Infirmités

David Noir - Marionnette

Je ne vois rien d’autre de possible que de se cantonner au « je ». Parce que l’autre n’est pas moi. Parce que l’autre porte en lui une part insupportable qui n’est pas moi, mais le serait tout autant si elle était moi. Car il y a autant d’insurmontable à me supporter moi-même que l’autre. J’ai deux problèmes à résoudre dans l’existence : survivre et vivre …

Journal des Parques J-13

Les dents de la mer
Roy Scheider prêt à faire exploser la bouteille d'oxygène dans la gueule du requin - "Les dents de la mer" (Jaws) - Réalisation Steven Spielberg - 1975 - Scène finale

Extirpés de la nuit animale, notre pire cauchemar est de redevenir une proie.

Je me souviens de Jaws. Rien que le titre que je ne comprenais pas, mais dont je voyais la calligraphie dans les revues, en petits caractères en dessous de la traduction française plutôt libre, « Les dents de la mer », en disait long tout en étant si court. Ce mot énigmatique était un de ces détails étranges et inquiétants à mes yeux, que j’allais prélever au cours de mes explorations, à la surface de la reproduction de l’affiche dont je disposais. Là où, nous utilisions cinq mots, l’anglais se suffisait terriblement efficacement d’un seul. Le prononcer à partir de la consonance DJ’ du "J", me donnait l’impression de simuler l’ouverture de la gueule béante du requin et tout à la fois, me faisait entendre par sa brièveté et sa finale en un « S » tranchant comme un Z, le claquement implacable de cette mâchoire si bien synthétisée par ces sonorités anglo-saxonnes ; sans même parler du « W », symbole littéral, s’il est besoin de le dire, des dents en rasoirs à lui tout seul. Restait le « A », unique voyelle, faux moelleux de la muqueuse interne de la bouche grande ouverte, qui donnait l’ampleur et prolongeait le son. 4 lettres pour 38 ans d’angoisse. Ainsi se noue irrémédiablement des particules de sens à l’imaginaire en formation. Redoutable constat d’une macule qu’aucun solvant de la mémoire ne pourrait plus jamais dissoudre. Unique solution, délaver ces tâches malades jusqu’à ce qu’elles passent de la surface à l’envers du tapis. Autant dire qu’à l’âge « avancé » que j’avais alors, le refoulement, piètre emplâtre des apparences, pis-aller de guérison, ne serait plus possible. Le titre, couleur sang rendait presque l’image terrifiante de l’affiche superflue. Scrutant avec dégoût et fascination la vignette sur le papier glacé, je me perdais dans ses détails, ayant été préparé et happé bien plus tôt encore par le titre français, la première fois que j’en entendis parler à l’école. Comme une relique maléfique, le poster miniature reproduit dans le magazine s’adressait à moi et je ne pouvais m’en défendre. Qu’est-ce que c’était donc que ces dents dessinées comme des poignards qu’on aurait rapidement découpés dans la tôle ? Combien de mètres pouvait bien mesurer le corps de ce monstre surgissant comme le pied vertical d’un T, à angle droit avec celui de sa victime qui nageait sans se douter de l’affreux sort qui l’attendait ? Impossible à dire. Des dizaines semblait-il. Graphiste et réalisateur avaient bien réussi leur coup. Le temps en suspend et l’événement qui allait advenir étaient capturés tous deux dans l’image. La regarder encore et encore ne cessait d’associer dans mon inconscient, celle d’un animal véritable - qui tout aussi dangereux qu’il fut, demeurait pour moi jusqu’alors, un prédateur au même titre qu’un lion ou un alligator – et la figure d’une chimère terrorisante, juste suffisamment éloignée du réel, pour que sa déformation suscite l’épouvante à la seule vue de son portrait sur une affiche. C’en était fait de mon sommeil pour les mois à venir, de mes joyeux étés à la mer et de mon regard d’enfant passionné de zoologie, sur les créatures marines. L’impact fut décuplé quand, durant la semaine précédant sa sortie, un exemplaire original de bonne taille, placardé sur une planche soutenue par un pied de tréteau devant le cinéma pour annoncer l’arrivée prochaine du film, ne cessa plus à son tour, d’accrocher nos regards et de hanter nos pensées. Moi et plusieurs autres garçons et filles entre 12 et 13 ans, nous y arrêtions chaque fois que nous revenions de cours. Après un bouche à oreille nourri qui avait dû surgir bien avant, dans le champ de notre cinéphilie en herbe, l’addiction fut totale pour nous toutes et tous dès le premier jour où nous vîmes l’image en taille réelle. Tout dans cette illustration la rendait iconique. On l’aurait pu croire sainte pour qu’elle nous fascine autant ; tout en elle était diabolique et nous enchaînait plus sûrement que n’importe quelle promesse de paradis. La prescience d’une terreur nous avait captivés par avance ; en quelques jours, la peur fantasmatique d’un réel annoncé fit de nous des zombis. Devenus monstres à notre tour, nous n’avions plus qu’une hâte, que les bobines soient enfin projetées dans la salle et déroulent pour nous la lente agonie de notre insouciance. La semaine passa comme une fraction de seconde autant qu’une éternité. Nous n’en pouvions plus d’attendre. Nous n’en pouvions plus de craindre ce qui n’était toujours pas là. Arriva le grand jour du baptême satanique. À 14 heures pétantes, nous étions en possession de nos tickets d’entrée. Quelques minutes plus tard, nous occupions un rang entier dans une salle bondée de jeunes gens de notre âge ou à peine plus vieux. Un spectateur non averti aurait pu croire s’être trompé de salle et repartir, pensant qu’on aller y projeter un Disney. Il n’aurait pas été si loin du compte ; en fait d’animation, nous allions être mis face à du jamais vu. Du factice grandeur nature, du démon à la hauteur de nos espérances, de l’horreur comme on ne l’aurait jamais imaginée.

Le pire bien sûr, était que nous savions tout cela par avance. Nous étions là pour vérifier notre intuition. Nous n’allions pas être déçus.

« Qu’allais-je donc faire dans cette galère ? » Je ne connaissais pas encore Molière, mais une réplique approximativement du même tonneau, traversa mon esprit une fois que je que je me trouvai pris en sandwich entre mes deux copines préférées de l’époque. Elles s’étaient assises de part et d’autre du petit gars fluet que j’étais, comptant sans doute se raccrocher à moi quand les scènes seraient par trop insoutenables et déjà, quand le générique fit suite à l’inconséquente légèreté des pubs, leurs ongles se mirent à me labourer la chair des avant-bras. Nous étions en juin de l’année 75. La chaleur était déjà forte dans le Var et le cinéma ne possédait pas de climatisation. Avant même que la séance ne commença, j’étais déjà en eau, les bras nus et rougis par la poigne des filles, freinant pourtant autant qu’elles le pouvaient leur hystérie naissante. Je sus alors que je venais de m’embarquer pour vivre de sales quarts d’heure en perspective. Je ne décrirai évidemment pas le film, dont le succès fulgurant dévora une génération entière de tous nouveaux spectateurs. Rien ne vint démentir mon sentiment aisément prémonitoire. Du début à la fin, de la première attaque, qui ne constitua pas un soulagement de la tension, bien au contraire, à la dernière note de musique, la séance fut atroce. Je sortis chancelant de la salle avec mes semblables, après deux heures de torture digne de celle infligée par le traitement Ludovico à Alex dans "Orange Mécanique", à l’affiche trois ans plus tôt dans la même salle, mais que, trop jeune, je n’avais bien sûr pas encore découvert.

Nous ne disions rien ou presque sur le chemin du retour. Certains, modérément hâbleurs, ponctuaient le silence de quelques blagues morbides. Pas de quoi faire esclaffer de rire notre petit groupe sous le choc. Nous nous quittâmes sur des sourires maladroits, chacun/e repartant chez lui/elle, chargé/e comme moi, je suppose, d’une boule à l’estomac qui se résorba en un secret honteux quand il fallu dire deux mots du film à nos parents respectifs qui, bienheureux, s’en contentèrent. Assis sur mon lit, seul dans ma chambre, je pus enfin souffler. Me détendre serait un trop grand mot. Je n’étais pas sportif et n’avait aucun dérivatif physique par lequel l’épuisement aurait pu me laver un peu de l’empreinte de la morsure du squale infernal. Une fatigue moins saine m’assaillit. Je restai ainsi en légère catalepsie de la fin d’après-midi jusqu’à l’heure du dîner où, heureusement, le sujet ne refit pas surface. Il n’en était pas moins là, comme un poison actif et lent, faisant des tours de manège dans mon corps et mon esprit. Je ne tardais pas à aller me coucher. La nuit ne fut pas agitée. Mon corps, qui me semblait peser une tonne, s’enfonça dans l’épaisseur du matelas et le sommeil s’empara de moi d’un seul coup. Levé tôt pour repartir en classe, mon premier réflexe fut de jeter un coup d’œil à ma revue pour m’infliger une dose de ces images terribles, parmi lesquelles deux ou trois photogrammes du film. La revue en question se voulant magazine de vulgarisation scientifique faisant corps avec l’actualité, le reste des photos représentaient des requins bien réels, dont naturellement le fameux grand blanc, héros malgré lui, qui arborait sa denture très spéciale et si spectaculaire sur plusieurs clichés. Inévitablement, une impressionnante pleine page faisait la part belle au résultat d’une célèbre attaque, montrant un homme dont le flanc offrait une blessure béante incroyablement nette, comme tranchée au couteau. Le reste du torse, l’épaule et un de ses bras, étaient eux aussi largement perforés à distance régulière, en un monstrueux pointillé de puits coniques ouvrant sur la chair sanglante, comme si un équarisseur avait scrupuleusement suivi le tracé d’un dessin préalable. Le fait d’avoir vu la fiction peu de temps avant, redoubla l’impact déjà très vif de cette image, capture de la réalité, en lui donnant une force surnaturelle supplémentaire. La bête de cinéma existait bien dans la vraie vie. L’homme s’appelait Rodney Fox. L’attaque dont il fut la victime finalement « chanceuse », survint en 1963, année de ma naissance. Cette coïncidence me frappa, me demandant alors, à travers mon esprit romantique propre à s’infliger d’insolubles questions tragiques, si je devais, par des prières adressées au destin, le supplier de s’enrouler à rebours douze années en arrière, pour que cela n’arriva pas et que je pus échanger ma venue au monde contre l’effacement de l’accident traumatisant de cet homme. L’identification, fruit du cinéma d’Hollywood fonctionnait à merveille, m’insufflant des idées telles que je souhaitais ne pas être né pour que jamais une telle horreur ne m’advienne. Pourvu d’un sang froid incroyable, Rodney Fox, après un corps à corps acharné avec un animal sûrement trois fois plus grand que lui, avait réussi à échapper aux mâchoires prêtes à le déchiqueter. Un reportage me le fit plus profondément découvrir des années plus tard, montrant un homme tout entier dévoué à la cause du sauvetage des requins et en particulier, de l’espèce de celui qui avait failli le dévorer. Rédemption extraordinaire de son ancienne vie de chasseur sous-marin ; si miracle il y avait, au-delà de l’issue de son aventure unique, c’était bien dans ce revirement total, dans cette prise de conscience imprévisible lui intimant de cesser d’être un tueur pour entrer dans les ordres sous la bannière de la protection de ces majestueux prédateurs marins. Malgré cela et la compréhension intellectuelle que je peux en avoir, quelque chose en moi de sans doute trop faible ou inabouti, continue de me laisser sans voix devant le spectacle d’une pareille évolution au cours d’une vie. Sans doute est-ce dû à la faiblesse de ma foi qui ne peut s’attacher à aucun objet de croyance hormis la certitude de la mort. Pas si simple, venant de là et frappé de stupeur face à l’inéluctable depuis mon plus jeune âge, de se convertir à des religions marquées par davantage d’espérance. Je n’en veux pas vraiment, du coup, aux intégristes dont je perçois l’impasse autant qu’elle m’inspire de rejet. Il reste en effet peu de voies, hors un athéisme sans espoir. Le panthéisme qui aurait pu m’attirer, a fait, par son jusqu'au-boutisme, que la vie d’un Christopher McCandless tourne court ; d'un autre côté, les religions monothéistes me semblent fourguer du Dieu en kit en faisant passer la pilule comme une extasie merveilleuse, par la vente sur plan d’un hypothétique Au-delà. Hélas, rétif aux doctrines politiques, mêmes revêtues du voile de la ferveur religieuse, je ne suis pas client. Autrement plus fantaisistes, les polythéismes antiques - il faut dire que je ne connais rien à l’hindouisme actuel, ni ancien -  offrent un peu plus de souplesse. Malgré cela, je me vois assez mal faire des offrandes à Zeus. La famille comme un temple, même laïc, n’a jamais été un horizon véritablement tentant à mes yeux et le libertinage, ancienne version du consumérisme matérialiste, même si j’en défends les valeurs de liberté, n’est pas mon aventure quotidienne. L’art quant à lui, ne m’impressionne plus qu’à de rares occasions. Finalement, sans que cela constitue réellement une croyance, seule la nature mystique du héros, dont je n’ai aucun attribut, ne laisse pas de me fasciner. C’est le seul être tangible, qui à travers de rares cas, d’une certaine manière, fiche une bonne raclée à la mort, dans ses manifestations intempestives et trop pressées d’advenir. De ce point de vue, autant le long métrage de Spielberg, que je ne remercie pas, se complaisait dans des fantasmes horrifiques, autant l’histoire de Rodney Fox - même si nous serions, je pense, bien peu nombreux/ses à faire preuve d’une telle combativité dans une situation identique - nous transporte dans les hautes sphères des combats symboliques. Tout n’est donc pas perdu d’avance face à des puissances dont le déploiement nous dépasse infiniment. Saint Georges, bien que n’ayant pas existé, se joint aux luttes bien réelles des résistants/tes ayant surmonté l’épreuve de la confrontation au mal. Je doute que, comme le plongeur courageux, ils/elles aient été pris de compassion pour leurs bourreaux une fois sorti/es de l’enfer, mais - c’est là où heureusement, une entrave salvatrice est possible à opposer au délire qu’entraîne la peur fantasmatique – ils/elles surent trouver sûrement assez de force en eux pour ramener l’image du tortionnaire, mise en scène pour susciter l’épouvante et la perte de contrôle, à celle plus réaliste d’une bête humaine ayant ses limites autant que le puissant requin.

La force réside donc en nous-mêmes et le courage est l’opération qui consiste à la faire surgir malgré la terreur qui, nous saisissant une fois remis en situation de proie, se tient là, toujours prête à nous terrasser. C’est deux ans après la sortie des « Des dents de la mer » qu’un nouveau genre, venu de l’univers ludique des maquettes et non plus des créatures grandeur nature héritières de King Kong, apparût pour venir, à travers un épisode pionnier, nous rappeler cette formule magique. Cette optique fringante et adolescente arrivait pour nous offrir quelques outils aptes à faire fermer sa grande bouche à Jaws. Avec pas mal d’efforts et quelques combats à coup d’épée laser, la force serait avec nous. La question n’était plus de survivre, mais, se défiant du côté obscur, de pencher du côté du « bien », où, si on ne gagnait pas à tous coups, mourir débarrassé de la peur n’était désormais plus une utopie. Nous entrerions joyeusement bientôt dans la décennie 80, parenthèse en forme de jouet avant les conflits internationaux de la fin du siècle, où incroyablement, les visions de Georges Lucas s’avéreraient particulièrement représentatives. Monde séparé entre bons et méchants, rais de lumières vertes zébrant le ciel des combats, « Star Wars » semblait inspirer la guerre du Golfe dans l’esthétique de ses images. Le grand public ne se doutait pas encore du virtuel et des images de synthèse ; pour l’heure il savourait la SF nouvelle génération et son humour droïde. Déjà loin derrière, échouées sur le banc de sable des années 70, les monstres de carton-pâte avaient fini leur carrière. Jaws s’en était sorti de justesse.

Bizarrement expédié du scénario sous la forme d’un gigantesque plat de sashimis éparpillé sur des centaines de mètres, la grande gueule et ses centaines de dents rangées en ordre de bataille, s’étaient désintégrées sous la déflagration de l’explosion, douteusement improbable, d’une bouteille d’oxygène balancée par un Roy Scheider en pleine forme, bien qu’à la limite de sombrer. L’invraisemblance de cette fin en queue de poisson (je n’ose dire en eau de boudin), laissa même Peter Benchley, l’auteur du livre, sur sa faim. Une certaine morale voulait être sauve pour ne pas laisser le public de grands spectacles à la traîne, dans le sillage des deux survivants - un des héros étant remonté à la surface après avoir réussi à se mettre à l’abri derrière un rocher du fond. Mais le happy end scénaristique a eu du mal à prendre pour les plus fragiles psychiquement et pour ma part, il ne m’est resté qu’une litanie de carnages devant laquelle le dénouement miraculeux n’a eu que peu de poids pour me sauver de l’angoisse persistante.

Ce sont les risques, parfois mal évalués, de la vie de spectateur. Des années plus tard, je découvris le jeu vidéo et quoi qu’on ait pu dire de la violence récurrente certaine des jeux de combats et autres beat them all, la latitude offerte par le medium vidéoludique à travers ses multiples genres, m’apportât et continue de m’apporter d’immenses plaisirs autant que de découvertes. Je ne renie pas pour autant les chefs-d’œuvre de mon panthéon personnel qui m’enchantèrent au cinéma et parmi lesquels figurent d’ailleurs nombre de films d’épouvante, mais je dois aux mouvements du joystick  - comme la traduction littérale de son nom suggestif (bâton de joie) l’indique - la découverte vivifiante de pouvoir parfois, selon les titres, m’évader complètement pour un temps hors de l’histoire imposée, comme c’est le cas dans certains RPG (Role Playing Game) et errer à plaisir en y découvrant des petits jeux mis en abyme au cœur du jeu lui-même, ainsi que d’autres quêtes annexes. Cette possibilité unique dans une fiction, hors sa propre rêverie, m’a d’emblée interpellé lorsque j’ai eu progressivement et sur le tard, l’occasion de découvrir ces univers. J’y ai retrouvé la familiarité de ce que permet la scène ou l’opportunité  d’errance propre au regard donné à la énième vision d’un film que l’on chérit et dont il n’est plus nécessaire de suivre pas à pas l’histoire. Ces ballades latérales, décriées dans les productions « sans maîtrise » scénaristique, ont fait pour moi le charme de nombre de visionnages de films déclarés ratés et sans attrait.

L’art du scénario est une discipline ambiguë dont l’enseignement me crispait déjà fortement à l’université de cinéma, quand la majorité des étudiants y trouvaient les clefs du talent narratif alors que je m’énervais contre les clichés et astuces du genre. Pour quelques Hitchcock, informaticiens du sens, combien de faiseurs aux ambitions de supermarchés ? Je vois encore aujourd’hui, dans ma résistance aux histoires, des similitudes avec un dégoût pour les éducations subjectives portées au rang de dogmes, eurent-elles l’incidence momentanée d’un film. Méfiance pour les contes à se réveiller la nuit ou à ne plus dormir du tout, car comme pour moi, dans le cas de Jaws, ce n’est pas le premier soir suivant l’impact qui fait foi, mais bien les décennies postérieures. Une grande exception est à mettre au crédit des mythes qui, à la différence des cultes, ont su prouver leur bénéfice au-delà du choc de la surprise, pour s’avérer des compagnons de route plus fréquemment protecteurs que néfastes, par la globalité objective qui permet à la libre interprétation d’être. Différence notoire entre totalitarisme des points de vue alignés sur un axe et latitudes périphériques autour d’un phénomène. Les deux formes de transmission se croisent, tant dans l’éducation des masses, que dans la culture du même ordre. Le héros que nous abritons est-il capable de se défaire de l’emprise carnassière des pressions populistes ? Les traces sanglantes encore fraîches de l’histoire récente, n’en donnent pas véritablement la preuve. Peut-être qu’un tour, de temps à autre, du côté des mythologies profondes et des fantaisies ludiques plutôt qu’une immersion dans l’éternelle production d’anecdotes dramatiques, nourrirait plus richement d’exemples de haute stature, nos quotidiens fragiles d’incertitudes ? Encore faut-il que leur traitement soit à la hauteur. Mais comme on dit, à chacun/e ses goûts, n’est-ce pas ? Tous ont leurs vertus s’ils parviennent à nous aider à nous définir.

Sortir vainqueur implique au moins de ne pas s’être trompé de combat.

Journal des Parques J-18

Le prisonnier - Patrick McGoohan

Le prisonnier - Patrick McGoohan
Le prisonnier - Patrick McGoohan

C’est paradoxalement, arrivé au pied de ma montagne, que je comprends que je peux avoir du pouvoir sur les choses. Il suffit de me redresser et de la gravir. Frodon mon ami, tiens bon, encore quelques mètres à franchir qui te séparent du but.

Je vais, tambour battant, rattraper mon retard. Le retard d’une vie, mais pas uniquement la mienne, car le sentier que je me mets à emprunter à partir de ce point est celui commun à toutes les vies en quête d’elles-mêmes. Comme au cours de l’étonnant et extraordinaire dénouement de l’ultime épisode du Prisonnier, série devenue culte, réalisée et interprétée par Patrick McGoohan entre 1967 et 68, je compte bien, contre toute attente, arrachant son masque au N°1 lors de l’affrontement final, stupéfait, me rencontrer moi-même.

Qu’y aurait-il d’autre à découvrir, pour chacun/e, après d’incessants combats acharnés et de fuites, toutes aussi nombreuses, pour courir se cacher, ayant échappé au pire, si ce n’est les traits grimaçants de son propre visage, en proie à l’excitation de la bonne farce qui s’est jouée durant toutes ces années ? Nul autre qu’un Nous-mêmes ne peut nous attendre au sommet, bien content de la blague qui nous a fait tant nous démener pour parvenir jusqu’à lui. Jeu de piste fort bien mené, il faut le dire ; chasse à l’homme ou au trésor, rondement concoctée, avec tout le suspense qu’on est en droit d’en attendre. La plaisanterie se révèle savoureuse et juteuse comme une orange bien mûre. Rien d’autre à l’horizon d’une vie que sa propre figure ; mine réjouie, enfiévrée, exténuée, ravinée, émaciée, creusée dans sa chair par les ruissellements des années de conquête. Retour à la case départ sans rien de plus en poche qu’à l’origine, sinon une petite fiole, une ampoule de quelques millilitres à peine, contenant en solution outrancièrement dissoute, quelques grammes de connaissance de soi. C’est suffisant, selon les bons docteurs de l’âme, pour ce qu’on doit en faire et ce qu’il nous reste à vivre, arrivés à ce stade. Toujours est-il qu’il faudra bien s’en contenter. Contempteurs dubitatifs de l’homéopathie, passez votre chemin ou résignez-vous devant la maigre pitance et la solde à peine plus volumineuse, reçues en récompense de ses efforts par le troufion de base. Le gentiment courageux éclaireur parti aux avant-postes sera, si tout va bien, de retour, enrichi de ce qu’il possédait déjà, sa vie sauve, mais désormais glorieuse. Les fiers soldats ne cultivent pas l’amertume. Ils ne se suffisent pas de se contenter d’en avoir vécu les affres et les tourments, ils chantent les louanges de l’aventure qui les a menés jusque là. Je dois dire que de ce point de vue, je les comprends et si je n’aurai pas l’outrecuidance de me comparer à un combattant armé parti risquer sa peau sur les champs de bataille, je partage le sentiment du devoir accompli. On aura fait le job et c’était ce qui comptait avant toute chose. Le temps n’est plus aux états d’âmes, mais déjà aux souvenirs. Alors, reprends ton paquetage et marche droit comme si le sang de la légion coulait soudain dans tes veines. « J’avais un camarade » chantent-ils, à la fois pour ne rien oublier de la perte de ceux qui sont tombés, mais aussi pour se donner le courage de continuer d’avancer vers une mort, dont on ne sait jamais assez qu’elle est inéluctable. Le pas lourd et cadencé suivant la scansion des paroles qu’ils égrènent gravement, d’une voix semblant venue des entrailles de la terre qu’ils foulent, leur cohorte fait vibrer le sol et les ossements fébriles des corps ensevelis qu’il recèle. Notre terre se nourrit des cadavres qui, depuis des millénaires, se fondent en sa surface. Le trésor est là, sous nos pieds. Les morts sont nos assurances sur la vie. Leur famille aux membres innombrables, constitue notre avenir le plus sûr. Sans équivoque, nous nous retrouverons mes frères. Conscients ou pas, quelle importance ?

Nous donnons depuis quelques siècles, un prix à la vie qui finit par en dégrader la valeur du contenu. Il faut survivre à tout, par-dessus tout. Rien d’autre n’a d’importance. Et pourtant !

Moi-même, peureux d’entre les peureux, je crée timidement des spectacles dans l’espoir forcené que quelque chose, un enjeu plus infini encore que la trouille dont on m’a mollement modelé, prenne le dessus et m’apparaisse enfin comme un guide capable de me mener plus loin que la médiocrité de mon ambition d’être et de rester encore et toujours vivant. Oui, il y a mieux, j’en suis sûr, que cette fade lumière, étoile de la multitude si misérablement brillante, qu’on regarde, les pupilles éternellement vissées à sa pâle lueur, pensant qu’il ne peut y en avoir de plus chaude ni de plus précieuse. Non, la vie n’est pas tout et j’entrevois à la cime de ce pic rocheux qu’il me reste encore à arpenter, que le tapis volant patiemment tissé selon les détournements hasardeux et obliques de son canevas, plus souvent que par la rigueur de nos choix, peut nous porter ailleurs. Si par chance ou par quelques bonnes intuitions, une poignée de fils d’or ont pu y être enchevêtrés - nous ne possédons pas tous/toutes l’art de créer des compositions bien savantes - il est possible que nous nous élancions enfin vers des sommets bien plus hauts encore et peut-être, pour ne plus jamais redescendre. La majeure partie d’une vie peut, dans certain cas, se réduire à ériger un tremplin.

L’important, entend-on dire parfois, davantage que de ne pas rater sa vie est surtout de bien réussir sa mort. Peut-être, mais entre les deux, il me semble qu’il y a place pour un ultime essor vers une aspiration plus haute que la valeur attribuée jusqu’alors au simple fait d’être en vie et de s’y maintenir. Rien de mystique dans ma pensée. Je ne fais référence ici aucunement au religieux, qui décidemment, me semble un conte pour enfant guère plus palpitant que la programmation de certains théâtres ; ne revenons pas là-dessus. Non, je parle et j’espère avoir réussi à en exprimer au moins grossièrement les contours, de rendre son existence plus « importante » à ses propres yeux. Je conçois que cela puisse, ainsi exposé, ressembler au pire des paradoxes, puisque d’un côté, souhaitant en finir avec une idée trop inaltérable du vivant surévalué et de l’autre, évoquant un rehaussement de l’importance de l’existence. L’existence aurait-t-elle un sens, détachée de l’idée irréductible de vivre ? Malheureusement, mes balbutiements philosophiques sur un thème, sans nul doute, maintes fois abordé et raisonné par les penseurs de l’antiquité à nos jours, n’iront guère plus loin. J’ai conscience ce faisant, de simplement m’ouvrir une porte par laquelle ne pas aborder la vieillesse dans la seule crainte de la mort. Ce serait somme toute bien inutile.

Je suis aujourd’hui étonné de réaliser combien, étant plus jeune, j’ai dû considérer ma vie comme plus précieuse que moi-même ! Quel sens cela pouvait-il bien avoir ? Aucun. J’ai donc certainement vécu sans réellement m’appartenir. Sans comprendre que j’étais mon propre bien et que j’étais libre, et je dis bien aujourd’hui, m’en apercevant, totalement libre, d’en faire ce que je voulais. Libre à moi d’être un assassin, de tenter d’être président du monde ou de passer ma vie au soleil, sans autre ambition que de couler des jours entiers dédiés à l’insouciance. La question serait : pourquoi n’ai-je pas suivi selon mon cœur, l’une ou l’autre, ou toutes ensemble, ces trajectoires que la liberté m’offrait de choisir dans l’espace de ses vastes bras ouverts. Deux réponses, à mon sens, à cela, mais tellement concrètes dans les influences qui en découlent, que l’on peut dire en effet, que le libre arbitre ne peut qu’être une notion théorique. Primo, le poids des croyances insufflées par l’éducation reçue de mes parents et dont il a fallu un certain temps, pour voir que l’univers ne s’y résume pas, loin s’en faut ; deusio, la simple et banale peur de la mort ; crainte de perdre la vie en l’égarant dans des zones inconnues et incompréhensibles à mes sens ou en prenant des risques trop amples pour mes aptitudes supposées. Rien d’étonnant à cela, n’est-ce pas, puisque nous devons être nombreux/ses - à en juger des vies des un/es et des autres - à n’avoir pas compris instantanément que le temps ne faisait rien à l’affaire. Brève ou centenaire, une vie n’a réellement de sens que si nous l’avons dotée en guise de pilote automatique, d’une conscience aiguë de l’importance de ce qui la compose, bien davantage que de sa durée potentielle.

Le code d’honneur des chevaliers médiévaux, s’il s’est réellement appliqué, peut nous sembler désuet, c’est néanmoins bien vite mettre le voile sur une conception de la vie la vouant certainement à une moins grande longévité, mais qui reste d’autant plus actuelle qu’elle est porteuse de questions d’un ordre qu’il nous fait mal aux yeux de regarder en face. Je confiais récemment à plusieurs personnes combien j’étais effaré d’entendre, désormais intégré à la liste des formules de politesse usuelles et automatiques lancées à la cantonade chez les commerçants ou entre collègues en début de journée, le fameux « Bon courage !» censé épauler le malheureux ou la malheureuse allant affronter vaillamment sa journée de bureau. Quel foutage de gueule ulcérant ! Moi qui ne m’en trouve guère, j’ai au moins la conscience de la valeur des mots et galvauder ainsi cette qualité rarissime et complexe, comme si on l’emportait le matin sous le bras, en même temps qu’on prend sa baguette, me semble de la plus haute indécence pour les rares d’entre nous qui en font preuve réellement. Se figurent-ils seulement, ces gens inconséquents qui bradent une expression porteuse d'un sous-entendu si déterminant, ce qu'elle implique, lorsqu’ils lancent de façon tonitruante ou plaintivement - c’est selon - leur formule toute faite, sans davantage d’égard pour la justesse des situations ? Cela en dit long sur l’incohérence perpétuelle et désolante découlant du fossé creusé entre les mots et les actes.

Oui, la crise bien sûr, oui les méchants capitalistes, bien sûr,  mais bordel, au moins un peu d’honnêteté intellectuelle si nous ne sommes plus capable de croiser le fer pour nos idéaux, aussi bêtes furent-ils. L’époque moderne nous a certainement fait gagner en réflexion par rapport aux boucheries qu’ont été les guerres et qu’il n’est pas question de regretter, mais la bravoure des sentiments et des comportements a également sûrement beaucoup perdu au change dans l’acquisition d’un humanisme plus conscient. C’est du moins ce que nous nous plaisons, nous occidentaux, à nous dire, car sommes nous pour autant tellement plus pacifiés quand notre pacifisme nous vient de la terreur de la mort plutôt que du goût d’intensifier la vie ? Je ne suis pour ma part, lâchement belliqueux qu’à travers les mots, mais s’il me reste le temps d’une courte lutte à mener, j’aspire à ce que mon étendard ne confonde pas dans ses symboles, celui de la paix avec celui de la passivité. Les deux verges s’entrechoquant à l’entrée d’une vulve, portées sur mon drapeau, ne revendiquent ni la guerre des sexes, ni le combat des mâles pour posséder une femelle, mais plutôt la personnalisation de ces parties génitales, regardées avec si peu de naturel, pour que, semblant ouvrir la bouche comme des créatures héraldiques, on puisse les imaginer nous rugir à l’esprit :

« Un peu d’audace, un peu d’amour, un peu de désir et que résonnent les chants des pulsions humaines loin des fictions chimériques que nos têtes, emplies de démons ridicules, brodent autour ; les faisant passer pour morbides, de libération des mœurs en régressions perpétuelles, quand elles ne sont que dynamique du mouvement, fruit de la quête d'apprendre enfin à vivre un tant soit peu héroïquement l’instant ».

 

Trois minutes de sexualité pure en direct, ça n’était pas n’importe quoi,

Auriez-vous voulu me retenir ?

Des centaures et des hydres s’enfilant des colliers de dieux,

Des fanfares mythiques,

Des zobs divins croisant le fer avec des chattes crachant des poisons odieux,

Des fellations brillantes,

Des culs ouverts sur l’infini tout constellé d’anus et de cunnilingus,

Nos chairs à consommer sidérant les rayons de ma grande surface,

Toute garnie, ras la gueule, des peaux blanches yaourt de mes supernovas,

Et pas du sulfureux ringard tu peux me croire !

Je peux sucer ta bite par amitié pure camarade d’un soir,

Car on s’en fout un peu finalement de tout ça !

Sois propre et ça ira ; du moment qu’on chope pas le sida, seulement voilà …

Ma maille s’est filée, ma cotte s’est élargie,

Qui m’aime me saute et me suit et me saute

Et qui veut me chercher me trouve !

Il reste quelques stocks,

Oui mais bientôt fini les soldes !

Au placard les promos ! La rage façonne son tricot.

Je rentre en moi dans mon érection comme une araignée qui n’aura plus d’enfants

Et j’aiguise mon dard en l’espérant mortel,

Va t’en poser ton cul sur un ban de mariage,

Si tu crois que je vais avoir du courage pour toi !

Rien à foutre de tes aspirations,

Rien à foutre de tes espérances,

Tu t’ériges en je ne sais quoi, mais au fond tu veux juste qu’on s’occupe de toi,

Toi toi toi toi !

Pinocchio tout en bois ; tu ne sais rien, que toi !

Comme dans ces jeux à manettes, je suis mort plusieurs fois, crois moi !

Gay mother !

 

UN CUL RIT

Les Parques d’attraction – David Noir 2013 -  La foire aux consciences

Pornographie et vent frais de l’acte gratuit

David_Noir_AltérésGo!

David Noir - AltérésGo! - Photo Karine Lhémon

L’intime qu’on ne pourrait réussir à montrer sans tomber dans la porno ...blablablabla … : une thématique insupportablement naïve, bête, banale et tellement récurrente. « « Tu comprends, la suggestion de l’érotisme, c’est tellement plus fort que la brutalité pornographique… »
« Oui, oui, oui … et mon cul ? » répondrais-je sobrement ?

J’ai effectivement remarqué que l’une des questions de base les plus courantes quand il s’agissait de disserter autour du nu en scène, était malheureusement la plus absurde et la plus misérablement propre à trahir la gêne et la limitation de ceux et celles qui se la posaient : qu’est-ce que ça apporte ?

Ah … ?! Et d’être vêtu qu’est-ce que ça apporte ; et de dire un texte qu’est-ce que ça apporte … ?

À la suite de cette interrogation, on observe, une fois l’expérience tentée par un spectateur a priori sur la réserve, que s’il ne s’est pas laissé totalement convaincre, une balance destinée à trancher tente de s’équilibrer dans le cerveau du questionneur perplexe. Il apparaît que les paramètres sont bien souvent les suivants :

Soit « l’audace » lui a semblé justifiée par le propos et l’a rendue acceptable, quand elle n’est pas, après évaluation, soudainement devenue indispensable à la narration.

Soit le concepteur a commis l’impardonnable en sacrifiant au plus grand des blasphèmes artistiques du moment : la gratuité. Voilà une vaste bouée de secours à laquelle une belle majorité de connaisseurs intelligents aime à s’agripper d'un seul homme.

Et si le sujet antérieur à tous les sujets était finalement la bêtise de toute culture stagnant dans les marécages de ses propres valeurs ? Pas immanquablement la bêtise profonde, mais l’ombre de sérieux, que je distingue de la passion grave et habitée, qui vient animer souvent sans grâce, l’esprit des lois.

De même qu’un certain esprit bâtisseur vise le capital, une certaine anarchie cible les concepts de la gratuité. La morale n’est pas mon sujet, mais l’humain l’est, avec son cortège de surprenants engouements. Ainsi je ne peux regarder qu’avec défiance, ceux de nos concitoyens en charge des plus hautes fonctions sociales, de l’éducation à la gestion des images, qui, pour certains, portent atteinte gravement à leur crédibilité en dévoilant avec une inconscience coupable, leur manque absolu de simplicité dans le rapport à leur sexualité, voire de terreur à peine déguisée quant à leur corps « publique ». Il en va de même des penseurs, des artistes et même des interprètes dont les comportements si peu réellement enfantins n’inspirent aucunement la confiance qu’ils cherchent à faire naître. Ainsi les libres penseurs se font rares et semblent avoir de moins en moins d’influence sur le pouvoir. Avoir l’air plutôt qu’être a toujours eu ses adeptes ; l’idée ne me révulse pas plus que ça. J’aime les libertés et particulièrement celles qui me garantissent une bonne distance d’avec ceux que j’estime dénués d’attraits. Mon voeu le plus cher étant d’être pris en compte pour mes travaux et distingué pour mes talents, je tiens à m’affirmer ici dans toute la passionnante ampleur de mon sujet sans rien en cacher : le cru ; le sexe ; le nu ; toutes les pornographies ; la place sociale des fantasmes ; l’aspiration au pouvoir, l’enfance broyée qui nous constitue ; les masques du quotidien et le jeu de tous ces facteurs réunis en nous; le vocabulaire de l’excitation sexuelle ; la honte et l’arrogance dans l’obscénité ; le dévoilement, par le truchement de mots et d’images de toutes sortes, de ce que l'on ne parviendra sans doute jamais tout à fait définitivement à dire, mais qui fait notre quotidien le plus joyeusement universel : le désir animal.