Journal des Parques J-48

David Noir - Valérie Brancq

David Noir - Valérie BrancqLe projet a vu le jour avec la trahison et en est traversé de part en part ; j’y reviendrai. Il s’arc-boute sur l’armature, selon les cas, grossière ou subtile de la forme que ce sentiment laisse à l’intérieur de soi lorsqu’il s’impose. Car contrairement à ce qui est souvent rapporté, la trahison ne s’insinue pas, ou alors tellement en amont qu’il est impossible de la discerner des origines du lien, le jour même où l’on s’est fait « flasher » par le charme de l’autre. Non, un beau jour, elle éclate comme un abcès purulent à la face de l’observateur amoureux et fasciné par le sujet de son amour. Il en reste une trace ravageuse et profonde, une empreinte irradiée, une étendue à jamais inhabitable de son propre cœur. L’incarnation de cette turbulence en une zone de tension artistique s’est-elle produite il y a 10 ans, mise en germe par un acte fondateur, il y a 6 ans concrètement par la création de mes Solos de Jazon ou il y a 40 ans à la suite d’un combat perdu contre les tabous environnants ? Je ne sais plus réellement, car au fond, il y a tant d’origines à la déception mortelle, à commencer par le constat de sa propre inaptitude à démasquer la traîtrise. Sa sève brûlante, nourrie des apports d’une vie à se frotter par empathie à autrui, parcoure en filigrane ma psyché et mes sentiments jusqu’alors. Trahison des idéaux, de moi-même, des amis, de ma confiance aveugle d’enfant ; le traître n’est pas toujours un lâche ; il est parois même un héros dans son genre. Mon traître fut un héros de cet acabit. Mes traîtres devrais-je dire, car plus qu’une reproduction de l’histoire de l’enfance à l’âge adulte, c’est en quête de clones de mes amours puérils que je suis parti en grandissant. Le plus incroyable est que je les ai trouvés, quasiment à l’identique aussi bien sur le plan physique que mental ; une réplique des camarades, filles et garçons, qui occupèrent mon univers affectif et envahirent mon cœur au rythme des années de scolarité. Exit les adultes de ce beau décor ; y ont-ils jamais existé ? Aveugles et sourds aux tourments qui m’entraînaient vers le fond sous leurs yeux, ils ignoraient tout des mes empoisonnements successifs. Survivant venu d’une candeur trop pure et trop lointaine, je n’ai pu que me mithridatiser avec les années, mais un mental de tueur me manque hélas encore. Le théâtre et sa bonne pratique incitative du collectif m’ont pourtant fourni des occasions fréquentes de pouvoir mettre en joue des cibles potentielles. Je ne l’ai, bien souvent à tort, pas fait. Je n’en ai pas de regret. Il me suffirait juste aujourd’hui de n’avoir pas d’état d’âme afin de me tirer à moindre mal de mes propres nasses ; de cette place handicapante consistant à obtenir des choses de personnes qu’on ne souhaite aucunement diriger. Ainsi mes projets suivent-ils ce cours. Je ne favorise un décor, en l’occurrence une sorte de fête « for Haine », que pour pouvoir y jouer, chanter, danser tranquillement dans mon coin, dans ma zone tarkovskienne ; éloigné de mon centre. Si par hasard, j’y croise des inconnu/es errant/es à l’humeur bienveillante et au regard sincère ; alors pourquoi pas. Je vivrais un moment de soulagement avec eux, avec elles, dans ma périphérie. En attendant de voir si ça existe, ça pourrait être « Edmond Dantès », mais je signe toujours,
David