Infirmités

David Noir - Marionnette

Je ne vois rien d’autre de possible que de se cantonner au « je ». Parce que l’autre n’est pas moi. Parce que l’autre porte en lui une part insupportable qui n’est pas moi, mais le serait tout autant si elle était moi. Car il y a autant d’insurmontable à me supporter moi-même que l’autre. J’ai deux problèmes à résoudre dans l’existence : survivre et vivre …

Le cerveau est l’enclume

Le public - Scrap - Le Générateur - Photo Karine Lhémon
Le public - Scrap - Le Générateur - Photo Karine Lhémon

La civilisation vaut mieux que la culture. Elle est moins prétexte à l’obscurantisme des peuples centrés sur le folklore de leurs acquis culturels. À mes yeux, toute culture ne sera jamais qu’un pauvre folklore face à la civilisation de l’élaboration de soi-même.

Une telle assertion semble faire frémir aujourd’hui et il apparaît qu’on ne puisse être catalogué que comme un dangereux droitiste en l’affirmant. Je me sens pourtant aux antipodes des définitions qui semblent en être précautionneusement données par les anthropologues qui attribuent au terme « civilisation », la faculté d’attiser les braises haineuses du mépris racial des peuples les uns envers les autres.

Craindre l’utilisation d’un mot est certainement la pire des pseudos diplomaties. La peur d’irriter l’autre n’aboutit qu’à flatter les susceptibilités diverses de la façon la plus visqueuse. La prudence en toutes circonstances finit par figer les rapports. Il est bien difficile alors de faire machine arrière vers une parole libre. Ainsi est né le politiquement correct et ses atrocités hypocrites.

Faire acte de civilisation sur soi-même ne dépend pas de sa propre culture et c’est réduire son impact que de ne l’appliquer qu’aux contextes historiques. La civilisation de l’individu est un acte personnel qui l’amène à se poser la question de sa propre situation entre sa sauvagerie atavique et son état de « produit » de sa propre culture. Ce qui fait la fierté d’une culture est aussi ce qui la rend bornée et intolérante aux autres.

De beaux exemples en sont les microcosmes que constituent bien des familles ou des couples dans le monde entier, toutes cultures confondues, qui ne jurent que par leurs propres éthiques de clans et la valeur des héritages transmis de génération en génération. La sublime « transmission » qui fait jouir l’éducateur parental enorgueilli de sa belle mission, est aussi celle porteuse du sida mental le plus terrifiant qui soit, par les scléroses psychiques qu’il impose. Seul le réel et actif questionnement perpétuel, quotidien et incessant sur soi-même peut apaiser la fureur de l’instinct brutal animal ou du formatage sous influence, au profit d’une tempérance réfléchie, personnelle et unique. Le fruit en est la créativité singulière de chacun/e.

Pour un individu qui aspire à se civiliser selon ce sens, autrement dit, un artiste véritable, authentique créateur de sa propre civilisation, l’invention de soi se doit de primer sur tout le reste : genre et sexe, culture et tradition, usages et lois, famille et éducation, y compris sur ce qui lui semble être ses propres convictions. Ce n’est certes pas d’une culture ou d’une éducation qu’il faut l’attendre, mais de sa propre conception de l’humain, ainsi forgée et reforgée jour après jour.

Le cerveau est l’enclume sur laquelle se martèlent les idées. Les pièces les plus étonnantes ne s’y créent pas à partir de l’acquis des traditions, qu’elles soient civiles, civiques ou religieuses.

Journal des Parques J-18

Le prisonnier - Patrick McGoohan

Le prisonnier - Patrick McGoohan
Le prisonnier - Patrick McGoohan

C’est paradoxalement, arrivé au pied de ma montagne, que je comprends que je peux avoir du pouvoir sur les choses. Il suffit de me redresser et de la gravir. Frodon mon ami, tiens bon, encore quelques mètres à franchir qui te séparent du but.

Je vais, tambour battant, rattraper mon retard. Le retard d’une vie, mais pas uniquement la mienne, car le sentier que je me mets à emprunter à partir de ce point est celui commun à toutes les vies en quête d’elles-mêmes. Comme au cours de l’étonnant et extraordinaire dénouement de l’ultime épisode du Prisonnier, série devenue culte, réalisée et interprétée par Patrick McGoohan entre 1967 et 68, je compte bien, contre toute attente, arrachant son masque au N°1 lors de l’affrontement final, stupéfait, me rencontrer moi-même.

Qu’y aurait-il d’autre à découvrir, pour chacun/e, après d’incessants combats acharnés et de fuites, toutes aussi nombreuses, pour courir se cacher, ayant échappé au pire, si ce n’est les traits grimaçants de son propre visage, en proie à l’excitation de la bonne farce qui s’est jouée durant toutes ces années ? Nul autre qu’un Nous-mêmes ne peut nous attendre au sommet, bien content de la blague qui nous a fait tant nous démener pour parvenir jusqu’à lui. Jeu de piste fort bien mené, il faut le dire ; chasse à l’homme ou au trésor, rondement concoctée, avec tout le suspense qu’on est en droit d’en attendre. La plaisanterie se révèle savoureuse et juteuse comme une orange bien mûre. Rien d’autre à l’horizon d’une vie que sa propre figure ; mine réjouie, enfiévrée, exténuée, ravinée, émaciée, creusée dans sa chair par les ruissellements des années de conquête. Retour à la case départ sans rien de plus en poche qu’à l’origine, sinon une petite fiole, une ampoule de quelques millilitres à peine, contenant en solution outrancièrement dissoute, quelques grammes de connaissance de soi. C’est suffisant, selon les bons docteurs de l’âme, pour ce qu’on doit en faire et ce qu’il nous reste à vivre, arrivés à ce stade. Toujours est-il qu’il faudra bien s’en contenter. Contempteurs dubitatifs de l’homéopathie, passez votre chemin ou résignez-vous devant la maigre pitance et la solde à peine plus volumineuse, reçues en récompense de ses efforts par le troufion de base. Le gentiment courageux éclaireur parti aux avant-postes sera, si tout va bien, de retour, enrichi de ce qu’il possédait déjà, sa vie sauve, mais désormais glorieuse. Les fiers soldats ne cultivent pas l’amertume. Ils ne se suffisent pas de se contenter d’en avoir vécu les affres et les tourments, ils chantent les louanges de l’aventure qui les a menés jusque là. Je dois dire que de ce point de vue, je les comprends et si je n’aurai pas l’outrecuidance de me comparer à un combattant armé parti risquer sa peau sur les champs de bataille, je partage le sentiment du devoir accompli. On aura fait le job et c’était ce qui comptait avant toute chose. Le temps n’est plus aux états d’âmes, mais déjà aux souvenirs. Alors, reprends ton paquetage et marche droit comme si le sang de la légion coulait soudain dans tes veines. « J’avais un camarade » chantent-ils, à la fois pour ne rien oublier de la perte de ceux qui sont tombés, mais aussi pour se donner le courage de continuer d’avancer vers une mort, dont on ne sait jamais assez qu’elle est inéluctable. Le pas lourd et cadencé suivant la scansion des paroles qu’ils égrènent gravement, d’une voix semblant venue des entrailles de la terre qu’ils foulent, leur cohorte fait vibrer le sol et les ossements fébriles des corps ensevelis qu’il recèle. Notre terre se nourrit des cadavres qui, depuis des millénaires, se fondent en sa surface. Le trésor est là, sous nos pieds. Les morts sont nos assurances sur la vie. Leur famille aux membres innombrables, constitue notre avenir le plus sûr. Sans équivoque, nous nous retrouverons mes frères. Conscients ou pas, quelle importance ?

Nous donnons depuis quelques siècles, un prix à la vie qui finit par en dégrader la valeur du contenu. Il faut survivre à tout, par-dessus tout. Rien d’autre n’a d’importance. Et pourtant !

Moi-même, peureux d’entre les peureux, je crée timidement des spectacles dans l’espoir forcené que quelque chose, un enjeu plus infini encore que la trouille dont on m’a mollement modelé, prenne le dessus et m’apparaisse enfin comme un guide capable de me mener plus loin que la médiocrité de mon ambition d’être et de rester encore et toujours vivant. Oui, il y a mieux, j’en suis sûr, que cette fade lumière, étoile de la multitude si misérablement brillante, qu’on regarde, les pupilles éternellement vissées à sa pâle lueur, pensant qu’il ne peut y en avoir de plus chaude ni de plus précieuse. Non, la vie n’est pas tout et j’entrevois à la cime de ce pic rocheux qu’il me reste encore à arpenter, que le tapis volant patiemment tissé selon les détournements hasardeux et obliques de son canevas, plus souvent que par la rigueur de nos choix, peut nous porter ailleurs. Si par chance ou par quelques bonnes intuitions, une poignée de fils d’or ont pu y être enchevêtrés - nous ne possédons pas tous/toutes l’art de créer des compositions bien savantes - il est possible que nous nous élancions enfin vers des sommets bien plus hauts encore et peut-être, pour ne plus jamais redescendre. La majeure partie d’une vie peut, dans certain cas, se réduire à ériger un tremplin.

L’important, entend-on dire parfois, davantage que de ne pas rater sa vie est surtout de bien réussir sa mort. Peut-être, mais entre les deux, il me semble qu’il y a place pour un ultime essor vers une aspiration plus haute que la valeur attribuée jusqu’alors au simple fait d’être en vie et de s’y maintenir. Rien de mystique dans ma pensée. Je ne fais référence ici aucunement au religieux, qui décidemment, me semble un conte pour enfant guère plus palpitant que la programmation de certains théâtres ; ne revenons pas là-dessus. Non, je parle et j’espère avoir réussi à en exprimer au moins grossièrement les contours, de rendre son existence plus « importante » à ses propres yeux. Je conçois que cela puisse, ainsi exposé, ressembler au pire des paradoxes, puisque d’un côté, souhaitant en finir avec une idée trop inaltérable du vivant surévalué et de l’autre, évoquant un rehaussement de l’importance de l’existence. L’existence aurait-t-elle un sens, détachée de l’idée irréductible de vivre ? Malheureusement, mes balbutiements philosophiques sur un thème, sans nul doute, maintes fois abordé et raisonné par les penseurs de l’antiquité à nos jours, n’iront guère plus loin. J’ai conscience ce faisant, de simplement m’ouvrir une porte par laquelle ne pas aborder la vieillesse dans la seule crainte de la mort. Ce serait somme toute bien inutile.

Je suis aujourd’hui étonné de réaliser combien, étant plus jeune, j’ai dû considérer ma vie comme plus précieuse que moi-même ! Quel sens cela pouvait-il bien avoir ? Aucun. J’ai donc certainement vécu sans réellement m’appartenir. Sans comprendre que j’étais mon propre bien et que j’étais libre, et je dis bien aujourd’hui, m’en apercevant, totalement libre, d’en faire ce que je voulais. Libre à moi d’être un assassin, de tenter d’être président du monde ou de passer ma vie au soleil, sans autre ambition que de couler des jours entiers dédiés à l’insouciance. La question serait : pourquoi n’ai-je pas suivi selon mon cœur, l’une ou l’autre, ou toutes ensemble, ces trajectoires que la liberté m’offrait de choisir dans l’espace de ses vastes bras ouverts. Deux réponses, à mon sens, à cela, mais tellement concrètes dans les influences qui en découlent, que l’on peut dire en effet, que le libre arbitre ne peut qu’être une notion théorique. Primo, le poids des croyances insufflées par l’éducation reçue de mes parents et dont il a fallu un certain temps, pour voir que l’univers ne s’y résume pas, loin s’en faut ; deusio, la simple et banale peur de la mort ; crainte de perdre la vie en l’égarant dans des zones inconnues et incompréhensibles à mes sens ou en prenant des risques trop amples pour mes aptitudes supposées. Rien d’étonnant à cela, n’est-ce pas, puisque nous devons être nombreux/ses - à en juger des vies des un/es et des autres - à n’avoir pas compris instantanément que le temps ne faisait rien à l’affaire. Brève ou centenaire, une vie n’a réellement de sens que si nous l’avons dotée en guise de pilote automatique, d’une conscience aiguë de l’importance de ce qui la compose, bien davantage que de sa durée potentielle.

Le code d’honneur des chevaliers médiévaux, s’il s’est réellement appliqué, peut nous sembler désuet, c’est néanmoins bien vite mettre le voile sur une conception de la vie la vouant certainement à une moins grande longévité, mais qui reste d’autant plus actuelle qu’elle est porteuse de questions d’un ordre qu’il nous fait mal aux yeux de regarder en face. Je confiais récemment à plusieurs personnes combien j’étais effaré d’entendre, désormais intégré à la liste des formules de politesse usuelles et automatiques lancées à la cantonade chez les commerçants ou entre collègues en début de journée, le fameux « Bon courage !» censé épauler le malheureux ou la malheureuse allant affronter vaillamment sa journée de bureau. Quel foutage de gueule ulcérant ! Moi qui ne m’en trouve guère, j’ai au moins la conscience de la valeur des mots et galvauder ainsi cette qualité rarissime et complexe, comme si on l’emportait le matin sous le bras, en même temps qu’on prend sa baguette, me semble de la plus haute indécence pour les rares d’entre nous qui en font preuve réellement. Se figurent-ils seulement, ces gens inconséquents qui bradent une expression porteuse d'un sous-entendu si déterminant, ce qu'elle implique, lorsqu’ils lancent de façon tonitruante ou plaintivement - c’est selon - leur formule toute faite, sans davantage d’égard pour la justesse des situations ? Cela en dit long sur l’incohérence perpétuelle et désolante découlant du fossé creusé entre les mots et les actes.

Oui, la crise bien sûr, oui les méchants capitalistes, bien sûr,  mais bordel, au moins un peu d’honnêteté intellectuelle si nous ne sommes plus capable de croiser le fer pour nos idéaux, aussi bêtes furent-ils. L’époque moderne nous a certainement fait gagner en réflexion par rapport aux boucheries qu’ont été les guerres et qu’il n’est pas question de regretter, mais la bravoure des sentiments et des comportements a également sûrement beaucoup perdu au change dans l’acquisition d’un humanisme plus conscient. C’est du moins ce que nous nous plaisons, nous occidentaux, à nous dire, car sommes nous pour autant tellement plus pacifiés quand notre pacifisme nous vient de la terreur de la mort plutôt que du goût d’intensifier la vie ? Je ne suis pour ma part, lâchement belliqueux qu’à travers les mots, mais s’il me reste le temps d’une courte lutte à mener, j’aspire à ce que mon étendard ne confonde pas dans ses symboles, celui de la paix avec celui de la passivité. Les deux verges s’entrechoquant à l’entrée d’une vulve, portées sur mon drapeau, ne revendiquent ni la guerre des sexes, ni le combat des mâles pour posséder une femelle, mais plutôt la personnalisation de ces parties génitales, regardées avec si peu de naturel, pour que, semblant ouvrir la bouche comme des créatures héraldiques, on puisse les imaginer nous rugir à l’esprit :

« Un peu d’audace, un peu d’amour, un peu de désir et que résonnent les chants des pulsions humaines loin des fictions chimériques que nos têtes, emplies de démons ridicules, brodent autour ; les faisant passer pour morbides, de libération des mœurs en régressions perpétuelles, quand elles ne sont que dynamique du mouvement, fruit de la quête d'apprendre enfin à vivre un tant soit peu héroïquement l’instant ».

 

Trois minutes de sexualité pure en direct, ça n’était pas n’importe quoi,

Auriez-vous voulu me retenir ?

Des centaures et des hydres s’enfilant des colliers de dieux,

Des fanfares mythiques,

Des zobs divins croisant le fer avec des chattes crachant des poisons odieux,

Des fellations brillantes,

Des culs ouverts sur l’infini tout constellé d’anus et de cunnilingus,

Nos chairs à consommer sidérant les rayons de ma grande surface,

Toute garnie, ras la gueule, des peaux blanches yaourt de mes supernovas,

Et pas du sulfureux ringard tu peux me croire !

Je peux sucer ta bite par amitié pure camarade d’un soir,

Car on s’en fout un peu finalement de tout ça !

Sois propre et ça ira ; du moment qu’on chope pas le sida, seulement voilà …

Ma maille s’est filée, ma cotte s’est élargie,

Qui m’aime me saute et me suit et me saute

Et qui veut me chercher me trouve !

Il reste quelques stocks,

Oui mais bientôt fini les soldes !

Au placard les promos ! La rage façonne son tricot.

Je rentre en moi dans mon érection comme une araignée qui n’aura plus d’enfants

Et j’aiguise mon dard en l’espérant mortel,

Va t’en poser ton cul sur un ban de mariage,

Si tu crois que je vais avoir du courage pour toi !

Rien à foutre de tes aspirations,

Rien à foutre de tes espérances,

Tu t’ériges en je ne sais quoi, mais au fond tu veux juste qu’on s’occupe de toi,

Toi toi toi toi !

Pinocchio tout en bois ; tu ne sais rien, que toi !

Comme dans ces jeux à manettes, je suis mort plusieurs fois, crois moi !

Gay mother !

 

UN CUL RIT

Les Parques d’attraction – David Noir 2013 -  La foire aux consciences

Journal des Parques J-21

Fredric March dans Dr. Jekyll and Mr. Hyde de Rouben Mamoulian (1931)
Fredric March dans Dr. Jekyll and Mr. Hyde de Rouben Mamoulian (1931)

Le choix de Hyde

Ce post est un préambule à l’article qui lui fera suite demain. J’ai tenu à rédiger ce préambule, afin que l’article en question ait des chances d’être mieux compris pour ce qu’il doit être et que la pensée qu’il contient ait moins de risque d'être reléguée sans plus de considération du côté du manichéisme. Il ne s’agit pas pour moi de faire le procès de la terre entière, comme s’en apercevront ultérieurement mes lecteurs/trices et d’en conclure sa division simpliste entre les bons, dont je prétendrais être, et les méchants stupides qu’il faudrait affronter sa vie durant, pour que s’ébranlent enfin l’autosuffisance de l’énorme Norme et ses pratiques érigées en pouvoir suprême. Bien sûr que non ; simplement parce qu’il n’est pas difficile de se rendre compte qu’il reste à ceux et celles qui le désirent, une marge de manœuvre suffisante pour résister aux pressions des puissants, que l’on soit encore jeune enfant ou individu vieillissant. Nous avons l’opportunité d’un certain choix sous l’égide duquel donner un autre sens à nos vies. Cette marge s’appelle l’art. Et comme l’a dit Godard, « la marge, c’est ce qui sert à faire tenir la page » ; c’est dire sa puissance. Mais attention, par art, mot galvaudé s’il en est, j’entends le « vrai ». Ah ! Problème : quel est-il ? Eh bien, pour émousser cette épineuse question, je ne m’embarrasserai pas de fluctuants concepts philosophiques. Non, l’art véritable ne se discute pas tant que ça. Certes, on peut bien sûr aimer tel auteur ou telle œuvre et en dénigrer d’autres. La question n’est pas celle du goût, ni même de devoir résoudre l’apparent casse-tête de différencier un art présumé authentique, d’un autre plus fallacieux. Sous le vocable « art », il faut mettre à mon sens, tout ce qui n’est d’aucune utilité pragmatique à l’homme. Qu’il soit jugé bon ou mauvais, n’y change rien. Et par « le vrai », j’entends, non lui donner un sens qualitatif, mais la réalité tangible de cette particularité humaine qui consiste à donner corps à son imaginaire. L’art « vrai » est un art qui ne sert pas autre chose que lui-même. Sous-entendant par cette assertion, qu’il existerait, à l’opposé, un art « faux », je développerai cette hypothèse en arguant simplement que l’art « faux » est celui dont la pratique l’assujettit à d’autres nécessités qui rendent sa réalisation, par là même, inaboutie. L’art « faux », serait donc plutôt un art « à demi ». Je ne nie pas, disant cela, que cet art là puisse produire des chefs d’œuvre. Il en est des tonnes accumulées dans toutes les manufactures du monde et notre pays est renommé entre autres, pour la merveilleuse habileté de ses créations, qu’elles soient sous formes de vêtements, de porcelaines, horloges et autres bibelots réclamant une science infinie. Tout ceci en effet contient beaucoup d’art, qui en font même, selon l’expression consacrée, des oeuvres d’art et les mains des artisans de génie sont assurément elles-mêmes des chefs d’œuvre de la nature. Réellement loin de moi toute idée ridicule de dénigrer la beauté ou le pouvoir émotionnel des œuvres de grande facture qui sont produites dans tous les domaines. Ce que je veux dire, c’est que l’art « vrai » à mes yeux, n’est pas un objet, quand bien même celui-ci serait une toile. Pour préciser ma pensée, je dirais que l’art est contenu parfois dans l’objet, mais il peut tout aussi bien n’y avoir jamais été tant que l’objet en question fut en d’autres temps, par exemple, considéré comme un objet usuel, aussi décoratif fut-il. Et puis soudainement, au détour d’une époque, l’art peut apparaître aux yeux des contemporains à travers ce même objet, différemment considéré jusqu’alors. Je ne crois pas que Duchamp, à travers ses ready-made, nous ait enseigné autre chose et j’ai bien conscience que tout mon développement puisse être vu comme une somme d’évidents acquis sur lesquels donne une porte immensément ouverte. Je n’insiste que pour signifier davantage que l’art n’est donc pas lié à une incarnation matérielle. Il est une présence. Et cette présence peut disparaître tout autant qu’elle advient. L’art n’existe que lorsque nous constatons son existence. L’objet qui en est en quelque sorte le dépositaire, ne suffit pas à le retenir en lui si, à la suite d’une évolution des regards et des mœurs, nous ne l’y voyons plus habiter sa matière. Le tempérament humain est de nature versatile. C’est un de ses aspects les plus complexes à réellement saisir. On croit aisément l’admettre, mais bien souvent, il n’en est rien. J’en prends pour preuve quelques exemples courants prélevés parmi des centaines d’autres : le timbre, la voiture et bientôt le téléphone devenus objets de collection, le masque dans certaines civilisations ou tout autre objet rituel qui n’a sans doute jamais été conçu dans un autre sens.

Je ne prétends aucunement substituer ici ma culture, des plus minimes, à un cours sur la question et vous renvoie, par exemple, aux pages bien conçues du site www.philolog.fr si vous désiriez un exposé plus profond.

Car je n’ai abordé la chose que pour en venir à cette unique notion de « présence ». Nous nous trouvons en présence de l’art dans une œuvre, si et seulement si celui-ci y est présent. Ayant lu ce qui précède, vous pardonnerez, j’espère, cette lapalissade et comprendrez qu’elle ne tend qu’à insister sur la nature éphémère du regard. N’est art vrai que celui que nous ressentons, agréablement ou pas,  comme une manifestation entrant en collision avec notre regard, notre ouie, nos sens quels qu’ils soient ou notre entendement. Nous ne nous contentons pas, en l’occurrence, d’apprécier la beauté d’un objet, nous en éprouvons la force. La présence de l’art implique la lutte avec nos résistances. Ce n’est pas fatalement le combat que je décris, mais la pression qui s’exerce alors sur nos capteurs sensibles. Il y a, suite à cette pression, de façon momentanée ou irréversible, déformation de notre être. J’en viens donc à dire que l’art véritable est celui qui a le pouvoir d’exercer une déformation de notre perception. Il serait réducteur, parmi toutes les déformations possibles, de n’en retenir que « le trouble ». Le choc, le coup, l’aspiration, le déplacement, la réorganisation, le remodelage, la dérive, le rejet, le gonflement, le griffage … autant de manifestations sensibles de la dynamique de l’art en action. Il semble donc possible de comparer son phénomène à celui attribué aux esprits frappeurs ou plus ordinairement, aux ondes. Vibrations, ronds dans l’eau, séismes … voilà un panel d’effets auxquels la sensation d’art peut nous soumettre. L’art vrai, de mon point de vue, vise à l’épure de ces ondulations et de ces lignes de force. Tout ce qui l’environne ou l’a fait naître peut disparaître au profit de la trace qu’elles auront imprimée en nous. C’est en ce sens que l’œuvre elle-même peut disparaître et même n’avoir jamais existé. Si nous avons pu en imaginer le passage vibrant de son essence, cela suffit pour qu’à jamais elle existe. Ainsi percevons-nous tout l’art d’œuvres que nous n’avons jamais vues et ne verrons jamais. Il nous suffit de connaître cette présence de l’art par ouï-dire. L’art est indépendant de l’œuvre qui la porte.

J’en ai fait l’étrange, mais effective expérience en découvrant Guernica de mes yeux au Prado. Je n’ai pas dû rester plus de quelques minutes devant l’immense tableau. Non qu’il ne m’intéressa pas, mais l’idée que je m’en étais faite préexistait totalement à l’œuvre elle-même et sa version originale n’y pu rien changer. Mes yeux s’avéraient impuissants à me délivrer une autre image que celle que mon cerveau entretenait déjà. La véritable toile se trouvait dans ma tête. Caractéristique personnelle ou vérité universelle, je ne sais, mais c’est sans doute pourquoi l’art éphémère du plateau suffit à constituer pour moi un Louvres à ma mesure, dont les réserves regorgent à en craquer de milliers de créations forgées à chaque seconde, depuis qu’en est modelée ma conscience. C’est en ce sens que j’estime déjà donner à voir du théâtre à qui veut en être saisi, à la lecture de ce simple blog. Celui que vous imaginez voir et entendre est indubitablement l’exacte représentation de ce qui n’existe pas encore. La scène n’y fera qu’allonger sa durée et poursuivre sa croissance. Ainsi suis-je mon théâtre comme chacun/e est sa vie. Il n’y a pas d’autre art que d’être. Voilà pourquoi la longue digression de ce préambule mène et prépare à l’article dont elle se veut l’appendice. Il y sera question de comment je crois qu’il est possible de se construire en dépit des volontés que d’autres voudraient instiller en nous comme des routes à suivre. Je ne parle pas là de la désormais célèbre "résilience" chère à Boris Cyrulnik, mais de la construction sur une terre préservée de toute souillure. Il y sera aussi question de combien résister est un art et en quoi la cartographie d’une vie ne devrait pas emprunter aux chemins que réservent les voyages organisés. Il y sera question enfin, de la notion de « grandir », non vue comme une irrémédiable croissance vers la médiocrité des adultes, mais comme l’extension de son soi le plus originel, finalement érigé en un individu mature. Il faudra par avance, pardonner la rage qui sans doute habitera ces mots à venir. Elle ne sera pas là pour elle-même, mais parce qu’il faut parfois aller quérir un temps Mr Hyde, afin qu’il vienne en aide au Jeckyll apeuré. Le malheureux n’a en effet, à mon sens, en cas de menace de guerre, d’autre recours que de solliciter comme alliée sa part la plus sombre, pour donner une chance infime à sa réelle bonté d’être, de possiblement voir le jour. Autant que faire se peut, mieux vaut, comme dit le bon sens populaire, prévenir que guérir ; mieux vaut résister par une guérilla savamment menée, que de combattre l'envahisseur mieux loti en armes lourdes, à découvert, sous le prétexte abusif et pervers d'un combat régulier.

(à suivre donc …) 

 

Bien haïr en son temps

Le concile d'amour_Anna Brun_No-NaimeCie

Le concile d'amour - NoNaime Cie

Fin de la lecture de Archimondain joli punk de Camille de Toledo, avec sa couverture de Kermit aux seins nus, offert par Sonia. Comme quoi les Muppets ont encore leur mot à dire. Aussi triste et mélancolique qu’étrangement rafraîchissant ; la résistance au monstre fluide, empathique et pandémique de la mondialisation depuis les années 80. Donne envie de lire Taz. Une pensée pour Tarkovski et la zone de Stalker. Je me sens encore une fois en retard ; comment se fait-il que rien ne m’ait éclairé à la parution du livre de Hakim Bey en 1985, ni depuis. L’idée des utopies pirates et du terrorisme poétique, si familière aujourd’hui, n’a sans doute pas pu atteindre ma conscience d’alors. Et ce pour une bonne raison. À cause de mon amour de l’art. Ce que je prenais pour une qualité était un piège ; je ne fus pas le seul. Je croyais que les œuvres étaient la révolte. Rien n’est plus faux. Elles peuvent en contenir les germes, mais deviennent des fallacieux leurres si on les aime pour leur esthétique, pour leur intelligence. Car la pensée créatrice non plus n’est pas la révolte. Elle aussi fait du produit et fait écran à ce qui parfois la fonde. Quand on est artiste, il faut savoir haïr les œuvres. J’ai raté aussi le punk dans ses véritables fondamentaux. La sensibilité à l’art entraîne le politique vers le fun, alors même qu’on pense être au cœur de la contestation. Il n’y a que « l’agir » qui vaille et créer n’est pas agir. Archimondain se retrouve à la Fnac comme le reste. Cette même Fnac dont l’antenne de Nice dévoile sa lâcheté vis-à-vis du pouvoir au cours d’un incident qui m’avait heurté l’été dernier :
« La Fnac a engagé des procédures de licenciement à l’encontre de deux salariés, une chargée de communication à Nice et un cadre du service culturel basé à Paris. Elle reproche aux deux lampistes d’avoir « mêlé son nom » au scandale provoqué par une photographie montrant un homme s’essuyant les fesses avec le drapeau français qui avait été primée lors d’un concours organisé en mars dernier par la Fnac de Nice sur le thème du politiquement incorrect. »
Source : www.ldh-toulon.net
Alliot-Marie n’est pas loin, Hortefeux non plus. À la suite de l’événement de la Fnac, la pas encore ex-ministresse œuvre pour que les œuvres d’art ne soient plus exclues de la loi de 2003 réprimant « l’outrage au drapeau tricolore ». Je ne sais même pas si le décret est passé. À la limite, peu importe ; j’irais voir sous peu dans le détail, car il faut s’armer pour voir ces choses là de près tant on dépense d’énergie malgré soi à y réagir en bouillonnements intérieurs. Une telle décision politique viscérale est très grave à mon sens. Peu relevée par les médias ; en tous cas pas autant que ça aurait du. J’essaierai de développer ça plus tard. Là aussi il me faut du temps pour que ma haine se cristallise et s’organise. Mais au mieux, je ne produirai malgré tout qu’une création de plus ; je n’ai pas la fibre du kamikaze assassin.
Hier soir, comme presque chaque jeudi depuis dix ans, suis rentré vers minuit et demi de la NoNaime, compagnie de théâtre composée de quelques amatrices et d’un amateur pour laquelle je mets en scène des pièces du répertoire, parfois des montages. Comme d’habitude j’écoute France Culture et les cours du collège de France ; « Valeurs et prix dans la Chine des Ming » ; j’écoute le savoir, la parole précise et hésitante des érudits sur des thèmes auxquels je ne connais rien. Là aussi peu importe. L’amour de la recherche, la conscience palpable qu’ils consacrent leur vie à des sujets aussi pointus, qui ne seront jamais davantage mis en lumière sur les ondes, font de ces intervenants les porteurs d’une parole unique, marquante et incroyablement poétique dans ma nuit du jeudi au vendredi soir, quand je fais la route de Maisons-Laffitte à chez moi. Un plaisir étonnant, rituel toujours renouvelé d’une solitude à cet instant éclairée. Ce n’est pas par la culture que ce moment s’illumine ; c’est par la hauteur d’où un certain amour des hommes s’exprime et m’entraîne en écoutant ces conférences, qui à l’origine, ne s’adressent pas à moi. Et ma nuit devient un tout quantifiable. Une fois garé, après avoir un peu tourné seul dans les rues pour trouver une place – ce moment aussi reste un plaisir – je prends soin de ne rien rater de l’émission. Changement de support, merci la technologie ; je passe du poste à la retransmission sur le portable, le temps du trajet à pied jusqu’à ma porte. Elle sera pour finir, reprise sur mon vieux tuner pour en écouter la chute. Entre-temps, détour par l’épicier arabe où j’achète 2 euros de plus que son prix un paquet de cigarette et quelques denrées pour finir la soirée. C’est en conscience que je le fais. Je ne regrette pas mes 2 euros. L’exceptionnalité du contexte de leur dépense contribue à ce moment privilégié. J’aime voir que l’homme qui tient l’épicerie invariablement est là, fidèle à mon rendez-vous qu’il ignore. Un autre monde, que cette soirée. Une petite fraction d’autonomie et de plaisir de vivre, tant physique qu’intellectuel ; ou plutôt physique parce qu’intellectuel. Un monde où tout s’inverse ; où payer plus cher son paquet de cigarette a sa valeur ; parce que c’est autre chose que je m’offre ainsi ; c’est justement la gratuité de cet instant. Parce que je connais la règle du jeu et qu’elle me fait plaisir. Qu’elle abonde dans le sens d’un paradoxe bien réel qui remet à leur place absurde les sophismes de la pensée simpliste qui émane de nos tutelles actuelles. Pas plus que ce n’est une évidence logique, ni une réalité économique qu’il faudrait travailler plus pour gagner plus, il n’est vrai que ce qu’on paie le moins cher est forcément le plus bénéfique. Ce qui importe c’est le prix qu’on accorde à sa liberté et de savoir clairement ce qu’on achète quand on croit simplement faire un geste du quotidien, « comme tout le monde ». Autre chose d’invisible est vendue avec. En veut-on forcément en cadeau ? De la banalité, du non exceptionnel, du marché officiel. Jusqu’où cela va-t-il se loger après dans les pores de la peau, dans les replis des circonvolutions ? Comment se conditionne-t-on en aimant le commun ?
Mais ma soirée a eu un préambule : la route pour venir à la répétition d’abord, elle aussi baignée d’une ambiance rituelle et particulière mais tout autre. Et puis la séance elle-même, qui quelque fois comme hier, touche au cœur. Parce que quelque chose émane d’important entre les personnes réunies là parfois. Une reprise de conscience de leur propre valeur, de leurs aptitudes à se découvrir autres, peut-être pas tout à fait perdue pour les jours de la semaine qui suivront. À elles et lui d’y veiller. Je crois que ça se fait la plupart du temps. Que tout ne se perd pas à l’issue de nos séances. Je le constate. Je n’en suis pas, de loin, l’unique cause. Je tends l’arc le plus possible, mais c’est le groupe qui décoche les flèches. Hier soir, j’avais pris un texte de Nadège Prugnard, Monoï. Incroyable ce qu’ils en ont fait ; dans quelle vigueur simple et très maîtrisée, elles et il ont su le rendre, sans affectation, avec une humeur qui porta haut l’issue de l’improvisation d’après. On se quitte sur cette humeur, cette paix qui nous réjouit, je crois, où on ne se félicite pas d’avoir fait du spectacle, du redoutable théâtre, mais d’avoir un peu plus compris à quoi ça pouvait servir. Nous avons contracté notre aventure en commun le 11 septembre 2001, par un étrange et surprenant hasard. C’est tombé comme ça, dans un appartement en banlieue, à Plaisir, où nous avions convenu de nous rencontrer pour voir si quelque chose serait possible. On s’est dit ok sur fond de télé allumée devant les images en boucles des tours qui s’effondraient, sans bien mesurer l’importance tragique de cette nouvelle ère qui venait de s’ouvrir pour nos consciences inconscientes d’occidentaux qui n’avaient pas envisagée la guerre dans le champ de leurs préoccupations. Avec la même parfaite inconscience, ceux et celles-là me disaient « oui », après avoir vu mon spectacle « Les Justes-story » chez Pierre Cardin qui le chassa peu après l’avoir programmé, se rendant mieux compte de ce qu’il racontait en substance. Au même moment, les aventuriers et aventurières de la Nonaime, micro compagnie amateur alors à quelques années lumière d’un autre volet du théâtre, répondaient, pourquoi pas ? Sans a priori, par envie, pour voir. Eux m’accueillaient à travers ce contrat. Alors tant pis, si elles-il n’y viendront jamais tout à fait à cet autre théâtre ; le choix des répertoires et des risques leur revient. Aucun problème à cela. Les produits que l’on montre comme un aboutissement de son travail, les choix qui semblent se revendiquer à travers une prestation ne raconte rien ou presque de ce parcours. Il faut y être au préalable. Il faut le vivre au long de toutes ces séances. La mise en conformité des résultats avec la pensée réclamerait un autre luxe, d’autres orientations. Pas plus que mes escapades dans les épiceries de nuit, pas davantage que les retransmissions du collège de France, leur narration ne peut en donner tout à fait la teneur. Seule compte la pensée qui y préside et sans la difficulté de vision de cette pensée, la poésie ne pourrait pas naître. De Mozart à Walt Disney, les produits sont tous les mêmes machines à éteindre la joie sous couvert de culture, une fois arrivés dans les bacs de la Fnac. C’est en cheminant par derrière leurs carcasses, qu’on peut déceler à la faveur d’une nuit, de petites entrées semblant à l’abandon, d’où filtrent des lueurs de lucioles. Au-delà se trouvent les zones où peuvent s’échafauder le rêve de soi, à l’insu du grand monde.

La menace de l’autre ou comment se fuir quand on s’est soi-même rencontré à travers des regards étrangers ?

Jazon_David Noir

 

David Noir _ Projet Jazon

Ne pas répondre aux exigences des autres est le début de mon plaisir. C’est la grande idée à creuser pour sortir de la dépendance et de la haine. Le tunnel de la liberté. Pas de pardon pour la culpabilité.
S’occuper de soi enfin. Vraiment de soi. De son beau soi fait à sa propre image, éloigné des reflets des miroirs hideux tendus par de terribles mains envieuses. Mains qui les premières, ne pensent qu’à leurs gueules. Idée à creuser aussi loin qu’elle me mène. Loin de ta grosse farce d’amitié et d’amour. Grosse volaille fourrée à la bile ; gros gâteau menteur, servi sur ton gros plateau, une main contre ton cœur. Envieuse et idolâtre, c’est la maman d’amour qui sert ses petits plats.
Idée de mon plaisir, insupportable aux autres. Ingérable hors ma prison. Tous et toutes sont mes geôliers. Moi Juliette, attends mon propre Roméo. Je me barre par un petit trou de souris sous mon joli capot.