvaises raisons. Le ressenti des émotions s’apprend « hélas » aussi, plus qu’il ne s’exprime spontanément et recourir à l’art pour toucher au sentiment du divin revient, il ne faut pas l’oublier, en particulier quand on le pratique, à rétrograder le réel à un niveau moindre et considéré comme plus ordinaire. Bien sûr, photographie et reportage ont fait sa place à cette représentation plus « crue » de la réalité des choses, pour nous en faire toucher la beauté ; la fiction et son cortège d’inventions plus ou moins réussies tiennent quand même toujours le haut du pavé en matière de création d’art. Sans doute faut-il au lieu de les rapprocher, davantage séparer les deux choses et considérer que l’imaginaire, bien qu’inspiré du réel, évolue dans son pré carré sans véritablement frayer avec le concret immédiatement perceptible de nos vies. « Les gens veulent du rêve », entend-on à longueur de temps ; les gens veulent des dieux à adorer pour s’épargner la responsabilité de travailler sur leurs vies et ainsi pouvoir s’en plaindre à loisir, devrait-on dire. Éternelles victimes du sort, branleurs/euses de première pour ce qui est de la réflexion d’un cerveau qui manque souvent d’être aussi réellement masturbé que leurs parties génitales, les êtres humains que nous sommes m’inspirent une désespérante lassitude devant leur complaisance de cancres en tous les domaines, hormis le foot et le fun où ils/elles excellent, à travers l’euphorie qu’ils/elles s’y procurent. Curieusement, malgré la vantardise largement répandue de vivre un plaisir décomplexé et sans « prise de tête », il n’est pas besoin de grandes démonstrations pour savoir qu’à l’évidence, un fossé, large comme la distance de la terre à la lune, sépare leur véritable vie des images qu’ils en donnent. Et en terme d’images, justement, le cinéma pornographique a ouvert de larges voies fécondes, dont on perçoit les premiers bénéfices au quotidien aujourd’hui, à travers la liberté d’exhibition dont se saisissent les internautes. Je doute que ses pionnier/es soient un jour remercié/es et honoré/es selon leurs justes mérites et je profite de ce post pour rendre pour ma part, un hommage chaleureux et sincère à Claudine Beccarie, dont la liberté de ton et l’allure altière pour défendre son gagne-pain qu’elle manifeste dans le magnifique Exhibition tourné par Jean-François Davy en 1975, reste à mes yeux un des plus beau témoignage humain enregistré qui soit. Quiconque a vu ce célèbre documentaire ne me démentira pas je pense, et comprendra sans doute ce que je veux dire, quand j’exprime à quel point je suis effaré et meurtri que malgré des scandales politiques lamentables à la Cahuzac, l’opinion publique demeure si obtuse, qu’en son for intérieur elle continue de faire le lit des puissants qu’elle déteste envieusement, ainsi que de la bêtise généralisée, plutôt que d’encenser naturellement des personnes sans vice, au sens d’une honnêteté et d’une dignité aussi impressionnante que celle dont fait preuve cette femme, par-delà de son statut d’actrice. Je lui dois un de mes enseignements les plus profonds sur la beauté et les rapports humains tels que j’aime à les imaginer. Merci à elle.

Mais revenons-en à ma projection du boulevard St Michel, dans laquelle, bien malheureusement, la grande Claudine n’apparaissait pas. Après un rapide coup d’œil à l’extérieur, sur la programmation et les deux ou trois affiches, arborant le même type d’énormes polices de caractères sur fond de couleurs vives, j’optais, un peu au hasard, pour un des films. J’avais auparavant, à la sortie du métro, vérifié soigneusement la bonne marche de mon attirail d’espionnage dans un café. Je pris un ticket et pénétrais dans l’antre magnifique. Bêtement, malgré l’esprit de travail dans lequel je m’aventurais dans ces limbes, je ne notais pas le titre et ne conservais pas le billet. J’étais à l’époque, bien moins avancé dans mon  travail et ignorais encore toute la valeur poétique de tels souvenirs.

C’était exactement comme je l’avais imaginé. Après le passage devant la dame d’un certain âge, indifférente derrière son guichet, j’empruntais un couloir faiblement éclairé, bien que suffisamment pour voir l’état décrépi de la moquette. J’avançais ainsi quelques mètres entre de rares photos de petits formats accrochés ça et là aux murs et enfin, atteignais l’entrée de la salle au bas d’un petit escalier. Rien d’autre qu’un cinéma de quartier en fin de compte, mais aussi prometteur par son atmosphère, que ceux diffusant d’extraordinaires trésors de séries Z, aux titres improbables que je découvrais parfois au cinéma Le Brady. Je poussais l’épaisse porte battante et entrais. Pas d’ouvreuse. Le film avait déjà commencé. Je me souviens de façon lointaine, d’une fille, à la jupe verte retroussée, en train d’être prise par derrière par un homme dont je ne voyais à l’écran, que le sexe aller et venir en elle, alternant avec quelques plans larges et des gros plans de la femme ahanant. Je restais debout pantois. C’était déjà magnifique. Le son était très fort. Quelques mots d’encouragements en français, collant bien avec le mouvement des lèvres, confirmaient l’origine nationale de la production. Bien que l’écran soit de taille modeste, l’image me semblait énorme, sans doute du fait de la récurrence des gros plans. Avant de poursuivre, je veux indiquer aux lecteurs/trices, qu’alors j’étais âgé de 28 ans et qu’au cours de ma vie, plus complètement débutante, j’avais modestement, mais équitablement, expérimenté l’amour et la sexualité avec les deux sexes. Il n’est donc aucunement question ici de faire état d’un premier émoi et de mettre sur le compte de la totale découverte, l’impression que je reçus en ces instants. C’est d’autant plus important pour moi de le souligner, que je ne voudrais pas laisser d’ancrage possible à toute interprétation allant dans le sens de la littérature navrante narrant les rites de dépucelage, que je juge la plupart du temps d’une ringardise douteuse, faisant l’apologie d’une hétérosexualité des familles, si l’on veut bien comprendre de que j’entends par là. Rien de tout cela dans mon cas. Pas de personnage dans le style des emplois dévolus auparavant à Victor Lanoux dans le tout venant de notre bon cinéma français. Et au risque d’étonner, pas même parmi les spectateurs assis dans la salle dirais-je. Ils étaient au nombre de douze. Je me souviens les avoir comptés. Des hommes, de différentes carrures, immobiles, silencieux chez lesquels aucune agitation n’indiquait de gestes masturbatoires. Sans doute certains le faisaient-ils, mais de telle sorte qu’on n’en sût rien. À des lieux d’une ambiance fanfaronne et grivoise, l’atmosphère était au recueillement. Tant pis si certain/es riront à la lecture de ces mots, mais je me sentis en leur présence, dans une église, un temple, non dédié spécifiquement au sexe, mais à la fascination. J’étais au cinéma.

Après un temps qui me paru suspendu hors de la réalité, à me tenir ainsi debout dans cette nef, je me souvins que j’étais là en mission et m’assis en fond de salle pour déballer mon matériel. La consonance, prise dans un sens graveleux, de cette expression peut prêter, je m’en doute,  elle aussi à sourire. Je ne la relève que justement pour évoquer le parallèle sérieux qu’il faut voir entre la mise en fonction de l’organe du voyeur qu’est la caméra pour le cinéphile, avec le geste de dégager son pénis de l’emprise de son pantalon et de ses sous-vêtements pour celui qui s’apprête à se faire jouir. Je me sentais en symbiose complète avec ces hommes dont je ne voyais que le dos, quoique possiblement à la différence d’eux, nullement excité physiquement par la pornographie des scènes qui se succédaient à l’écran. Mon cœur néanmoins, battait la chamade aussi fort que lors d’un rendez-vous amoureux. J’ouvris le plus discrètement possible la fermeture Éclair de mon sac, afin de libérer l’accès au micro. Peut-être ceux de mes voisins qui m’entendirent malgré mes efforts, prirent-ils ce bruit familier pour son équivalent produit par la descente d’une braguette. Cette pensée me fit sourire intérieurement, accentuant mon sentiment d’espion opérant à l’insu de tous. Je commençais à filmer. Craignant l’entrée subite d’un spectateur, je n’osais sortir complètement ma caméra du sac et me contentais, dans un premier temps, de tourner en rehaussant l’appareil, faisant reposer l’ensemble de mon système de fortune sur mon avant-bras. Mais je sentais bien que l’orientation de l’objectif ainsi tenu, ne lui permettait pas d’éviter le dossier du fauteuil situé devant moi. Malgré, je le dis sans exagération, mon bonheur d’être là et de vivre cette expérience, je risquais d’être fortement déçu si je ne parvenais pas à en capter quelques images exploitables pour mon film, ce pourquoi j’étais venu. Je me décidais donc à, d’abord tenir le sac au-dessus de ma tête, puis rapidement, sentant mes bras s’engourdir et imaginant bien que ma posture pouvait paraître on ne peut plus étrange, je me résolus à me lever sans bruit, en étouffant les couinement de mon siège en train de se rabattre. Personne n’y prêtant garde, je sortis une bonne fois la caméra du sac et me mis à cadrer l’écran. Malgré cela, des bruits de pas et grincements incessants venant des autres salles me stressaient et je ne parvins pas à conserver cette attitude franche très longtemps. Dans un cadrage hoquetant, car décollant en permanence l’œil du viseur pour vérifier que personne n’entrait ou que quiconque ne se levait dans la salle pour partir, j’avais néanmoins enregistré quelques images et je décidais que cela suffirait à constituer la trace que je recherchais. Je me rassis, rangeai méticuleusement le caméscope dans son sac entre mes jambes et décidai de rester jusqu’à la fin de la projection qui n’allait plus tarder, pour savourer ma chance d’être là et les derniers moments de ce voyage, à mes yeux hors du commun. La salle se ralluma. Je vis passer la douzaine d’hommes, pour la plupart, par la même porte que celle par laquelle j’étais entré. Deux ou trois d’entre eux, plus près de la sortie de secours, s’y engouffrèrent, s’échappant rapidement. Ceux que je vis passer avaient le visage grave et ne se pressaient pas spécialement. Tous devaient avoir la cinquantaine. Ils assumaient ouvertement une solitude juste, ni bonne, ni mauvaise, dans le corps et sur le visage. Rien à voir avec les caricatures honteuses, grotesques et nerveuses qu’évoquaient les blagues que j’avais entendues, les décrivant comme d’inquiétants pervers. Comme les personnages d’un roman de Burroughs, ils avaient pris leur dose et s’en allaient. On ne parlait pas de honte ici, à l’inverse pourtant peut-être de ce que feraient les mêmes plus tard, se trouvant devant le sujet abordé en famille ou au café du coin. Peut-être en effet, utiliseraient-ils cet argument facile pour ne pas que les choses se disent. Pour l’heure, je ne leur en voulais pas de cette attitude dénégatrice supposée et ne voyais défiler qu’une poignée d’hommes véridiques, venus ici détendre leur esprit insatisfait et leur corps, aux frottements des fantasmes déployés sur la page neutre qu’offrait une toile vierge de préjugés. Mariés, amants ou célibataires, l’image en mouvement leur avait offert ce que les corps enclavés dans leurs codes ne peuvent donner, à moins peut-être d’aller les quêter dans la pornographie réelle des partouzes, pourtant toujours moins adéquate que l’imaginaire d’un objet fait pour faire durer le plaisir, sans que la relation ne le pollue de ses inévitables contrariétés. Je sortis à mon tour, fier de ces quelques instants passés en leur compagnie secrète et arpentai le boulevard avec l’esprit ouvert, inhalant à plein poumons quelques précieuses minutes encore, l’air pur et frais que m’avait, pour un temps, apporté, ce souffle de liberté. Le travail en prendrait le relais, plus tard, devant ma table de montage, en rappelant à ma conscience et à ma mémoire sensorielle, les images et les sensations que m’avait procuré le voyage.

Aujourd’hui, j’ai gardé en moi cette courte heure de pornographie ordinaire comme un de mes plus beaux moments de spectateur de cinéma. Tout comme, enfant, j’allais seul découvrir, gonflé d’une émotion toute aussi semblable, la programmation hebdomadaire, impatiemment attendue qu’offraient les salles de ma ville, j’ai ressenti ce jour là, l’exaltation et le bouleversement que seuls produisent l’art, la vie intime et l’exotisme des départs vers d’autres cultures. Qu’était-ce donc que cet innommable et dangereux porno dont avait tant voulu me préserver la civilisation de mon monde ? Seulement ça ? Mais pourtant non ; je ne pouvais que donner raison à la stupidité des mœurs établies. Elles n’étaient là que pour affadir et rendre invisible le potentiel réel danger que recelait cette cinématographie là. Mieux que la production courante, le porno ne pouvait que produire en effet des chefs-d’œuvre de bouleversement. Ou plutôt, n’en créait-il, de film en film, en continu, qu’un seul. Ses images, toutes semblables, se relayaient inlassablement l’une l’autre, ne répétant à nos regards subjugués, qu’une chose essentielle à nos vies : au-delà des histoires et des intrigues de surfaces, les meilleures représentations iconographiques de notre monde montrent ce qu’il nous faut regarder sans comprendre, par le prisme d’une focale irrémédiablement obnubilée par l’acte du désir en action. On n’y voit au final, que celui/ celle qui filme, invisible derrière son objet de désir. C’est ce désir, non d’être, mais de happer, de capter, de pénétrer, d’entrer en fusion avec l’inaccessible existence de l’autre qui est le sujet de tous films, de toute littérature, de toute peinture.

« Prends-moi ! », « Je suis pour toi », « Je suis toi », semblent nous susurrer toutes les images de sexe, sans que jamais pourtant nous puissions les saisir.

Jamais le corps tangible de l’autre, ne nous dit pourtant autre chose.

 

Journal des Parques J-34

Blason - David Noir

C’est dimanche ; pas encore date du repos attendu, mais journée iconographique où il arrive qu’un petit collage remplace avantageusement un grand discours …

Blason - David Noir
Blason - David Noir - Soi, les autres, hier, demain, objectif -

Celui-ci, sous forme de blason, a été fait pour les besoins de mon bilan de compétences chez PK Consultant. J’ai adoré le faire. Si je ne dis pas de bêtises, car l'exercice date déjà de quelques mois, il me semble que la partie en haut à gauche représente la façon dont je me perçois ; à l’opposé à droite, c’est comment je pense que les autres me perçoivent ou bien comment je perçois mon rapport aux autres, ce qui n’est pas tout à fait pareil, bien sûr ; là j’ai un doute. En descendant, en bas, à droite, on a « d’où je viens » et à gauche « vers où je vais », toujours selon moi, cela va sans dire. Le centre de mon bouclier, puisque c’est comme ça que j’ai interprété l’idée du blason, symbolise mon projet.

C'est certainement la partie qui m’a le plus intéressé de faire. Mais toutes ont constitué et constituent encore d'ailleurs, les facette d'un miroir qu'il m'arrive de consulter, non pour lui demander confirmation que je suis bien la plus belle, ce qui serait parfaitement inutile, mais pour y chercher des formes nouvelles se dessiner dans les réponses des images des unes aux autres. C'est un peu comme un lac dont on connaîtrait les silhouettes du rivage depuis toujours, mais qu'on découvre différent selon les saisons et l'angle suivant lequel sa surface est frappée par la lumière.

Donc là, focalisant sur le centre, je vais détailler un peu, ne serait-ce que pour en rendre plus clairs les éléments qui le constituent. On y voit un bocal de formol contenant un cerveau humain de chimpanzé. Incrustés dedans, on y distingue mes proches, ex-amoureuses et ami/es, certain/es apparaissant plus où moins costumés en amishs. Toutes et tous ne sont pas sur l’image car il n’y avait pas assez de place dans ce cerveau là, mais il y en a assez dans ma tête. Le bocal est surmonté de quelques billets de 100 euros ; ça c’est facile à voir. Au premier plan à droite, on distingue, dans une habile composition directement inspirée du plafond de la chapelle Sixtine, un autoportrait en enfant fantôme dégingandé, agitant les bras par de grands moulinets et en face à gauche, lui faisant pendant, devant une double pupille prisonnière d’un œil écarquillé aux allures de vagin, un moulage de ma main droite en plâtre, index tendu.

Ce dernier désigne, posé là comme une bête paisible et solitaire qui ne justifie en rien l’agitation du petit gosse, mon sexe dans son entier, la bite moulée, saisie sur le vif en érection, le tout coulé en chocolat blanc. Je reviendrai dans un post ultérieur, sur le moulage de mes parties génitales en chocolat, afin de donner les détails techniques de l’opération aux plus curieux/ses d’entre-vous, mais sachez d’emblée, que le chocolat blanc, trop pâteux certainement du fait du sucre, se prête mal au coulage et rend les objets fragiles et difficile à démouler d’une pièce. D’un point de vue gustatif, symbolique autant que pratique, je préfère donc utiliser du chocolat noir. Mais ce sera l’objet d’un autre article.

Bon Dimanche, sous vos applaudissements comme il se doit et à vos ciseaux numériques ou réels si le procédé vous inspire. C'est la journée idéale pour s'y coller.